‹ Œuvres complètesChapitre 472 sur 594 · PARTIE DU CHŒUR · texte numérisé non relu

PARTIE DU CHŒUR

[Esther entre s^appuyant sur Élise; quatre Israélites soutiennent sa robe.)

ASSUÉRUS

Sans mon ordre on porte ici ses pas ! Quel mortel insolent vient chercher le trépas? Gardes.... C'est vous, Esther? Quoi! sans être attendue?

ESTHER

Mes filles , soutenez votre reine éperdue. Je me meurs.

[Elle tonibe évanouie.)

ASSUÉRUS

Dieux puissans ! quelle étrange pâleur De son teint tout à coup efface la couleur ! Esther, que craignez-vous? Suis-je pas votre frère? Est-ce pour vous qu'est fait un ordre si sévère? Vivez : le sceptre d'or que vous tend cette main , Pour vous de ma clémence est un gage certain.

ESTHER

Quelle voix salutaire ordonne que je vive, Et rappelle en mon sein mon âme fugitive ?

ASSUÉRUS

Ne connoissez-vous pas la voix de votre époux ? Encore un coup , vivez , et revenez à vous.

ESTHER

Seigneur, je n ai jamais contemplé qu'avec craintt

L'auguste majesté sur votre front empreinte ; Jugez combien ce front irrité contre moi Dans mon âme troublée a dû jeter d'effroi : Sur ce trône sacré qu'environne la foudre J'ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre. Hélas! sans frissonner, quel cœur audacieux Soutiendroit les éclairs qui partoient de vos yeux? Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle....

ASSUÉRUS

0 soleil ! ô flambeau de lumière immortelle f Je me trouble moi-même; et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez , reine , calmez la frayeur qui vous presse. Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse, Eprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes États vous donner la moitié ?

ESTHER

Eh! se peut-il qu'un roi craint de la terre entière, Devant qui tout fléchit et baise la poussière. Jette sur son esclave un regard si serein, 1 Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain?

ASSUÉRUS

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire.

Et ces profonds respects que la terreur inspire,

A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce

Qui me charme toujours et jamais ue me lasse.

De l'aimable vertu doux et puissans attraits!

Tout respire en Esther l'innocence et la paix.

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres ,

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres;

Que diS"je? sur ce trône assis auprès de vous,

Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,

Et crois que votre front prête à mon diadème

Un éclat qui le rend respectable aux dieux même.

Osez donc me répondre , et ne me cachez pas

Quel sujet important conduit ici vos pas.

Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent ?

Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au ciel s'adressent.

Parlez : de vos désirs le succès est certain ,

Si ce succès dépend d'une mortelle main.

ESTHER

0 bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore ! Un intérêt pressant veut que je vous implore :

Page 1