ACTE III, SCÈNE IV
Un ministre ennemi de votre propre gloire....
AMAN
De votre gloire! Moi? Ciel! Le pourriez-vous croire? Moi, qui n'ai d'autre objet ni d'autre dieu....
ASSUÉRUS
Tais-toi.
Oses-tu donc parler sans Tordre de ton roi?
ESTIIER.
Notre ennemi cruel devant vous se déclare :
C'est lui, c'est ce ministre infidèle et barbare
Qui, d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu,
Contre notre innocence arma votre vertu.
Et quel autre, grand Dieu! qu'un Scythe impitoyable
Auroit de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable 1
Partout l'affreux signal en même temps donné
De meurtres remplira l'univers étonné :
On verra, sous le nom du plus juste des princes,
Un perfide étranger désoler vos provinces;
Et dans ce palais même, en proie à son courroux,
Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.
Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée? Quelle guerre intestine avons-nous allumée? Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis? Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis? Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie. Pendant que votre main , sur eux appesantie , A leurs persécuteurs les livroit sans secours , Ils conjuroient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchans les trames criminelles, De mettre votre trône à l'ombre de ses ailes. N'en doutez point, seigneur, il fut votre soutien Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l'Indien, Dissipa devant vous les innombrables Scythes , Et renferma les mers dans vos vastes limites; Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein De deux traîtres tout prêts à vous percer le sein Hélas! ce Juif jadis m'adopta pour sa fille.
ASSUÉRUS
Mardochée?
ESTHER
Il restoit seul de notre famille.
Mon père étoit son frère. Il descend comme moi Du sang infortuné de notre premier roi '.
A . Gis, de la tribu de Benjamin, était père de Saul, el l'un des aïeux de Mardochée.
&ACXNB I 35
Plein d'une juste horreur pour un Amalécitc ,
Race que notre Dieu de sa bouche a maudite ,
Il n'a devant Aman pu fléchir les genoux ,
Ni lui rendre un honneur qu'il ne croit dû qu'à yous.
De là contre les Juifs et contre Mardochée
Cette haine , seigneur , sous d'autres noms cachée.
En vain de vos bienfaits Mardochée est paré :
A la porte d'Aman est déjà préparé
D'un infâme trépas l'instrument exécrable;
Dans une heure au plus tard ce vieillard vénérable ,
Des portes du palais par son ordre arraché ,
Couvert de votre pourpre y doit être attaché.
ASSUÉRUS
Quel jour mêlé d'horreur vient effrayer mon âme ! Tout mon sang de colère et de honte s'enflamme. J'étois donc le jouet.... Ciel, daigne m'éolairer! Un moment sans témoins cherchons à respirer. Appelez Mardochée : il faut aussi l'entendre.
(Le roi s'éloigne.)
UNE ISRAÉLITE
Vérité , que j'implore , achève de descendre !