‹ Œuvres complètesChapitre 372 sur 594 · SCÈNE V. — IPHIGËNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — IPHIGËNIE, ÉRIPHILE, DORIS

IPHIGÉNIE

En quel funeste état ces mots m'ont-ils laissée ! Pour mon hymen Achille a changé de pensée ! Il me faut sans honneur retourner sur mes pas , Et vous cherchez ici quelque autre que Calchas?

ÉRIPHILE

Madame , à ce discours je ne puis rien comprendre.

IPHIGÉNIE

Vous m'entendez assez , si vous voulez m'entendre. Le sort injurieux me ravit un époux ; Madame, à mon malheur m'abandonnerez -vous? Vous ne pouviez sans moi demeurer à Mycène ; Me verra- t-on sans vous partir avec la reine?

Je voulois voir Calchas avant que de partir.

IPHIGÉNIE

Que tardez-vous, madame, à le faire avertir?

ÉRIPHILE

D' Argos , dans un moment , vous reprenez la route.

\CTÊ II, SCÈNE V. 447

IPHIGÉNIE

Un moment quelquefois éclaircit plus d'un doute. Mais, mgidame, je vois que c'est trop vous presser; Je vois ce que jamais je n'ai voulu penser : Achille.... Vous brûlez que je ne sois partie.

ÉRIPHILE

Moi? vous me soupçonnez de cette perfidie? Moi , j'aimerois , madame , un vainqueur furieux, Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux , Qui , la flamme à la main , et de meurtres avide , Mit en cendres Lesbos....

IPHIGÉNIE

Oui , vous l'aimez , perfide ; Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez , Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés , Ces morts , cette Lesbos , ces cendres , cette flamme , Sont les traits dont l'amour l'a gravé dans votre âme ; Et loin d'en détester le cruel souvenir, Vous vous plaisez encore à m'en entretenir. Déjà plus d'une fois dans vos plaintes forcées , J'ai dû voir et j'ai vu le fond de vos pensées ; Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j'avois écarté.

Vous l'aimez. Que faisois-je? Et quelle erreur fatale M'a fait entre mes bras recevoir ma rivale? Crédule, je l'aimois : mon cœur même aujourd'hui De son parjure amant lui promettoit l'appui. Voilà donc le triomphe où j'étois amenée ! Moi-même à votre char je me suis enchaînée. Je vous pardonne , hélas 1 des vœux intéressés, Et la perte d'un cœur que vous me ravissez ; Mais que , sans m'avertir du piège qu'on me dresse , Vous me laissiez chercher jusqu'au fond de la Grèce L'ingrat qui ne m'attend que pour m' abandonner , Perfide, cet afl'ront se peut- il pardonner?

ÉRIPHILE

Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre ,

Madame : on ne m'a pas instruite à les entendre ;

Et les dieux , contre moi dès longtemps indignés ,

A mon oreille encor les avoient épargnés.

Mais il faut des amans excuser l'injustice.

Et de quoi vouliez- vous que je vous avertisse?

Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon

Achille préférât une fille sans nom ,

Qui de tout son destin ce qu'elle a pu comprendre,

428 IPHIGËNIE.

C'est qu'elle sort d'un sang qu'il brûle do répandre?

IPBIGÉNIE.

Vous triomphez , cruelle , et bravez ma douleur. Je n'avois pas encor senti tout mon malheur ; Et vous ne comparez votre exil et ma gloire , Que pour mieux relever votre injuste victoire. "Toutefois vos transports sont trop précipités : Ce même Agamemnon à qui vous insultez , Jl commande à la Grèce , il est mon père , il m'aime , Il ressent mes douleurs beaucoup plus que moi-môme. Mes larmes par avance avoient su le toucher ; J'ai surpris ses soupirs qu'il me vouloit cacher. Hélas ! de son accueil condamnant la tristesse , J'osois me plaindre à lui de son peu de tendresse !

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