ACTE IV, SCÈNE IIL
POLYNICE
répargne mon pays.
JOCASTB.
Et TOUS tuez un frère !
PÛLTNICE.
Je punis un méchant.
JOCÀSTS.
Et sa mort, aujourd'hui, Vous rendra plus coupable et plus méchant que luL
POLYNICE
Faut-il que de ma main je couronne ce traître. Et que de cour en cour j'aille chercher un maître; Qu'errant et vagabond je quitte mes États , Pour observer des lois qu'il ne respecte pas? De ses propres forfaits serai -je la victime? Le diadème est-il le partage du crime ? Quel droit ou quel devoir n'a-t-il point violé ? Et cependant il règne, et je suis exilé !
JOCASTE
Mais si le roi d'Argos vous cède une couronne....
POLYNICE
Dois-je chercher ailleurs ce que le sang me donne ?
Enm*alliant chez lui n'aurai -je rien porté?
Et tiendrai-je mon rang de sa seule bonté?
D'un trône qui m'est dû faut-il que l'on me chasse ,
Et d'un prince étranger que je brigue la place?
Non , non ; sans m'abaisser à lui faire la cour ,
Je veux devoir le sceptre à qui je dois le jour.
JOCASTE
Qu'on le tienne , mon fils , d'un beau-père ou d'un père , La main de tous les deux vous sera toujours chère.
POLYNICE
Non , non , la différence est trop grande pour moi : L'un me feroit esclave, et l'autre me fait roi. Quoi ! ma grandeur seroit l'ouvrage d'une femme I Dun éclat si honteux je rougirois dans l'àme. Le trône, sans l'amour, me seroit donc fermé? Je ne régnerois pas , si l'on ne m'eût aimé? ie veux m* ouvrir le trône, ou jamais n'y paroître, Et quand j'y monterai , j'y veux monter en maître ; Oae le peuple à moi seul soit forcé d'obéir, Kt qu'il me soit permis de m'en faire haïr. Enfin, de ma grandeur je veux être l'arbitre, N'être point roi , madame , ou l'être à juste titre ; Que le sang me couronne, ou, s'il ne suffit pas.
Je veux à son secours n'appeler que mon bras.
JOCASTE
Faites plus , tenez tout de votre grand courage ; Que votre bras tout seul fasse votre partage ; Et, dédaignant les pas des autres souverains, Soyez, mon fils, soyez l'ouvrage de vos mains. Par d'illustres exploits couronnez -vous vous-même; Qu'un superbe laurier soit votre diadème; Régnez et triomphez, et joignez à la fois La gloire des héros à la pourpre des rois. Quoi ! votre ambition seroit-elle bornée A régner tour à tour l'espace d'une année ? Cherchez à ce grand cœur , que rien ne peut dompter , Quelque trône où vous seul ayez droit de monter. Mille sceptres nouveaux s'offrent à votre épée , Sans que d'un sang si cher nous la voyions trempée. Vos triomphes pour moi n'auront rien que de doux , Et votre frère même ira vaincre avec vous.
POLYNICE
Vous voulez que mon cœur , flatté de ces chimères , Laisse un usurpateur au trône de mes pères?
\ JOCASTE
Si vous lui souhaitez en effet tant de mal , Elevez-le vous-même à ce trône fatal.
Ce trône fut toujours un dangereux abîme; La foudre l'environne aussi bien que le crime ; Votre père et les rois qui vous ont devancés , Sitôt qu'ils y montoient , s'en sont vus renversés.
POLYNICE
Quand je devrois au ciel rencontrer le tonnerre , J'y monterois plutôt que de ramper à terre. Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux, Veut s'élever, madame, et tomber avec eux.
ÉTÉOCLE
Je saurai t'épargner une chute si vaine.
POLYNICE
Ah ! ta chute , crois-moi , précédera la mienne !
JOCASTE
Mon fils , son règne plaît.
POLYNICE
Mais il m'est odieux. -
JOCASTE
Il a pour lui le peuple.
POLYNICE
Et j'ai pour moi les dieux.