CANTIQUE IL — PLAINTES D'UN CHRÉTIEN
ZS CONTRARIÉTÉS QU'iL ÉPROUVE AU DEDANS DE LUI-MÊME.
( Tiré de l'Épllre de saint Paul aux Romains , cli. vu. )
Mon Dieu , quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L'un veut que , plein d'amour pour toi , Mon cœur te soit toujours fidèle ; L'autre , à tes volontés rebelle , Me révolte contre ta loi.
L'un , tout esprit et tout céleste , Veiît qu'au ciel sans cesse attaché, Et des biens éternels touché ,
Je compte pour rien tout le reste :
Et l'autre, par soq poids funeste.
Me tieat Ters la terre penché.
Hélas ! en guerre avec moi-même , Où pourrai-je trourer la paii T Je veux , et n'accomplis jamais.
Je veux ; mais ( ô misère extrême ! ) Je ne fais pas le bien que j'aime , Et je fais le mal que je hais.
0 grâce , ô rayon salutaire !
Viens me mettre avec moi d'accord.
Et, domptant par un doux effort Cet homme qui t'est si contraire , Fais ton esclave voloniaire De cet esclave de la mort.
CANTIQUE III. — SUR LE BONHEUR DES JUSTES, ET LE MALHEUR DES RÉPROUVÉS.
(Tiré du livre de la Sagesse, eh. v.)
Heureux qui , de la sagesse Attendant tout son secours , N'a point mis en la richesse L'espoir de ses derniers jours !
La mort n'a rien qui l'étonné ; Et , dès que son Dieu l'ordonne , Son âme , prenant l'essor , S'élève d'un vol rapide Vers la demeure où réside Son véritable trésor.
De quelle douleur profonde Seront un jour pénétrés Ces insensés qui du monde, Seigneur, vivent enivrés; Quand , par une fin soudaine , Détrompés d'une ombre vaine Qui passe et ne revient plus.
Leurs yeux , du fond de l'abîme , Près de ton trône sublime Verront briller tes élus '
PUËSIES DIVERSES. 659
« Infonunés que nous sommes , Où s'égaroient nos esprits !
Voilà , diront-ils , ces hommes , Vils objets de nos mépris :
Leur sainte et pénible vie Nous parut une folie ; Mais , aujourd'hui triomphans , Le ciel chante leur louange , Et Dieu lui-même les range Au nombre de ses enfans.
« Pour trouver un bien fragile Qui nous vient d'être arraché , Par quel chemin difficile , Hélas! nous avons marché!
Dans une route insensée Notre âme en vain s'est lassée , ' Sans se reposer jamais , Fermant Toeil à la lumière , Qui nous moutroit la carrière De la bienheureuse paix.
« De nos attentats injustes Quel fruit nous est-il resté?
Où sont les titres augustes Dont notre orgueil s*est flatté?
Sans amis et sans défense, Au trône de la ve^igeance Appelés en jugement, Foibles et tristes victimes , Nous y venons de nos crimes Accompagnés seulement. »
Ainsi d'une voix plaintive ,
Exprimera ses remords
La pénitence tardive
Des inconsolables morts.
Ce qui faisoit leurs délices ,
Seigneur , fera leurs supplices ;
Et, par une égale loi,
Tes saints trouveront des charmes
Dans le souvenir des larmes
Qu'ils versent ici pour toi.