ACTE III, SCÈNE I
Le Parthe vous recherche et vous demande un gendre Mais ce Parthe , seigneur , ardent à nous défendre Lorsque tout l'univers sembloit nous protéger, D'un gendre sans appui voudra t-il se charger? M'en irai-je moi seul, rebut de la fortune, Essuyer l'inconstance au Parthe si commune ; Et peut-être, pour fruit d'un téméraire amour, Exposer votre nom au mépris de sa cour? Du moins , s'il faut céder , si , contre notre usage , Il faut d'un suppliant emprunter le visage , Sans m'envoyer du Parthe embrasser les genoux, Sans vous-même implorer des roig moindres que vous, Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie? Jetons-nous dans les bras qu'on nous tend avec joie : Rome en notre faveur facile à s'apaiser....
XIPHARÈS
Rome, mon frère! 0 ciel! Qu'osez -vous proposer? Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie? Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie ? Qu'il se de aux Romains , et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois ? Continuez , seigneur : tout vaincu que vous êtes , La guerre , les périls sont vos seules retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus conjuré contre elle et plus craint qu'Annibal. Tout couvert de son sang , quoi que vous puissiez faire , N'en attendez jamais qu'une paix sanguinaire. Telle qu'en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l'Asie à cent mille Romains i.
Toutefois épargnez votre tête sacrée :
Vous-même n'allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit , Et de votre grand nom diminuer le bruit. Votre vengeance est juste ; il la faut entreprendre : Brûlez le Gapitole , et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins : Faites porter ce feu par de plus jeunes mains ; Et , tandis que l'Asie occupera Pharnace , De celte autre entreprise honorez mon audace. Commandez : laissez-nous, de votre nom suivis, Justifier partout que nous sommes vos fils. Embrasez par nos mains le couchant et l'aurore ;
4. Mithridate, après avoir conclu des traités avec Sylla, Lucullus ci Fimbria, fit égorger cent mille Romains en pleine paix.
382 MITHRIDATË.
Remplissez Tunivers , sans sortir du Bosphore ; Que les Romains , pressés de l'un à l'autre bout , Doutent où vous serez , et vous trouvent partout. Dès ce même moment ordonnez que je parte. Ici tout vous retient ; ^t moi , tout m'en écarte : Et , si ce grand dessein surpasse ma valeur , Du moins ce désespoir convient à mon malheur. Trop heureux d'avancer la fin de ma misère, J'irai.... J'effacerai le crime de ma mère. Seigneur , vous m'en voyez rougir à vos genoux ; J'ai honte de me voir si peu digne de vous ; Tout mon sang doit laver une tache si noire. Mais je cherche un trépas utile à votre gloire ; Et Rome, unique objet d'un désespoir si beau, Du fils de Mithridate est le digne tombeau. MITHRIDATË, SB levant.
Mon fils, ne parlons plus d'une mère infidèle. Votre père est content , il connoît votre zèle , Et ne vous verra point affronter de danger Qu'avec vous son amour ne veuille partager : Vous me suivrez ; je veux que rien ne nous sépare. Et vous , à m' obéir , prince , qu'on se prépare ; Les vaisseaux sont tout prêts : j'ai moi-môme ordonné La suite et l'appareil qui vous est destiné. Arbate , à cet hymen chargé de vous conduire , De votre obéissance aura soin de m'instruire. Allez, et soutenant l'honneur de vos aïeux, Dans cet embrassement recevez mes adieux.
PHARNACE
Seigneur....
MITHRIDATË.
Ma volonté, prince, vous doit suffire.
Obéissez. C'est trop vous le faire redire.
PHARNACE
Seigneur , si , pour vous plaire , il ne faut que périr , Plus ardent qu'aucun autre on m'y verra courir : Combattant à vos yeux permettez que je meure.
MITHRIDATË.
Je vous ai commandé de partir tout à l'heure. Mais après ce moment.... Prince, vous m'entendez, Et vous êtes perdu si vous me répondez.
PHARNACE
Dussiez-vous présenter mille morts à ma vue . Je ne sauroîs chercher une fille inconnue'; Ma vie est en vos mains.