‹ Œuvres complètesChapitre 16 sur 27 · I» PART 0E CEUX QUI Y VIVENT · texte numérisé non relu

I» PART 0E CEUX QUI Y VIVENT

« Le peuple regarde comme an bon air de marcher

»' sur vos traces ; la ville croit se faire honneur en prenant » tout le mauvais de la cour; ooe mœurs forment unpoi- » son qui gagne les peuples et les provinces, qui infecte » tous les états, qui change les mœurs publiques , qui rt donne a la licence un air de noblesse et de bon go&t, » et qui substitue à la simplicité de nos pères et à Finnois oèttbe des mœurs anciennes la nouveauté de vos plai- » sirs , de votre lue , de vos profusions et de vos indJ- » ceHcèe profanes. (C'estrlà précisément oe qu'a dit M. * Cérarier.) Ainsi, c'est de vous Repassent jusque dans » le peuple lés mbdes immodestes , la vanité des parures , » les artifices qui déshonorent un visagp.où la pudeur » toute seule devait être peinte , la fureur des jeux , la fais cititd des mœurs, la, licence des entretiens, la liberté m des passions et toute la corruption de «nos siècles. »

Messieurs, c'était aussi pour conserver l'innocence d'un prince enfant, du dernier rejeton d'une race royale, que Massilloh élevait' sa voix éloquente. Il est triste de penser que si Massillon vivait encore, il se verrait probablement traduit sur les bancs d'une cour d'assises !.. ..

Au surplus , ce n'est point une assertion sèche et dé-

nuée de preuves que l'auteur tous présente. U ne s'est pas borné i censurer les mœurs de la cour : il a justifié sa censure par des faits; sa critique n'est que la conséquence forcée de ces faits ; ayant d'attaquer la conséquence , prouvez que les faits sont con trouvés.

Voici la triple alternative que je présente i L'accusation,.

On vous niez, lui dirai-je , lés faits rapportés dans Méprit »

et alors , les monuments historiques sont là pour- vous

confondit : ou vous les avouez , mais vous en faites l'ajW-

logie; et alors, c'est vous-même qui outragez la morale

publique : ou vous les avouez et les condamnez , et vous

prétendez cependant que j'aurais dû les taire, parce que

les coupables ont siégé sur le trône ou près du tfâfie.; et

alors ,< c'est encore .au \ nom de la morale pu bliquç que je

réponse cette ^ortrine honteuse. Quoi i des désordres

coupables auront été commis, et l'histoire, l'institutrice

des peuples et des rois, devra garder le silence ! Quoi 4 V-

dultése aux* souillé les palais, et vous commanderez,

au nom des mcétirs, respect pour l'adultère I il y aura

des vices privilégiés !' Des scandales auront un brevet

d'impunité ; et si , à l'aspect des mœurs outragéçs , je

laisse éclater mon indignation , c'est mon indignation

qui sera criminelle ; c'est moi qui aurai outragé les mœurs I

Messieurs, l'Egypte honorait aes rois, mais elje jugeait leur cendre , et le jugement des morts était la leçon des vivants; et de la postérité.

Que signifie cette distinction qu'on s'est efforcé d'établir entre l'histoire et d'autres écrits ! La vérité a-Velle ,

pour se montrer, des formes privilégiées! Existe-t-U on genre d'ouvrages dans lesquels la vérité soit criminelle ?

Cest, il faut le dire, c'est la première fois qu'on voit un écrivain traduit devant les tribunaux pour avoir rapporté des faits dont on ne conteste point la sincérité ! Cest la première fois que l'accusation vient nous tenir cet étrange langage : Cela est vrai; mais vous ne devis* pas le dire. Nous avons vu incriminer des doctrines,, condamner des opinions ; il nous restait à voir accuser des souvenirs historiques ; il nous manquait de voir traîner la vérité devant la cour d'assises!

Cest, dites-vous , attenter à la gloire nationale, c'est dépouiller la nation de son plus riche patr imoin e.

Ce ne serait plus alors qu'une simple question d'amour propre national , et non plus une question de morale publique.

Mais est-ce donc flétrir la nation que de flétrir les vices de quelques hommes dont les noms figurent dans son histoire? Une nation est-elle solidaire pour tous les individus qui la composent? Le patrimoine de l'honneur national se compose-t-il des vices ou des crimes dont elle a été le témoin? Vous nous reprochez d'avoir attenté 4 la gloire nationale? Ai-je donc essayé d'avilir les trophées de Fontenoi , les vertus de Sully , les lauriers de Racine! Voilà le patrimoine de l'honneur national ; la France peut revendiquer la solidarité de la gloire ; elle ne revendiquera jamais la solidarité de la honte.

On a plus vivement encore insisté sur le S™ chef d'accusation. SuivonsLle ministère public sur ce nouveau terrain.

