‹ Œuvres complètesChapitre 358 sur 594 · ACTE 1, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE

Que ce guerrier , pressé de partir ave« nous , Vouloit revoir ma fille, et partir son époux.

ARCAS

Et ne craignez-vous point l'impatient Achille? Avez-vous prétendu que , muet et tranquille , Ce héros , qu'armera l'amour et la raison , Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom? Verra-t-il à ses yeux son amante immolée ?

AGAMEMNON

Achille étoit absent ; et son père Pelée ,

D'un voisin ennemi redoutant les efforts ,

L'avoit , tu t'en souviens , rappelé de ces bords ;

Et cette guerre , Arcas , selon toute apparence ,

Auroit dû plus longtemps prolonger son absence.

Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent?

Achille va combattre , et triomphe en courant ;

Et ce vainqueur , suivant de près sa renommée ,

Hier avec la nuit arriva dans l'armée.

Mais des nœuds plus puissans me retiennent le bras :

Ma fille , qui s'approche , et court à son trépas ;

Qui , loin de soupçonner un arrêt si sévère ,

Peut-être s'applaudit des bontés de son père ;

Ma fille.... Ce nom seul, dont les droits sont si saints,

Sa jeunesse , mon sang , n'est pas ce que je plains :

Je plains mille vertus , une amour mutuelle ,

Sa piété pour moi , ma tendresse pour elle ,

Un respect qu'en son cœur rien ne peut balancer ,

Et que j'avois promis de mieux récompenser.

Non je ne croirai point, ô ciel, que ta justice

Approuve la fureur de ce noir sacrifice :

Tes oracles sans doute ont voulu m'éprouver ;

Et tu me punirois si j'osois l'achever.

Arcas, je t'ai choisi pour cette confidence;

Il faut montrer ici ton zèle et ta prudence.

La reine , qui dans Sparte avoit connu ta foi ,

T'a placé dans le rang que tu tiens près de moi.

Prends cette lettre , cours au-devant de la reine ,

Et suis sans t'arrêter le chemin de Mycène.

Dès que tu la verras , défends-lui d'avancer ,

Et rends-lui ce billet que je viens de tracer.

Mais ne t'écarte point ; prends un fidèle guide :

Si ma fille une fois met le pied dans l'Aulide ,

Elle est morte : Calchas, qui l'attend en ces lieux ,

Fera taire nos pleurs , fera parler les dieux ;

Et la religion , contre nous irritée ,

4iî IPHIGÉNIE.

Par les timides Grecs sera seule écoutée ; Ceux môme dont ma gloire aigrit rambition Réveilleront leur brigue et leur prétention , M*arracheront peut-être un pouvoir qui les blesse.... Va, dis-je, sauve-la de ma propre foiblesse. Mais surtout ne va point , par un zèle indiscret , Découvrir à ses yeux mon funeste secret. Que, s'il se peut, ma fille, à jamais abusée, Ignore à quel péril je l'avois exposée ; D'une mère en fureur épargne-moi les cris ; Et que ta voix s'accorde avec ce que j'écris. Pour renvoyer la fille , et la mère oflensée , Je leur écris qu'ÂchiHe a changé de pensée ; Et qu'il veut désormais jusques à son retour , Différer cet hymen que pressoit son amour. Ajoute , tu le peux , que des froideurs d'Achille On accuse en secret cette jeune Ériphile Que lui-même captive amena de Lesbos , Et qu'auprès de ma fille on garde dans Argos. C'est leur en dire assez : le reste , il le faut taire. Déjà le jour plus grand nous frappe et nous éclaire ; Déjà même l'on entre , et j'entends quelque bruit. C'est Achille. Va, pars. Dieux! Ulysse le suiti

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