‹ Œuvres complètesChapitre 439 sur 594 · SCÈNE VI. — PHÈDRE , ŒNONE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — PHÈDRE , ŒNONE

PHÈDRB.

Chère Œnone , sais-tu ce que je viens d'apprendre ?

ŒNONE

Non ; mais je viens tremblante , à ne vous point mentir : J*ai pâli du dessein qui vous a fait sortir; J'ai craint une fureur à vous-même fatale.

PHÈDRE

Œnone , qui l'eût cru ? j'avois une rivale !

ŒNONE

Comment?

PHÈDRE

Hippolyte aime, et je n'en puis douter. Ce farouche ennemi qu'on ne pouvoit dompter, Qu'offensoit le respect , qu'importunoit la plainte , Ce tigre , que jamais je n'abordai sans crainte . Soumis , apprivoisé , reconnoît un vainqueur : Aricie a trouvé le chemin de son cœur.

ŒNONE

Aricie ?

PHÈDRE

Ah ! douleur non encore éprouvée !

A quel nouveau tourment je me suis réservée ! Tout ce que j'ai souffert , mes craintes , mes transports , La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords, Et d'un cruel refus l'insupporiable injure , N'étoit qu'un foible essai des tourmens que j'endure. Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux? Comment se sont-ils vus? depuis quand? dans quels lieux? Tu le savois : pourquoi me laissois-tu séduire? De leur furtive ardeur ne pou vois-tu m'instruire? Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher? Dans le fond des forêts alloient-ils se cacher? Hélas ! ils se voyoient avec pleine licence : Le ciel de leurs soupirs approuvoit l'innocence ; Ils suivoient sans remords leur penchant amoureux : Tous les jours se levoient clairs et sereins pour eux ! Et moi , triste rebut de la nature entière , Je me cachois au jour, je fuyois la lumière; La mort est le seul dieu que j'osois implorer. J'attendois le moment où j'allois expirer ; Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, Encor , dans mon malheur de trop près observée , Je n'osois dans mes pleurs me noyer à loisir ;

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