‹ Œuvres complètesChapitre 520 sur 594 · SCÈNE III. - Mi^THAN, NABAL · texte numérisé non relu

SCÈNE III. - Mi^THAN, NABAL

NABAL

Leurs enfans ont déjà leur audace hautaine. Mais que veut Âthalie en cette occasion? D'où naît dans ses conseils cette confusion? Par l'insolent Joad ce matin offensée , Et d'un enfant fatal en songe menacée , Elle alloit immoler Joad à son courroux , Et dans ce temple enfin placer Baal et vous. Vous m'en aviez déjà confié votre joie;

582 ATHALIE

Et j'espérois ma part d'une si riche proie. Oui fait changer ainsi ses vœux irrésolus?

MATHAN

Ami , depuis deux jours je ne la connois plus.

Ce n'est plus cette reine éclairée , intrépide ,

Elevée au-dessus de son sexe timide ,

Qui d'abord accabloit ses ennemis surpris ,

Et d'un instant perdu connoissoit tout le prix :

La peur d'un vain remords trouble cette grande âme ;

"Elle flotte, elle hésite; en un mot, elle est femme.

J'avois tantôt rempli d'amertume et de fiel

Son cœur, déjà saisi des menaces du ciel;

Elle-même , à mes soins confiant sa vengeance ,

M'avoit dit d'assembler sa garde en diligence ;

Mais , soit que cet enfant devant elle amené ,

De ses parens , dit-on , rebut infortuné ,

Eût d'un songe effrayant diminué l'alarme ,

Soit qu'elle eût même en lui vu je ne sais quel charme,

J'ai trouvé son courroux chancelant , incertain ,

Et déjà remettant sa vengeance à demain.

Tous ses projets sembloient l'un l'autre se détruire.

H Du sort de cet enfant je me suis fait instruire,

Ai-je dit : on commence à vanter ses aïeux ;

Joad de temps en temps le montre aux factieux ,

Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse,

Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise. »

Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front.

Jamais mensonge heureux n'eut un effet si prompt.

« Est-ce à moi de languir dans cette incertitude ?

Sortons, a-t-elle dit, sortons d'inquiétude.

Vous-même à Josabeth prononcez cet arrêt :

Les feux vont s'allumer, et le fer est tout prêt;

Rien ne peut de leur temple empêcher le ravage ,

Si je n'ai de leur foi cet enfant pour otage. »

NABAL

Hé bien! pour un enfant qu'ils ne connoissent pas, Que le hasard peut-être a jeté dans leurs bras, Voudront-ils que leur temple, enseveli sous l'herbe....

MATHAN

Ah! de tous les mortels connois le plus superbe. Plutôt que dans mes mains par Joad soit livré Un enfant qu'à son Dieu Joad a consacré , Tu lui verras subir la mort la plus terrible. D'ailleurs pour cet enfant leur attache est visible. : i j'ai bien de la reine entendu le récit.

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