‹ Œuvres complètesChapitre 429 sur 594 · SCÈNE V. — THÉSÉE, HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — THÉSÉE, HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE

THÉSÉE

Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père , Mon fils?

HIPPOLYTE

Phèdre peut seule expliquer ce mystère.

Mais, si mes vœux ardens vous peuvent émouvoir, Permettez -moi, seigneur, de ne la plus revoir: Souffrez que pour jamais le tremblant Hippolyte Disparoisse des lieux que votre épouse habite.

THÉSÉE

Vous, mon fils, me quitter?

HIPPOLYTE

Je ne la cherchois pas; C'est vous qui sur ces bords conduisîtes ses pas. Vous daignâtes, seigneur, aux rives de Trézène Confier en partant Aricie et la reine : Je fus même chargé du soin de les garder. Mais quels soins désormais peuvent me retarder? Assez dans les forêts mon oisive jeunesse Sur de vils ennemis a montré son adresse : Ne pourrai je, en fuyant un indigne repos, D'un sang plus glorieux teindre mes javelots? Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je touche, Déjà plus d'un tyran , plus d'un monstre farouche Avoit de votre bras senti la pesanteur; Déjà, de l'insolence heureux persécuteur, Vous aviez des deux mers assuré les rivages ; Le libre voyageur ne craignoit plus d'outrages ; Hercule, respirant sur le bruit de vos coups. Déjà de son travail se reposoit sur vous. Et moi , fils inconnu d'un si glorieux père , Je suis même encor loin des traces de ma mère ! Souffrez que mon courage ose enfin s'occuper : Souffrez, si quelque monstre a pu vous échapper, Que j'apporte à vos pieds sa dépouille honorable, Ou que d'un beau trépas la mémoire durable , Éternisant des jours si noblement finis. Prouve à tout l'univers que j'étois votre fils.

THÉSÉE

Que vois-je? Quelle horreur dans ces lieux répandue ' Fait fuir devant mes yeux ma famflle éperdue ? Si je reviens si craint et si peu désiré , 0 ciel! de ma prison pourquoi m'as- tu tiré?

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