‹ Œuvres complètesChapitre 245 sur 594 · SCÈNE V. — TITUS, BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — TITUS, BÉRÉNICE

BÂRéNiCE, en sortant de son appartement. Non, laissez>moi, vous dis-je.

En vain tous vos conseils me retiennent ici. Il faut que je le voie. Ah, seigneur! vous voici 1 Hé bien , il est donc vrai que Titus m'abandonne ! Il faut nous séparer ! et c'est lui qui l'ordonne !

TITUS

N^accablez point , madame , un prince malheureux. Il ne faut point ici nous attendrir tous deux. Un trouble assez cruel m'agite et me dévore , Sans que des pleurs si chers me déchirent encore. Rappelez bien plutôt ce cœur qui , tant de fois , M'a fait de mon devoir reconnoître la voix : Il en est temps. Forcez votre amour à se taire ; Et d'un œil que la gloire et la raison éclaire

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Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur Vous-même , contre vous , fortifiez mon cœur ; Aidez-moi, s'il se peut, à vaincre ma foiblesse, A retenir des pleurs qui m'échappent sans cesse ; Ou , si nous ne pouvons commander à nos pleurs , Que la gloire du moins soutienne nos douleurs ; Et que tout l'univers reconnoisse sans peine Les pleurs d'un empereur et les pleurs d'une reine. Car , enfin , ma princesse , il faut nous séparer.

BÉRéNICE.

Ah, cruel! est-il temps de me le déclarer?

Ou'avez-vous fait? Hélas! je me suis crue aimée;

Au plaisir de vous voir mon âme accoutumée

Ne vit plus que pour vous. Ignoriez-vous vos lois

Quand je vous l'avouai pour la première fois?

A quel excès d'amour m'avez-vous amenée I

Que ne me disiez- vous : « Princesse infortunée,

Où vas-tu t'engager, et quel est ton espoir?

Ne donne point un cœur qu'on ne peut recevoir. »

Ne l'avez-vous reçu, cruel, que pour le rendre

Quand de vos seules mains ce cœur voudroit dépendre?

Tout l'empire a vingt fois conspiré contre nous.

Il étoit temps encor : que ne me quittiez- vous?

Mille raisons alors consoloient ma misère :

Je pouvois de ma mort accuser votre père ,

Le peuple, le sénat, tout l'empire romain.

Tout l'univers plutôt qu'une si chère main.

Leur haine , dès longtemps contre moi déclarée ,

H'avoit à mon malheur dès longtemps prépai'ée.

Je n'aurois pas, seigneur, reçu ce coup cruel

Dans le temps que j'espère un bonheur immortel ,

Quand votre heureux amour peut tout ce qu'il désire

Lorsque Rome se tait , quand votre père expire ,

Lorsque tout l'univers fléchit à vos genoux.

Enfin quand je n'ai plus à redouter que vous.

TITUS

Et c'est moi seul aussi qui pouvois me détruire. Je pouvois vivre alors et me laisser séduire : Mon cœur se gardoit bien d'aller dans l'avenir Chercher ce qui pouvoit un jour nous désunir. Je voulois qu'à mes vœux rien ne fût invincible , Je n*examinoiB rien , j'espérois l'impossible. Que sais-je? j'espérois de mourir à vos yeux, Avant que d'en venir à ces cruels adieux Les obstacles sembl oient renouveler ma flamme.

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