‹ Œuvres complètesChapitre 303 sur 594 · SCÈNE VI. — ROXANE, ATALIDE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — ROXANE, ATALIDE

ATALIDE

Je ne viens plus , madame , à feindre disposée ,

Tromper votre bonté si longtemps abusée ;

Confuse , et digne objet de vos inimitiés ,

Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos pieds.

Oui , madame , il est vrai que je vous ai trompée :

Du soin de mon amour seulement occupée ,

Quand j'ai vu Bajazet, loin de vous obéir,

Je n'ai dans mes discours songé qu'à vous trahir.

348 BAJAZET

Je Taimai dès l'enfance; et dès ce temps, madame, J'avois par mille soins su prévenir son âme. La sultane sa mère , ignorant Tavenir , Hélas t pour son malheur se plut à nous unir. Vous l'aimâtes depuis : plus heureux l'un et l'autre, Si connoissant mon cœur , ou me cachant le vôtre , Votre amour de la mienne eût su se défier I Je ne me noircis point pour le justifier. Je jure par le ciel , qui me voit confondue , Par ces grands Ottomans dont je suis descendue , Et qui tous avec moi vous parlent à genoux Pour le plus pur du sang qu'ils ont transmis en nous , Bajazet à vos soins tôt ou tard plus sensible , Maîdame, à tant d'attraits n'étoit pas invincible. Jalouse , et toujours prête à lui représenter Tout ce que je croyois digne de l'arrêter , Je n'ai rien négligé , plaintes , larmes , colère , Quelquefois attestant les mânes de sa mère ; Ce jour même , des jours le plus infortuné , Lui reprochant l'espoir qu'il vous avoit donné , Et de ma mort enfin le prenant à partie , Mon importune ardeur ne s'est point ralentie , Qu'arrachant malgré lui des gages de sa foi , Je ne sois parvenue à le perdre avec moi. Mais pourquoi vos bontés seroient-elles lassées? Ne vous arrêtez point à ses froideurs passées; C'est moi qui l'y forçai. Les nœuds que j'ai rompus Se rejoindront bientôt quand je ne serai plus. Quelque peine pourtant qui soit due à mon crime , N'ordonnez pas vous-même une mort légitime , Et ne vous montrez point à son cœur éperdu Couverte de mon sang par vos mains répandu : D'un cœur trop tendre encore épargnez la foiblesse. Vous pouvez de mon sort me laisser la maîtresse , Madame ; mon trépas n'en sera pas moins prompt. Jouissez d'un bonheur dont ma mort vous répond , Couronnez un héros dont vous serez chérie : J'aurai soin de ma mort; prenez soin de sa vie. Allez , madame , allez : avant votre retour , J'aurai d'une rivale affranchi votre amour.

ROXANE

Je ne mérite pas un si grand sacrifice : Je me connois, madame, et je me fais justice Loin de vous séparer, je prétends aujourd'hui Par des nœuds étemels vous unir avec lui :

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