SCÈNE V. - PHÈDRE, HIPPOLYTE, ŒNONE
PHÈDRE , à OEnone , dans le fond du théâtre. Le voici : vers mon cœur tout mon sang se retire. J'oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire.
ŒNONE
Souvenez-vous d'un fils qui n'espère qu'en vous.
PHÈDRE
On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous ,
Seigneur. A vos douleurs je viens joindre mes larmes;
Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes.
Mon fils n'a plus de père ; et le jour n'est pas loin
Qui de ma mort encor doit le rendre témoin.
Déjà mille ennemis attaquent son enfance :
Vous seul pouvez contre eux embrasser sa défense.
Mais un secret remords agite mes esprits :
Je crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris
Je tremble que sur lui votre juste colère
Ne poursuive bientôt une odieuse mère.
HIPPOLYTE
Madame, je n'ai point des sentimens si bas.
PHÈDRE
Quand vous me haïriez , je ne m'en plaindrois pas , Seigneur : vous m'avez vue attachée à vous nuire ; Dans le fond de mon cœur vous ne pouviez pas lire.