‹ Œuvres complètesChapitre 362 sur 594 · SCÈNE III. — AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — AGAMEMNON, ULYSSE

ULYSSE

Seigneur , vous entendez : quelque prix qu'il en coûte , Il veut voler à Troie et poursuivre sa route. Nous craignions son amour : et lui-même aujourd'hui Par une heureuse erreur nous arme contre lui.

AGAMEMNON

Hélas !

ULYSSE

De ce soupir que faut-il que j'augure ? Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure? Croirai -je qu'une nuit a pu vous ébranler? Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler! Songez -y : vous devez votre fille à la Grèce : Vous nous l'avez promise; et, sur cette promesse, Calchas , par tous les Grecs consulté chaque jour , Leur a prédit des vents l'infaillible retour.

4i6 IPHIGENiE.

A ses prédictions si l'effet est contraire , Pensez-vous que Galchas continue à se taire ; Que ses plaintes , qu'en vain vous voudrez apaiser . Laissent mentir les dieux saqs vous en accuser? Et qui sait ce qu'aux Grecs , frustrés de leur victime , Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime? Gardez-vous de réduire un peuple furieux, Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux. N'est-ce pas vous enfin de qui la voix pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xante? Et qui de ville en ville attestiez les sermens Que d'Hélène autrefois firent tous les amans , Quand presque tous les Grecs , rivaux de votre frère , La demandoient en foute à Tyndare, son père? De quelque heureux époux que l'on dût faire choix , Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits ; Et , si quelque insolent lui voloit sa conquête , Nos mains du ravisseur lui promirent la tète. Mais sans vous , ce serment que l'amour a dicté , Libres de cet amour, l'aurions-nous respecté? Vous seul , nous arrachant à de nouvelles flammes , Nous avez fait laisser nos enfans et nos femmes. Et quand , de toutes parts assemblés en ces lieux , L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ; Quand la Grèce , déjà vous donnant son suffrage , Vous reconnoît l'auteur de ce fameux ouvrage ; Que ses rois, qui pouvoient vous disputer ce rang. Sont prêts pour vous servir de verser tout leur sang , Le seul Agamemnon , refusant la victoire , N'ose d'un peu de sang acheter tant de gloire ? Et, dte le premier pas se laissant effrayer, Ne commande les Grecs que pour les renvoyer!

AGAMEMNON

Ah, seigneur! qu'éloigné du malheur qui m'opprime. Votre cœur aisément se montre magnanime ! Mais que si vous voyiez ceint du bandeau mortel Votre fils Télémaque approcher de l'autel , Nous vous verrions , troublé de cette affreuse image , Changer bientôt en pleurs ce superbe langage , Éprouver la douleur que j'éprouve aujourd'hui , Et courir vous jeter entre Calchas et lui! Seigneur , vous le savez , j'ai donné ma parole ; Et, si ma fille vient, je consens qu'on l'immole. Mais , malgré tous mes soins , si son heureux destin La retient dans' Argos ou l'arrête en chemin ,

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