‹ Œuvres complètesChapitre 422 sur 594 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les dieux m'en sont témoins , ces dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang;

Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le cœur d'une foible mortelle.

Toi-même en ton esprit rappelle le passé :

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé;

J'ai voulu te paroître odieuse , inhumaine ;

Pour mieux te résister, j.'ai recherché ta haine.

De quoi m'ont profité mes inutiles soins?

Tu me haïssois plus, je ne t'aimois pas moins;

Tes malheurs te prètoient encor de nouveaux charmes.

J'ai langui , j'ai séché dans les feux , dans les larmes :

Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,

Si tes yeux un moment pouvoient me regarder. ,

Que dis-je? Cet a.veu que je te viens de faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire?

Tremblante pour un fils que je n'osois trahir.

Je te venois prier de ne le point haïr :

Foibles projets d'un cœur trop plein de ce qu'il aime!

Hélas! je ne t'ai pu parler que de toi-même!

Venge-toi , punis-moi d'un odieux amour :

Digne fils du héros qui t'a donné le jour.

Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper;

Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d'expier son offense ,

Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups.

Si ta haine m'envie un supplice si doux ,

Ou si d'un sang trop vil ta main seroit trempée ,

Au défaut de ton bras prête-moi ton épée ;

Donne.

ŒNONE

Que faites-vous, madame? Justes dieux!

Mais on vient : évitez des témoins odieux. Venez , rentrez , fuyez une honte certaine

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