‹ Œuvres complètesChapitre 92 sur 594 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Maîtresse de l'Asie; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie , et quel est son destin :

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes ,

Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes,

Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer

Que Troie en cet état aspire à se venger.

Ah! si du fils d'Hector la perte étoit jurée.

Pourquoi d*un an entier l'avons -nous différée ?

Dans le sein de Priam n*a-t-on pu l'immoler?

Sous tant de morts , sous Troie , il falloit l'accabler.

Tout étoit juste alors : la vieillesse et l'enfance

En vain sur leur foiblesse appuyoient leur défense ;

La victoire et la nuit , plus cruelles que nous ,

Nous excitoient au meurtre , et confondoient nos coups.

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère.

Hais que ma cruauté survive à ma colère ,

Que , malgré la pitié dont je me sens saisir,

Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir ?

Non , seigneur : que les Grecs cherchent quelque autre proie ;

Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie :

De mes inimitiés le cours est achevé ;

L'Epire sauvera ce que Troie a sauvé.

Seigneur, vous savez trop avec quel artifice

Un faux Astyanax fut offert au supplice

Où le seul fiîs d'Hector devoit être conduit ;

Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector qu'on poursuit.

Oui , les Grecs sur le fils persécutent le père ;

n a par trop de sang acheté leur colère.

Ce n'est que dans le sien qu'elle peut expirer ;

Et jusque dans l'Ëpire il les peut attirer :

Prévenez-les.

PYRRHUS

Non , non. J'y consens avec joie !

Qu'ils cherchent dans l'Épire une seconde Troie ; Qu'ils confondent leur haine , et ne distinguent plus Le sang qui les fit vaincre , et celui des vaincus. Aussi bien ce n'est pas la première injustice Dont la Grèce d'Achille a payé le service. Hector en profita , seigneur ; et quelque jour Son fils en pourroit bien profiter à son tour.

ORESTE

Ainsi la Grèce en vous trouve un enfant rebelle ?

PYRRHUS

Et je n'ai donc vaincu que pour dépendre d'elle?

106 ANDROMAQUË.

OKESTE.

Hennione , seigneur , arrêtera vos coups : Ses yeux s'opposeront entre son père et vous.

Hermione, seigneur, peut m'être toujours chère; Je puis l'aimer , sans être esclave de son père ; Et je saurai peut-être accorder quelque jour Les soins de ma grandeur et ceux de mon amour. Vous pouvez cependant voir la fille d'Hélène : Du sang qui vous unit je sais l'étroite chaîne. Après cela, seigneur, je ne vous retiens plus, Bt vous pourrez aux Grecs annoncer mon refus.

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