‹ Œuvres complètesChapitre 64 sur 594 · SCÈNE V. — AXIANE, PORUS · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — AXIANE, PORUS

AXIANE

Cette sombre froideur ne m'en dit pourtant rien ,

lâche ; et ce n'est point là , pour me le faire croire ,

La démarche d'un roi qui court à la victoire.

Il n'en faut plus douter, et nous sommes trahis :

Il inmiole à sa sœur sa gloire et son pays ;

Et sa haine , seigneur , qui cherche à vous abattre ,

Attend pour éclater que vous alliez combattre.

PORUS

Madame , en le perdant , je perds un foible appui ;

Je le connoissois trop pour m'assurer sur lui.

Mes yeux sans se troubler ont vu son inconstance ;

Je craignois beaucoup plus sa molle résistance.

Un traître , en nous quittant pour complaire à sa sœur ,

Nous aiToiblit bien moins qu'un lâche défenseur.

AXIANE

Et cependant, seigneur, qu'allez-vous entreprendre? Voas marchez sans compter les forces d'Alexandre ; Etf courant presque seul au-devant de leurs coups, Contre tant d'ennemis vous n'opposez que vous.

Hé quoi ! voudriez-vous qu'à l'exemple d'un traître

Ma frayeur conspirât à vous donner un maître ;

Que Porus , dans un camp se laissant arrêter ,

Refusât le combat qu'il vient de présenter?

Non, non, je n'en crois rien. Je connois mieux, madame,

Le beau feu que la gloire allume dans votre âme :

C'est vous , je m'en souviens , dont les puissans appas

Excitoient tous nos rois , les traînoient aux combats ; '

Et de qui la fierté , refusant de se rendre ,

Ke vouloit pour amant qu'un vainqueur d'Alexandre.

n faut vaincre , et j'y cours , bien moins pour éviter

le titre de captif, que pour le mériter.

Oai, madame, je vais, dans l'ardeur qui m'entraîne,

Victorieux ou mort , mériter votre chaîne ;

Et puisque mes soupirs s'expliquoient vainement

A ce cœur que la gloire occupe seulement ,

Je m'en vais , par l'éclat qu'une victoire donne ,

70 ALEXANDRE

Attacher de si près la gloire à ma personne, Que je pourrai peut-être amener votre cœur De l'amour de la gloire .à l'amour du vainqueur.

▲xiàne.

Hé bien ! seigneur , allez. Taxile aura peut-être Des sujets dans son camp plus braves que leur maître ; Je vais les exciter par un dernier effort. Après , dans votre camp j'attendrai votre sort. Ne vous informez point de l'état de mon âme : Triomphez et viv«z.

PORUS

Qu'attendez -vous , madame?

Pourquoi, dès ce moment, ne puis-je pas savoir Si mes tristes soupirs ont pu vous émouvoir? Voulez-vous , car le sort , adorable Axiane , A ne vous plus revoir peut-être me condamne ; Voulez-vous qu'en, mourant un prince infortuné Ignore à quelle gloire il étoit destiné? Parlez.

AXIANE

Que vous dirai-je?

PORUS

Ah ! divine princesse , Si vous sentiez pour moi quelque heureuse foiblesse , Ce cœur, qui me promet tant d'estime en ce jmir, Me pourroit bien encor promettre un peu d*amo«r. Contre tant de soupirs peut-il bien se défendre? Peut-il....

AXIANE

Allez, seigneur, marchez contre Alexandre; La victoire est à vous , si ce fameux vainqueur Ne se défend pas mieux contre vous que mon cœur.

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