ACTE II, SCÈNE IV
Qui , sur le trône assis , n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé, Que Rome et quarante ans ont à peine achevé. Vous-même, d'un autre œil me verriez-vous , madame, Si ces Grecs vos aïeux revi voient dans votre âme? Et , puisqu'il faut enfin que je sois votre époux , N'étoit-il pas plus noble , et plus digne de vous , De joindre à ce devoir votre propre suffrage , D'opposer votre estime au destin qui m'outrage , Et de me rassurer , en flattant ma douleur , Contre la défiance attachée au malheur?
Hé quoi! n'avez-vous rien, madame, à me répondre? Tout mon empressement ne sert qu'à vous confondre. Vous demeurez muette; et, loin de me parler, Je vois , malgré vos soins , vos pleurs prêts à couler.
MONIME
Moi, seigneur? Je n'ai point de larmes à répandre. J'obéis : n'est-ce pas assez me faire entendre? Et ne suffit-il pas....
MITHRIDATE
. -Non, ce n'est pas assez.
Je vous entends ici mieux que vous ne pensez ; Je vois qu'on m'a dit vrai. Ma juste jalousie Par vos propres discours est trop bien éclaircie : Je vois qu'un fils perfide , épris de vos beautés , Vous a parlé d'amour, et que vous l'écoutez. Je vous jette pour lui dans des craintes nouvelles ; Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles , Madame; et désormais tout est sourd à mes lois, Ou bien vous l'avez vu pour la dernière fois. Appelez Xipharès.
MONIME
Ah! que voulez-vous faire?
Xipharès....
MITHRIDATE
Xipharès n'a point trahi son père : Vous vous pressez en vain de le désavouer ; Et ma tendre amitié ne peut que s'en louer. Ma honte en seroit moindre , ainsi que votre crime , Si ce fils , en effet digne de votre estime , A quelque amour encor avoit pu vous forcer. Mais qu'un traître qui n'est hardi qu'à m'oflenser , De qui nulle vertu n'accompagne l'audace , Que Phamace , en un mot , ait pu prendre ma place , Qu'il soit aimé, madame, et que je sois haï.. .
374 MITHRIDATE