‹ Œuvres complètesChapitre 273 sur 594 · ACTE II, SCÈNE III. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 3i

L'usage des sultans à ses vœux est contraire ; Hais cet usage , enfin , est-ce une loi sévère , Qu'aux dépens de vos jours vous deviez observer? La plus sainte défa lois , ah ! c'est de vous sauver , Et d'arracher , seigneur , d'une mort manifeste Le sang des Ottomans , dont vous faites le reste !

BAJAZET

Ce reste malheureux seroit trop acheté , S'il faut le conserver par une lâcheté.

ACOMAT

Et pourquoi vous en faire une image si noire? L'hymen de Soliman ternit- il sa mémoire? Cependant Soliman n'étoit point menacé Des périls évidens dont vous êtes pressé.

BAJAZET

Et ce sont ces périls et ce soin de ma vie Oui d'un servile hymen feroient l'ignominie. Soliman n'avoit point ce prétexte odieux : Son esclave trouva grâce devant ses yeux ; Et, sans subir le joug d'un hymen nécessaire, Il lui fit de son cœur un présent volontaire.

ACOMAT

Hais vous aimez Roxane.

BAJAZET

Âcomat, c'est assez.

Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez. La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces ; J'osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces; Et l'indigne prison où je suis renfermé A la voir de plus près m'a même accoutumé ; Amurat à mes yeux l'a vingt fois présentée : Elle finit le cours d'une vie agitée.

Hélas! si je la quitte avec quelque regret.. Pardonnez, Acomat, je plains avec sujet Des cœurs dont les bontés trop mal récompensées M'avoient pris pour objet de toutes leurs pensées.

ACOMAT

Ah î si nous périssons , n'en accusez que vous , Seigneur : dites un mot, et vous nous sauvez tous. Tout ce qui reste ici de braves janissaires , De la religion les saints dépositaires , Du peuple byzantin ceux qui plus respectés Par leur exemple seul règlent ses volontés , Sont prêts de vous conduire à la porte sacrée D'où les nouveaux sultans font leur première entrée.

320 BAJAZET

BAJAZET

Hé bien, brave Acomat, si je leur suis si cher, Que des mains de Roxane ils viennent m*arrachér ; Du sérail , s'il le faut , venee forcer la porte ; Entrez accompagné de leur vaillante escorte. J'aime mieux en sortir sanglant, couvert "de coups, Que chargé malgré moi du nom de son époux. Peut-être je saurai , dans ce désordre extrême , Par un beau désespoir me secourir moi-même; Attendre , en combattant , l'effet de votre foi , Et vous donner le temps de venir jusqu'à moi.

ACOMAT

Hé! pourrai-je empocher, malgré ma diligence, Que Roxane d'un coup n'assure sa vengeance? Alors qu'aura servi ce zèle impétueux , Qu'à charger vos amis d'un crime infructueux? Promettez : affranchi du péril qui vous presse , Vous verrez de quel poids sera votre promesse.

BAJAZET

Moi!

ACOMAT

Ne rougissez point : le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéir aux sermens. Consultez ces héros que le droit de la guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la terre : Libres dans leur victoire , et maîtres de leur foi , L'intérêt de l'État fut leur unique loi ; Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise et rarement gardée. Je m'emporte , seigneur.

BAJAZET

Oui, je sais, Acomat, Jusqu'où les a portés l'intérêt de l'État. Mais ces mêmes héros, prodigues de leur vie, Ne la rachetoient point par une perfidie.

ACOMAT

0 courage inflexible ! ô trop constante foi , Que , même en périssant , j'admire malgré moi I Faut-il qu'en un moment un scrupule timide Perde... Mais quel bonheur nous envoie Atalide?

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