ACTE II, SCÈNE VI. 'Ml
D'un héros tel que vous c'est là l'effort suprême :
Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous-même.
Tout ce que, pour jouir de leurs contentemens ,
L'amour fait inventer aux vulgaires amans.
Enfin , je me connois , il y va de ma vie :
De mes foibles efforts ma vertu se défie.
Je sais qu'en vous voyant, un tendre souvenir
Peut m'arracher du cœur quelque indigne soupir;
Que je verrai mon âme , en secret déchirée ,
Revoler vers le bien dont elle est séparée^
Mais je sais bien aussi que , s'il dépend de vous
De me faire chérir un souvenir si doux ,
Vous n'empêcherez pas que ma gloire offensée
N'en punisse aussitôt la coupable pensée ;
Que ma main dans mon cœur ne vous aille chercher ,
Pour y laver ma honte , et vous en arracher.
Que dis-je? En ce moment, le dernier qui nous reste,
Je me sens arrêter par un plaisir funeste :
Plus je vous parle , et plus , trop foible que je suis ,
Je cherche à prolonger le péril que je fuis.
Il faut pourtant , il faut se faire violence :
Et, sans perdre en adieux un reste de constance,
Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m'éviter;
Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter.
XIPHARÈS
Ah! madame!... Elle fuit, et ne veut plus m'entendre. Malheureux Xipharès, quel parti dois-tu prendre? On t'aime ; on te bannit : toi même tu vois bien Que ton propre devoir s'accorde avec le sien : Cours par un prompt trépas abréger ton supplice. Toutefois attendons que son sort s'éclaircisse ; Et s'il faut qu'un rival la ravisse à ma foi , ' Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au roi.