‹ Œuvres complètesChapitre 366 sur 594 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

ÉRIPHILE

Tu vois avec étonnement Que ma douleur ne souffre aucun soulagement Écoute , et tu te vas étonner que je vive : C'est peu d'être étrangère , inconnue , et captive ; Ce destructeur fatal des tristes Lesbiens , Cet Achille , l'auteur de tes maux et des miens , Dont la sanglante main m'enleva prisonnière , Qui m'arracha d'un coup ma naissance et ton père, De qui jusques au nom tout doit m'être odieux, Est de tous les mortels le plus cher à mes yeux.

DORIS

Ah î que me dites-vous !

ÉRIPHILE

Je me flattois sans cesse Qu'un silence éternel cacheroit ma foiblesse ; Mais mon cœur trop pressé m'arrache ce discours , Et te parle une fois pour se taire toujours. Ne me demande point sur quel espoir fondée De ce fatal amour je me vis possédée.

Je n'en accuse point quelques feintes douleurs Dont je crus voir Achille honorer mes malheurs : Le ciel s'est fait , sans doute , une joie inhumaine A rassembler sur moi tous les traits de sa haine. Rappellerai-je encor le souvenir affreux Du jour qui dans les fers nous jeta toutes deux? Dans les cruelles mains par qui je fus ravie Je demeurai longtemps sans lumière et sans vie : Enfin mes tristes yeux cherchèrent la clarté ; Et , me voyant presser d'un bras ensanglanté , Je frémissois , Doris , et d'un vainqueur sauvage Craignois de rencontrer l'effroyable visage. J'entrai dans son vaisseau , détestant sa fureur , Et toujours détournant ma vue avec horreur. Je le vis : son aspect n'avoit rien de farouche; Je sentis le reproche expirer dans ma bouche ; Je sentis contre moi mon cœur se déclarer; J'oubliai ma colère , et ne sus que pleurer. Je me laissai conduire à cet aimable guide. Je l'aimois à Lesbos et je l'aime en Aulide. Iphigénie en vain s'offre à me protéger , Et me tend une main prompte à me soulager : Triste effet des fureurs dont je suis tourmentée ! Je n'accepte la main qu'elle m'a présentée Que pour m'armer contre elle, et sans me découvrir,

422 IPHIGÉNIE

Traverser sou bonheur , que je ne puis souffrir.

DORIS

Et que pourroit contre elle une impuissante haine Ne v*loit-il pas mieux , renfermée à Mycène , Éviter les tourmens que vous venez chercher , Et combattre des feux contraints de se cacher?

ÉRIPHILE

Je le voulois , Dons. Mais quelque triste image Que sa gloire à mes yeux montrât sur ce rivage , Au sort qui me trainoit il fallut consentir : Une secrète voix m'ordonna de partir, Me dit qu'offrant- ici ma présence importune, Peut-être j'y pourrois porter mon infortune ; Que peut-être, approchant ces amans trop heureux, Quelqu'un de mes malheurs se répandroit sur eux. Voilà ce qui m'amène , et non l'impatience D'apprendre à qui je dois une triste naissance ; Ou plutôt leur hymen me servira de loi : S'il s'achève , il suffit , tout est fini pour moi : Je périrai , Doris ; et , par une mort prompte , Dans la nuit du tombeau j'enfermerai ma honte , Sans chercher des parens si longtemps ignorés , Et que ma folle amour a trop déshonorés.

DORIS

Que je vous plains, madame! et que la tyrannie....

ÉRIPHILE

Tu vois Agamemnon avec Iphigénie.

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