RAC1ȣ I
418 IPHI6ÉNIE.
Encor si je pouvois , libre dans mon malheur , Par des larmes au moins soulager ma douleur ! Triste destin des rois 1 Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort et des discours des hommes , Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins ; Et les plus malheureux osent pleurer le moins 1
ULYSSE
Je suis père , seigneur ; et foible comme un autre , Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre ; Et frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs , je suis près de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime; Les dieux ont à Galchas amené leur victime : Il le sait , il l'attend ; et , s'il la voit tarder , Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : hâtez -vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre ; Pleurez ce sang, pleurez; ou plutôt, sans pâlir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir : Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames , Et la perfide Troie abandonnée aux flammes , Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux ; Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette môme Aulide avec vous retournées , Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'étemel entretien des siècles à venir.
AGAMBMNON.
Seigneur, de mes efforts je connois l'impuissance : Je cède, et laisse aux dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas , Allez. Mais cependant faites taire Calchas; Et m' aidant à cacher ce funeste mystère , Laissez-moi de l'autel écarter une mère.