‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 265 sur 293 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Si j'ay perdu tant de vers sur ma lyre*, O inconstante, à bien dire de toy, Or j'en veus faire autant pour m'en desdire.

Ceux qui liront ton infâme inconstance ,

aintes de Bradamante ne fût pas terminé entièrement, et i*il n'eût point atteint la moitié du 32* chant de rArioste. n peut croire qu'il fat rebuté par la fatigue d'une lutte, issi pénible qu'infructueuse , pour reproduire la beauté i l'original.

1. L'ancienne Togue de la chanson fut , au x?i* siècle , avement compromise par le triomphe de la réforme litraire proclamée par Du Bellay : c< Laisse moy là, disait slui-ci , dans son Illustration de la Langue françoise ,

4, toutes ces vieilles poësies , telles que rondeaux, baldes , virelais , chants royaux, chansons, -n mais ce derer genre avait de trop profondes racines dans l'esprit ançais pour ne pas survivre à cette injuste proscription, aant à cette chanson de La Boëtie, on aurait pu l'appeler egie avec plus de justesse , et on peut même la rapproler, pour le sujet ainsi que pour les détails , de la 8* et s la 14* des Elégies de Marot. Le même sujet a été traité issi par Tibulle, 1, 10; IH, 4 et 6, ad fin.; Properce, II, {f.

2. On peut voir, pour le mètre de cette pièce, les Etudes ir La Boëtie, p. 135. —Le premier vers rappelle un ait deTibulle^II,4, 13:

Nec prosunt elegi, nec carminis auctor ApoUo ; ce passage des Elégies de Ronsard :

Que me servent mes vers et les sons de ma lyre ? Je pleure, je me deuls , je suis plein de martyre , Je fay mille sonnets, je me romps le cerveau Et ne suis point aymé....

Et les reflots* de ta perjure * foy ,

En t'oultrageant m'en feront la vengence.

U ne faut pas que si fiere te rende.

Comme autresfois, ceste grande beauté :

C*estoient mes vers qui la te faisoient grande ^

Par moy estoient ces roses amassées.

Qui jusqu'ici en ta face ont esté , Et or par moy te seront effacées.

Je t'ay donné ceste face tant belle :

Je veux tout prendre , et qu'on ne puisse veoir Rien plus en toy que ton cœur infidèle.

C'est tout le bien qu'ores * avoir je puisse , Que cognoissance un chascun puisse avoir De mon malheur , helas I et de ton vice.

Quand par mes vers je te verray mauldite. Dedans mon cœur ce seul regret j'auray, Que pour ton mal ta peine est trop petite.

Mais si encor ce n'est vengence entière, En te blasmant au moins j'arraeheray Jusques au fond toute l'amour première.

1. Même sens qae reflux, mais dès lors moins usité: « Flux et reflux » dit Nicot, c'est comme si vous disiez flol et reflot, tout ainsi que floler et refloler. »

2. (Perjurus) ; parjure, était déjà plus généralement employé : v. Nicot.

3. Ce privilège des poètes d'embellir, d'illustrer celles qu'ils aiment, a souvent été célébré. Properce, III, 2,18 :

Fortunala meo si qua es celebrata libelle ! Carmina sunt formse tôt monumenta tuse.

Cf. Id. , II, 34, à la 6n ; Tibulle, 1, 4, 59 ; Ovide , de Mort. TibuL, 31;Bertin, Amours, III, 1; Lamartine, Médit. III, à Elvire.

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