SCÈNE I. — AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE
CLYTEMNESTRE
Oui, seigneur, nous partions; et mon juste courroux Laissoit bientôt Achille et le camp loin de nous : Ma fille dans Argos couroit pleurer sa honte.
430 IPHIGÊNIE.
Mais lui-même , étonné d'une fuite si prompte , Par combien de sermens dont je n'ai pu douter, Vient- il de me convaincre , et de nous arrêter ! 11 presse cet hymen qu'on prétend qu'il diffère , Et vous cherche , brûlant d'amour et de colère Prêt d'imposer silence à ce bruit imposteur , Achille en veut connoître «t confondre l'auteur. Bannissez ces soupçons qui troubloient notre joie.
AGAHEMNON.
Madame, c'est assez : je consens qu'on le croie. Je reconnois l'erreur qui nous avoit séduits, Et ressens votre joie autant que je le puis. Vous voulez que Calchas l'unisse à ma famille : Vous pouvez à l'autel envoyer votre fille ; Je l'attends. Mais, avant que de passer plus loin, J'ai voulu vous parler un moment sans témoin. Vous voyez en quels lieux vous l'avez amenée : Tout y ressent la guerre , et non point l'hyménée. Le tumulte d'un camp , soldats et matelots , Un autel hérissé de dards , de javelots , Tout ce spectacle enfin , pompe digne d'Achille , Pour attirer vos yeux n'est point assez tranquille ; Et les Grecs y verrojent l'épouse de leur roi Dans un état indigne et de vous et de moi. M'en croirez-vous? Laissez, de vos femmes suivie, A cet hymen, sans vous, marcher Iphigénie.
CLYTEMNESTRE
Qui? moi! que, remettant ma fille en d'autres bras.
Ce que j'ai commencé je ne l'achève pas !
Qn'après l'avoir d'Argos amenée en Aulide ,
Je refuse à l'autel de lui servir de guide?
Dois-je donc de Calchas être moins près que vous?
Et qui présentera ma fille à son époux?
Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée?
AGAMEMNON
Vous n'êtes point ici dans le palais d'Atrée. Vous êtes dans un camp....
CLYTEMNESTRE
OÙ tout VOUS est soumis ; Où le sort de l'Asie en vos mains est remis ; Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière ; Où le fils de Thétis va m'appeler sa mère. Dans quel palais superbe et plein de ma grandeur Puis-je jamais paroître avec plus de splendeur?