‹ Œuvres complètesChapitre 60 sur 594 · ACTE U, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE U, SCÈNE I

Et briser en passant, sous Teffort.de ses coups, Tout ce qui l'empèchoit de s'approcher de tous. On Yoit en même champ yo& drapeaux et les nâtres; De ses retranchemens il découvre les vôtres : Mais , après tant d*exploits , oe timide vainqueur Craint qu'il ne soit encor bien loin de votre cœur. Que lui sert de courir de contrée en contrée , S*il faut que de ce cœur vous lui fermiez l'entrée ; Si , pour ne point répondre à de sincères vœux , Vous cherchez chaque jour à douter de ses feux ; * Si votre esprit, aimé de mille défiances?...

CLÉOPILE.

Hélas ! de tels soupçons sont de foibles défenses ;

Et nos cœurs , se formant mille soins superflus ,

Doutent toujours du bien qu'ils souhaitent le plus.

Oui , puisque ce héros veut que j'ouvre mon âme ,

J'écoute avec plaisir le récit de sa flamme.

Je craig^ois que le temps n'en eût borné le cours ;

Je souhaite qu'il m'aime, et qu'il m'aime toujours.

Je dis plus : quand son bras força notre frontière ,

Et dans les murs d'Omphis m'arrêta prisonntère ,

Mon cœur, qui le voyoit maître de l'univers,

Se consoloit déjà de languir dans ses fers;

Et, loin de murmurer contre un destin si rude,

n s'en fit , je l'avoue , une douce habitude ,

Et de sa liberté perdant le souvenir ,

Même en la demandant , craignoit de l'obtenir :

Jugez si son retour me doit combler de joie.

Mais tout couvert de sang veut-il que je le volé?

Est-ce comme ennemi qu'il se vient présenter?

Et ne me cberche-t-il que pour me tourmenter?

ÉPHESTION

Non , madame : vaincu du pouvoir de vos charmes , 11 suspend aujourd'hui La terreur de ses armes; n présente la paix à des rois aveuglés , Et retire la main qui les eût accablés. Il craint que la victoire , à ses vœux trop facile , Ne conduise ses coups dans le sein de Taxile. Son courage, sensible à vos justes douleurs. Ne veut point de lauriers arrosés de vos pleurs. Favorisez les soins où son amour l'engage ; Exemptez sa valeur d'un si triste avantage , Et disposez des rois qu'épargne son courroux A recevoir un bien qu'ils ne.doiviuit qu.'à vous.

6i ALEXANDRE.

CLéOFILB.

Ken doutez point, seigneur : mon âme inquiétée,

D'une crainte si juste est sans cesse agitée ;

Je tremble pour mon frère , et crains que son trépas

D'un ennemi si cher n'ensanglante le bras.

Mais en vain je m'oppose à l'ardeur qui l'enflamme ,

Axiane et Porus tyrannisent son âme ;

Les charmes d'une reine et l'exemple d'un roi ,

Dès que je veux parler , s'élèvent contre moi.

Que n'ai-je point à craindre en ce désordre extrême I

Je crains pour lui , je crains pour Alexandre même.

Je sais qu'en l'attaquant cent rois se sont perdus ;

Je sais tous ses exploits ; mais je connois Porus.

Nos peuples qu'on a vus , triomphans à sa suite ,

Repousser les efforts du Persan et du Scythe ,

Et tout fiers des lauriers dont il les a chargés.

Vaincront à son exemple , ou périront vengés ;

Et je crains....

ÉPHESTION

Ah ! quittez une crainte si vaine ; Laissez courir Porus où son malheur l'entraîne ; Que l'Inde en sa faveur arme tous ses États, Et que le seul Taxile en détourne ses pas ! Mais les voici.

CLÉOFILE.

Seigneur, achevez votre ouvrage.

Par vos sages conseils dissipez cet orage ; Ou , s'il faut qu'il éclate , au moins souvenez-vous , De le faire tomber sur d'autres que sur nous.

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