‹ Œuvres complètesChapitre 349 sur 594 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

MONIME

Hé ! py quelle fureur , obstinée à me suivre , Toi-même malgré moi veux-tu me faire vivre ? Xipharès ne vit plus ; le roi , désespéré , Lui-même n'attend plus qu'un trépas assuré : Quel fruit te promets- tu de ta coupable audace? Perfide, prétends-tu me livrer à Pharnace?

PHŒDIME.

Ah ! du moins attendez qu'un fidèle rapport De son malheureux frère ait confirmé la mort. Dans la confusion que nous venons d'entendre, Les yeux peuvent-ils pas aisément se méprendre ? D'abord , vous le savez , un bruit injurieux Le rangeoit du parti d'un camp séditieux; Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelles Ont tourné contre lui leurs armes criminelles. Jugez de l'un par l'autre, et daignez écouter....

MONIME

Xipharès ne vit plus , il n'en faut point douter : L'événement n'a point démenti mon attente. Quand je n'en aurois pas la nouvelle sanglante. Il est mort ; et j'en ai pour garans trop certains Son courage et son nom trop suspects aux Romains. Ah ! que d'un si beau sang dès longtemps altérée , Rome tient maintenant sa victoire assurée ! Quel ennemi son bras leur alloit opposer I Mais sur qui, malheureuse, oses-tu t'excuser? Quoi! tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes. Et dans tous ses malheurs reconnoître tes crimes? De combien d'assassins l'avois-je enveloppé l Comment à tant de coups seroit-il échappé? Il évitoit en vain les Romains et son frère : Ne le livrois-je pas aux fureurs de son père? C'est moi qui, les rendant l'un de l'autre jaloux. Vins allumer le feu qui les embrase tous : Tison de la discorde , et fatale furie , Que le démon de Rome a formée et nourrie. Et je vis ! Et j'attends que , de leur sang baigné , Pharnace des Romains revienne accompagné ! Qu'il étale à mes yeux sa parricide joie ! La mort au désespoir ouvre plus d'une voie : Oui , cruelles , en vain vos injustes secours Me ferment du tombeau les chemins les plus courts, Je trouverai la mort jusque dans vos bras même. Et toi , fatal tissu , malheureux diadème ,

398 MITHRIDÀTE.

Instrument et témoin de toutes mes douleurs , Bandeau , que mille fois j'ai trempé de mes pleurs , Au moins , en terminant ma yie et mon supplice , Ne pouYois-tu me rendre un funeste service? A mes tristes regards , va , cesse de t' offrir ; D'autres armes sans toi sauront me secourir : Et périsse le jour et la main meurtrière Qui jadis sur mon front t'attacha la première !

PHŒOIMB.

On vient, madame, on vient; et j'espère qu'Arcas, Pour bannir vos frayeurs porte vers vous ses pas.

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