M. Courier s'attache à prouver , comme nous l'avons vu , que le voisinage de la cour est dangerenx pour les simples habitants de la campagne. Une des choses qu'il redoute le plus dans ce voisinage , c'est la contagion des mauvaises mœurs. Voici ,à cet égard, comme il s'exprime :

« Sachez qu'il n'y a pas en France une seule famille » noble , mais je dis noble de race et d'antique origine , » qui ne doive sa fortune aux femmes ; vous m'entendez. » Les femmes ont fait les grandes maisons ; ce n'est pas, » comme vous croyez bien , en cousant les chemises de » leurs époux , ni en allaitant leurs enfants. Ce que nous » appelons} nous autres, honnête femme, mère de fa- » mille, à quoi nous attachons tant de prix, trésor pour » nous, serait la ruine du courtisan. Que voudriez-vous » qu'il fît d'une dame honesta, sans amants, sans in- » trigues, qui, sous prétexte de vertus, claquemurée » dans son ménage , s'attacherait à son mari? Le pauvre » homme verrait pleuvoir les grâces autour de lui , et » n'attrapperait jamais rien. De la fortune des familles » nobles, il en parait bien d'autres causes , telles que le » pillage; les concussions, l'assassinat, les proscrip- » tions , et surtout les confiscations. Mais qu'on y re- » garde, et on verra qu'aucun de ces moyens n'edt pu être » mis en œuvre sans la faveur d'un grand , obtenue par » quelque femme ; car pour piller , il faut avoir com-

» mandements , gouvernements, qui ne s'obtiennent que » par les femmes ; et ce n'était pas tout d'assassiner » Jacques Cœur ou le maréchal d'Ancre , il fallait, pour » avoir leurs biens, le bon plaisir, l'agrément du roi, » c'est-4-dire des femmes qui gouvernaient alors le roi » ou son ministre. Les dépouilles des huguenots , des » frondeurs, des traitants, autres faveurs, bienfaits qui » coulaient , se répandaient par les mêmes canaux, aussi » purs que la source. Bref, comme il n'est, ne fat, ne » sera jamais, pour nous autres vilains, qu'un moyen de » fortune, c'est le travail ; pour la noblesse non plus il » n'y en a qu'un ; et c'est. ... , c'est la prostitution , puis- » qu'il faut, mes amis , l'appeler par son nom. »

laissant de côté tous les commentaires plus ou moins infidèles qu'on a faits sur ee passage , et le réduisant i son expression la plus simple , qu'y découvrons-nous ? Cette proposition fondamentale , et dont le passage entier n'est qu'un développement : « Que les mœurs des courtisans » sont corrompues. » J'aurais difficilement imaginé que cette proposition lût outrageante pour la morale publique, et que les mœurs des cours dussent être pour nous un objet de vénération. Depuis quand n'est-il donc plus permis de dire, d'une manière générale, que tel vice, tel défaut , tel genre de dépravation règne dans telle classe de la société?

Ici, j'interpelle encore l'accusation. Niez-vous les faits? J'offre de les prouver. Les avoues-vous ? J'ai donc eu raison d'avancer ce que j'ai avancé.

Expliquez-vous enfin d'une manière catégorique. Estce pour avoir con trouvé des faits que vous m'accusez ? Ce n'est plus qu'une question de vérité historique ; nous pouvons la décider avec des autorités. M'accusez-vous pour avoir dit des vérités fâcheuses à quelques amours propres? Alors , je vous demande où est la loi qui coudamné la vérité et qui fait du mensonge un devoir de morale publique. Mais du moins expliquez-vous: parlez; qu'on sache ce que tous voulez," ce que vous prétendez. Niez franchement les faits , ou bien aVQuez-les franchement, sans vous perdre en vaincs déclamations qui ne prouvent rien, si ce n'est votre embarras et votre faiblesse. . ♦ -' >

Pourquoi , je vous dirai que, de tout temps, l'historien, le moraliste , l'écrivain satirique , ont été en possession de censurer les vices généraux , et surtout les vices des cours. Je vous dirai que l'auteur que vous accusez n'a fait que redire , avec moins de force peut-être , ce que mille auteurs estimés avaient dit avant lui. On vous a cité Massillon et Montesquieu ; écoutez maintenant Mézeray et Bassompierre.

Mézeray parle de l'introduction des femmes à la cour. « Du commencement , dit-il , cela eut de fort bons effets, » cet aimable sexe y ayant amené la politesse et la cour- » toisie,>en donnant de vives pointes de générosité aux » âmes bien faites. Mais depuis que V impur eU s'y fut » mêlée , et que r exemple des plus grand* eût autorité » la corruption , ce qui était auparavant une belle source

(254) » d'honneur et de vertu, advint un sale bourbier

» DE TOUS LES VICES; U cUêhottnêUT SB MIT EN CRÉDIT, » LA PROSTITUTION SB SAISIT DE LA FAVEUR) On Jf M-

» trait on e'y maintenait par ce moyen; bref, les char- » ges et les emplois se distribuaient à la fantaisie des » femmes, et parce que d'ordinaire, quand elles sont une » fois déréglées , elles se portent à l'injustice, aux four-

* beries, à la vengeance et à la malice avec bien plus d'ef- » fronterie que les hommes mêmes , elles furent cause

* qu'il s'introduisit de très-méchantes maximes dans le » gouvernement, et que l'ancienne candeur gauloise fut » rejetée encore plus loin que lachaeieU. Cette comtp- » tion commença sous le règne de François I" 9 ee rew » dit presopf universelle eoue celui de Henri II, et ee

» DÉBORDA ENFIN JUSQU'AU DERNIER PÉRIODE SOUS Ckon-

» lee IX et Henri III. » Mézeray , Hist. de Fr. Henri III, tome 3 , pag. 446-447.

Voyons maintenant comment Bassompierre s'exprime sur le compte d'un courtisan. « C'était un homme asseï » mal fait, et il y a lieu de s'étonner qu'il ait réussi en » ce temps-là , où Von ne parvenait à rien qne par lee » femmeê , comme je pense juilenaiU de TOUT temps, » dans toutes lee coure, et crois que qui voudrait y » regarder de bien prés, trouverait plus de maisons

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