‹ Œuvres complètesChapitre 410 sur 594 · SCÈNE m. — PHEDRE, ŒNONE · texte numérisé non relu

SCÈNE m. — PHEDRE, ŒNONE

PHÈDRE

N'allons point plus avant, demeurons, chère Œnone. Je ne me soutiens plus; ma force m'abandonne : Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi ; Et mes genoux tremblans se dérobent sous moi. Hélas I

[Elle s* assied.)

ŒNONE

Dieux tout-puissans , que nos pleurs vous apaisent I

PHÈDRE

Que ces vains ornemens , que ces voiles me pèsent I Quelle importune main , en formant tous ces nœuds , A pris so'n sur mon front d'assembler mes cheveux? Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.

ŒNONE

Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire ! Vous-même, condamnant vos injustes desseins, Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ; Vous-même , rappelant votre force première , Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière. Vous la voyez , madame ; et , prête à vous cacher , Vous haïssez le jour que vous veniez chercher?

PHÈDRE

Noble et brillant auteur d'une triste famille , Toi , dont ma mère osoit se vanter d'être fille , Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois. Soleil , je te viens voir pour la dernière fois !

ŒNONE

Quoi ! vous ne perdez point cette cruelle envie ? Vous verrai-je toujours, renonçant à la vie. Faire de votre mort les funestes apprêts?

PHÈDRE

Dieux ! que ne suis -je assise à l'ombre des forêts ! Quand pourrai -je , au travers d'une noble poussière , Suivre de l'œil un char fuyant dans la carrière?

ŒNONE

Quoi, madame?

PHÈDRE

Insensée! où suis^je? et qu'ai-je dit?

Où laissé-je égarer mes vœux et mon esprit? Je l'ai perdu : les dieux m'en ont ravi l'usage. Œnone , la rougeur me couvre le visage : Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs;

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