‹ Œuvres complètes, réunies et publChapitre 30 sur 293 · Saouler, rassasier, assouvir, aujourd'hui «oû^er, dont · texte numérisé non relu

Saouler, rassasier, assouvir, aujourd'hui «oû^er, dont

rissez vos enfans a fin qu'il les meinc , pour le mieux qu'il face , en ses guerres , qu'il les meine h la boucherie, qu'il les face les ministres de SCS convoitises, les exécuteurs de ses vengences; vous rompez k la peine vos personnes, a fin qu'il se puisse mignarder en ses délices , et se vcautrer dans les sales et vilains plaisirs -, vous vous affoiblissez, à fin de le faire plus fort et roide a vous tenir plus courte la bride ! Et , de tant d'indignitez que les bestes mesmes ou ne sentiroient point ou n'endureroient point, vous pouvez vous en délivrer, si vous essayez non pas de vous en délivrer , mais seulement de le vouloir faire. Soyez résolus de ne servir plus, et vous voylà libres. Je ne veux pas que vous le poulsiez ny le bransliez *, mais seulement ne le soustenez plus : vous le verrez , comme un grand colosse à qui on a desrobbé la base , de son poids mesme fondre en bas et se rompre.

Mais certes les médecins conseillent bien de ne mettre pas la main aux playes incurables ^ et je ne fay pas sagement de vouloir en cecy conseiller le peuple , qui a perdu, longtemps y a, toute cognoissance, et du quel, puis qu'il ne sent plus son mal, cela seul monstre assez que sa maladie est mortelle. Cerchons* donc par

remploi est devenu bas et la signification fort restreinte. L'ancienne orthographe de ce verbe le distinguait dans quelques temps de souloir (solere), avoir coutume.

1. Cercher beaucoup plus usité alors que cAercAer, qui toutefois commençait à s'introduire.

conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s'est ainsi si avant enracinée ceste opiniastre volonté de servir, qu'il semble maintenant que l'amour mesme de la liberté ne soit pas si naturelle.

Premièrement, cela est, comme je croy, hors de nostre doubte, que si nous vivions avecques les droicts que nature nous a donnez, et les enseignemens qu'elle nous apprend, nous serions naturellement obeïssans aux parens , subjects ila raison et serfs de personne* : de l'obéissance que chascun, sans autre advertissement que de son naturel , porte h ses père et mère , tous les hommes en sont tesmoings, chascun en soy et pour soy, de la raison, si elle naist avecques nous, ou non^, qui est une question debatue au fond par les académiques , et touchée par toute l'escole des philosophes^. Pour ceste heure, je ne penserois point faillir , en croyant qu'il y a en nostre ame quelque naturelle semence de raison, qui entretenue par bon conseil et coustome, fleurit en vertu, et, au contraire, souvent

1. Ainsi Pybrac, au début d'un poëme où il célèbre un couple heareux dans la simplicité et les travaux de la campagne :

Da Dieu seul des chrestiens humble serf je m'avoue, Et tout autre seigneur que luy je desavoue.

2. Cela Teat dire que tous les hommes ont le sentiment ÎDtériear, la conscience de ce devoir d'obéissance qui les lie k regard de leurs parents; que tous aussi sentent en

eux la raison sentent qu'ils possèdent la raison, ou

innée ou acquise....

3. Platon, Le Menon; cf. Euripide, BippoL v. 79. La Boette. â

ne pouvant durer contre les vices survenus, estouffee s'avorte. Mais certes s'il y a rien de clair et d'apparent en la nature , et en quoy il ne soit pas permis de faire l'aveugle , c'est cela ({ue nature , le ministre de Dieu et la gouvernante des hommes , nous a tous faits de mesme forme , et , comme il semble , k mesme moule, afin de nous entrecognoistrc tous pour compaignons, ou plus tost frères. Et si, faisant les partages des presens qu'elle nous donnoit , elle a fait quelques avantages de son bien , soit au corps ou îi l'esprit, aux uns plus qu'aux autres , si n'a elle pourtant entendu nous mettre en ce monde comme dans un champ clos * , et n'a pas envoyé icy bas les plus forts et plus advisez, comme des brigands ^ armez dans une foresl , pour y gourmander les plus foibles. Mais plus tost faut il croire que , faisant ainsi aux uns les parts plus grandes, et aux autres plus petites, rllc vouloit faire place k la fraternelle affection, à lin qu'elle eust où s'employer, ayans les uns puissance de donner ayde, et les autres besoing d'en recevoir. Puis doncques que ceste bonne merc nous a donné k tous toute la terre pour demeure,

Page 1