‹ Œuvres complètesChapitre 315 sur 594 · SCÈNE III. — MONIME, PHARNACE, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — MONIME, PHARNACE, XIPHARÈS

PHARNACE

Jusques à quand , madame , attendrez-vous mon père ? Des témoins de sa mort viennent à tous momens Condamner votre doute et vos retardemens. Venez , fuyez l'aspect de ce climat sauvage , Qui ne parle à vos yeux que d'un triste esclavage : Un peuple obéissant vous attend à genoux , Sous un ciel plus heureux et plus digne de vous. Le Pont vous reconnoit dès longtemps pour sa reine : Vous en portez encor la marque souveraine ; Et ce bandeau royal fut mis sur votre front Comme un gage assuré de l'empire de Pont. Maître de cet Ëtat que mon père me laisse , Madame , c'est à moi d'accomplir sa promesse. Mais il faut , croyez-moi , sans attendre plus tard , Ainsi que notre hymen presser notre départ : Nos intérêts communs et mon cœur le demandent. Prêts à vous recevoir , mes vaisseaux voiis attendent ; Et du pied de l'autel vous y pouvez monter, Souveraine des mers qui vous doivent porter.

MONIME

Seigneur, tant de bontés ont lieu de me confondre. Mais , puisque le temps presse , et qu'il faut vous répondre , Puis-je, laissant la feinte et les déguisemens. Vous découvrir ici mes secrets sentimens ?

PHARNACE

Vous pouvez tout.

MONIME

Je crois que je vous suis connue.

Éphèse est mon pays ; mais je suis descendue D'aïeux, ou rois, seigneur, ou héros qu'autrefois Leur vertu, chez les Grecs, mit au-dessus des rois. Mithridate me vit ; Éphèse , et l'Ionie , A son heureux empire étoit alors unie : Il daigna m'envoyer ce gage de sa foi. Ce fut pour ma famille une suprême loi : Il fallut obéir. Esclave couronnée, Je partis pour l'hymen où j'étois destinée. Le roi , qui m'attendoit au sein de ses Ëtats , Vit emporter ailleurs ses desseins et ses pas ,

364 MITHRIDATE

Et , tandis que la guerre occupoit son courage ,

M'envoya dans ces lieux éloignés de Torage.

J'y vins : j'y suis encor. Mais cependant, seigneur,

Mon père paya cher ce dangereux honneur :

Et les Romains vainqueurs, pour première victime,

Prirent Philopœmen, le père de Monime «.

Sous ce titre funeste il se vit immoler;

Et c'est de quoi , seigneur , j'ai voulu vous parler.

Quelque juste fureur dont je sois animée ,

Je ne puis point à Rome opposer une armée ;

Inutile témoin de tous ses attentats ,

Je n'ai pour me- venger ni sceptre ni soldats ;

Enfin, je n'ai qu'un cœur. Tout ce que je puis faire,

C'est de garder la foi que je dois à mon père ,

De ne point dans son sang aller tremper mes mains

En épousant en vous l'allié des Romains.

PHARNACE

Que parlez-vous de Rome et de son alliance ? Pourquoi tout ce discours et cette défiance ? Qui vous dit qu'avec eux je prétends m'allier?

HONIME.

Mais vous-même, seigneur, pouvez-vous le nier? Comment m'offririez- vous l'entrée et la couronne D'un pays que partout leur armée environne , Si le traité secret qui vous lie aux Romains Ne vous en assuroit l'empire et les chemins ?

PHARNACE

De mes intentions je pourrois vous instruire, Et je sais les raisons que j'aurois à vous dire , Si , laissant en effet les vains déguisemens , Vous m'aviez expliqué vos secrets sentimens ; Mais enfin je commence , après tant de traverses , Madame , à rassembler vos excuses diverses ; Je crois voir l'intérêt que vous voulez celer. Et qu'un autre qu'un père ici vous fait parler.

XIPHARÈS

Quel que soit l'intérêt qui fait parler la reine , La réponse , seigneur , doit-elle être incertaine ? Et contre les Romains votre ressentiment Doit-il pour éclater balancer un moment? Quoi ! nous aurons d'un père entendu la disgrâce ; Et lents à le venger , prompts à remplir sa place ,

4. Il ne peut être ici question de l'illustre chef de la ligue achéenne, mort loDglemps avant la naissance de Milhridate.

Page 1