ACTE III, SCÈNE VI
Réservons cet enfant pour un temps plus heureux.
Tandis que les méchans délibèrent entre eux ,
Avant qu'on l'environne , avant qu'on nous l'arrache ,
Une seconde fois souffrez que je le cache :
Les portes, les chemins lui sont encore ouverts.
Faut-il le transporter aux plus affreux déserts?
Je suis prête ; je sais une secrète issue
Par où , sans qu'on le voie , et sans être aperçue .
De Cédron avec lui traversant le torrent ,
J'irai dans le désert où jadis en pleurant,
Et cherchant comme nous son salut dans la fuite ,
David d'un fils rebelle évita la poursuite.
Je craindrai moins pour lui les lions et les ours....
Mais pourquoi de Jéhu refuser le secours ?
Je vous ouvre peut-être un avis salutaire.
Faisons de ce trésor Jéhu dépositaire.
On peut dans ses États le conduire aujourd'hui.
Et le chemin est court qui mène jusqu'à lui.
Jéhu n'a point un cœur farouche , inexorable ;
De David à ses yeux le nom est favorable.
Hélas ! est-il un roi si dur et si cruel,
A moins qu'il n'eût pour mère une autre Jézabel ,
Qui d'un tel suppliant ne plaignît l'infortune ?
Sa cause à tous les rois n'est-elle pas commune?
JOAD
Quels timides conseils m'osez- vous suggérer? En l'appui de Jéhu pourriez- vous espérer?
JOSABETH
Dieu défend-il tout soin et toute prévoyance ? Ne l'offense-t-on point par trop de confiance? A ses desseins sacrés employant les humains , N'a-t-il pas de Jéhu lui-même armé les mains?
JOAD
Jéhu , qu'avoit choisi sa sagesse profonde , Jéhu, sur qui je vois que votre espoir se fonde, D'un oubli trop ingrat a payé ses bienfaits : Jéhu laisse d'Achab l'affreuse fille en paix , Suit des rois d'Israël les profanes exemples , Du vil dieu de l'Egypte a conservé les temples; Jéhu , sur les hauts lieux enfin osant offrir Un téméraire encens que Dieu ne peut souffrir, N'a pour servir sa cause et venger ses injures Ni le cœur assez droit , ni les mains assez pures. Non , non : c*est à Dieu seul qu'il faut nous attacher. Montrons Ëliacin; et, loin de le cacher,
588 ATHALIE
Que du bandeau royal sa tête soit ornée : Je veux même avancer l'heure déterminée , Avant que de Hathan le complot soit formé.
SCÈNE VII. — JOAD, JOZABETH, AZARIAS, suivi du cJicwr et de plusieurs lévites.
JOAD
Hé bien, Azarias, le temple est-il fermé?
AZARIAS
J'en ai fait devant moi fermer toutes les portes.
JOAD
N'y reste -t-il que vous et vos saintes cohortes?
AZARIAS
De ses parvis sacrés j'ai deux fois fait le tour. Tout a fui , tous se sont séparés sans retour , Misérable troupeau qu'a dispersé la crainte ; Et Dieu n'est plus servi que dans la tribu sainte. Depuis qu'à Pharaon ce peuple est échappé, Une égale terreur ne l'avoit point frappé.
JOAD
Peuple lâche , en effet , et né pour l'esclavage , Hardi contre Dieu seul! Poursuivons notre ouvrage. Mais qui retient encor ces enfans parmi nous?
UNE DES FILLES DU CHŒUR
Hé! pourrions-nous, Seigneur, nous séparer de vous? Dans le temple de Dieu sommes-nous étrangères? Vous avez près de vous nos pères et nos frères.
UNE AUTRE
Hélas ! si pour venger l'opprobre d'Israël ,
Nos mains ne peuvent pas , comme autrefois Jahel » ,
Des ennemis de Dieu percer la tête impie,
Nous lui pouvons du moins immoler notre vie.
Quand vos bras combattront pour son temple attaqué,
Par nos larmes du moins il peut être invoqué.
JOAD
Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle , Des prêtres, des enfans, ô sagesse éternelle! Mais, si tu les soutiens, qui les peut ébranler? Du tombeau , quand tu veux , tu sais nous rappeler ; Tu frappes et guéris , tu perds et ressuscites.
4. Sisara, général des Cbananéens, ayant été défait par Barac, chef des Juifs, se relira dans la tente de Jahel, femme d'Haber; celle-ci, pendant son sommeil , le fit périr en lui enfonçant an clou dans la tète.