‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 19 sur 106 · III · texte numérisé non relu

III

Je le feis en telle façon, Voyant Celle devant mes yealx Consentant à ma deffaçon^ Sans ce que jà luy en fust mieulx; Dont je me deul et plains aux cieulx, En requérant d'elle yengence A tous les dieux venerieux, Et du grief d'amours allégence.

Et, se je pense à ma faveur.

Ces doulx regrets et beaulx semblans De très decepvante saveur, Me trespercent jusques aux flancs :

Bien ilz ont vers moy les piez blancs Et me faillent au grant besojng.

Planter me fault autre complant Et frapper en un autre coing.

Le regard de Celle m'a prins, Qui m'a esté félonne et dure ; Sans ce qu'en riens aye mesprins, Veult et ordonne que j'endure La mort, et que plus je ne dure.

Si n'y voy secours que fouir.

Rompre veult la dure souldure, Sans mes piteux regrets ouir!

Pour obvier à ses dangiers, Mon mieulx est, ce croy, de partir.

Adieu ! Je m'en voys à Angîers, Puisqu'el ne me veult impartir Sa grâce, ne me départir.

Par elle meurs, les membres sains; Au fort, je meurs amant martir, Du nombre des amoureux saints !

Combien que le départ soit dur, Si fault-il que je m'en esloingne.

Comme mon paouvre sens est dur I Autre que moy est en queloingne, Dont onc en forest de Bouloingne Ne fut plus altéré d*humeur.

C'est pour moy piteuse besoingne :

Dieu en vueille ouïr ma clameur !

Et puisque départir me fault, Et du retour ne suis certain :

Je ne suis homme sans deffault-, Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.

Vivre aux humains est incertain, Et après mort n'y a relaiz : Je m'en voys en pays loingtaing ; Si establiz ce présent laiz.

Premièrement, au nom du PérCj Du Filz et du Saint-Esperit, Et de la glorieuse Mère Par qui grâce riens ne périt, Je laisse, de par Dieu, mon bruit A maistre Guillaume Villon,

10 PETIV

Qui en l'honneur de son nom bruiç^ Mes tentes et mon pavillon.

A celle doncques que j'ay dict, Qui si durement m'a chassé, Que j'en suys de joye interdict Et de tout plaisir dechassé, Je laisse mon cœur enchâssé, Palle, piteux, mort et transy :

Elle ma ce mal pourchassé, Mais Dieu luy en face mercy !

Et à maîstre Ythier, marchant, Auquel je me sens très tenu, Laisse mon branc d'acier tranchant.

Et à maistre Jehan le Cornu, Qui est en gaige détenu Pour ung escot six solz montant; Je vueil, selon le contenu, Qu'on luy livre, en le racheptant.

Item, je laisse à Saînct-Amant Le Cheval Blanc avec la Mulle, Et àBlaru, mon dyamant Et TAsne rayé qui reçuUe.

Et le décret qui articulle :

Omnis uîriiisque sexus, Contre la Carmeliste bulle, Laisse aux curez, pour mettre sus.

Item, à Jehan Trouvé, bouchîer, Laisse le moutoa franc et tendre, Et ung tachon pour esmoucher Le bœuf couronné qu'on veult vendre, Et la vache qu'on ne peult prendre.

Le vilain qui la trousse au col.

S'il ne la rend, qu'on le puist pendre Ou estrangler d'un bon Ucol!

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