IX
Et douze beâulx enfans, tous masles, Veoir, de son tràs cher sang royal,
Aussi preux que fut le gratid Charles, Coneeuz en ventre nuptial, Bons comme fiit sainct Martial.^ Ainsi en preigne au bon Dauphin; Je ne luy souhaicte autre mal.
Et puys paradis à la fin.
Pour ce que foible je me sens, Trop plus de biens que de santé, Tant que je suys en mon plain sens, Si peu que Dieu m'en a preste, Car d'autre ne Tay emprunté, J'ay ce Testament très estable Faîct, de dernière voulen té, Seul pour toijt et irrévocable :
Escript l'ay Tan soixante et ung, Que le bon roy me délivra De la dure prison de Mehun, Et que vie me recouvra, Dont suys, tant que mon cueur vivra, Tenu vers luy me humilier, Ce que feray jusqu'il mourra :
Bienfaict ne se doibt oublier.
Icy commence Villon à entrer en matière pleine d^ érudition et de bon sçavoir,
Or est vray qu'après plaîngtzet pleurs, Et angoisseux gemissemens,
Après tristesses et douleurs, Labeurs et grîefz cheminemens, Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur Aristote.
Combien qu'au plus fort de mes maulx, En cheminant sans croix ne pile, Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus Conforta, ce dit TEvangile, Me montra une bonne ville Et pourveut du don d'espérance; Combien que le pécheur soit vile, Riens ne hayt que persévérance,
Je suys pécheur, je le sçay bien; Pourtant Dieune veult pas ma mort, Mais convertisse et vive en bien ; Mieulx tout autre que péché mord, Soye vraye voulenté ou enhort, Dieu voit, et sa miséricorde.
Se conscience me remord.
Par sa grâce pardon m'accorde.
Et, comme le noble Romant De la Rose dit et confesse En son premier commencement.
Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse.
Quant on le voit vieil en vieillesse, Excuser ; bêlas I il dit voir.
Ceulx donc qui me font telle oppresse, En meurté ne me vouldroient veoif .
Se, pour ma mort, le bien publique D*aucune chose vaulsist myeulx, A mourir comme ung homme inique Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux !
Grief ne faiz à jeune ne vieulx, Soye sur pied ou soye en bière :
Les montz ne bougent de leurs lieux.
Pour un paouvre, n'avant, n'arriére,
Au temps que Alexandre régna, Ung hom, nommé Diomedès, Devant luy on luy amena, Engrillonhé poulces et detz Comme ung larron ; car il fut des Escumeurs que voyons courir.
Si fut mys devant ^e cadèis, Pour estre jugé à mourir.
L'empereur si l'arraisonna :
« Pourquoy es- tu larron de mer? »
L'autre, responce luy donna :
« Pourquoy larron me faiz nommer?
a Pour ce qu'on me voit escumer « En une petiote fuste ?
« Se comme toy me peusse armer^ « Gomme toy empereur je fussç.
c Mais que vetix-tu ! De ma fortune, « Contre qui ne puis bonnement, « Qui si durement m'infortune, « Me vient tout ce gouvernement.
« Excuse-moy aucunement, a Et sçaches qu'en grand pauvreté « (Ce mot dit-on communément) « Ne gist pas trop grand loyaulté, »
Quand Tempereuf eut remiré De Diomedès totit le dict :
a Ta fortune je te mueray, « Mauvaise en bonne ! » ce luy dît.
Si tist-il. One puis ne mesprit A personne, mais fut vray homme; Valère, pour vray, le rescript, Qui fut nommé le grand à Romme.
Se Dieu m'eUst donné rencontrer Ung autre piteux Alexandre, Qui m'eust faict en bon heur entrer, Et lors qui tn'eust veu condescendre A mal, estre ars et mys en cendre Jugé me fusse de ma voix.
Nécessité fàict gens mesprendre, Et faim saillir le loup des boys.
Je plaings le temps de ma jeunesse, Ouquel j*ay plus qu'autre galle.
a8 GRAND
Juscjue à l'entrée de vieillesse,
Qui son partement m'a celé.
Il ne s'en est à pied allé,
N'a cheval; las! et comment donc?
Soudainement s'en est voilé,
Et ne m'a laissé quelque don.
Allé s'en est, et je demeure, Pauvre de sens et de sçavoîr, Triste, failly, plus noir que meure.
Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir ; Des miens le moindre, je dy voir, De me desadvouer s'avance, Oublyans naturel devoir, Par faulte d'ung peu de chevance.
Si ne crains avoir despendu, Par friander et par leschier ; Par trop aimer n'ay riens vendu, • Que nuls me puissent reprouchier, Au moins qui leur couste trop cher.
Je le dys, et ne croys mesdire.
De ce ne me puis revencher :
Qui n'a meffait ne le doit dire.
Est vérité que j'ay aymé
Et que aymeroye voulen tiers;
Mais triste cueur, ventre aiamé.
Qui n'est rassasié au tiers,
Me oste des amoureux sentiers.
Au fort, quelqu'un s'en recompense.
Qui est remply sur les chantiers, Car de la panse vient la d^nse.
Bien sçay se j*eusse estudié Ou temps de ma jeunesse folle, Et à bonnes meurs dédié, J'eusse maison et couche molle!
Mais quoy? je fuyoye FescoUe, Comme faict le mauvays enfant...
En escrivant ceste parolle, A peu que le cueur ne me fend.
Le dict du Saîge est très beaulx dictz, Favorable, et bien n'en puis mais.
Qui dit : « Esjoys-toy, mon filz, A ton adolescence ; mais Ailleurs sers bien d'ung autre mectz, Car jeunesse et adolescence C'est son parler, ne moins ne mais) ^e sont qu'abbus et ignorance. »
Mes jours s*en sont allez errant, Comme, dit Job, d'une touaille Sont les filetz, quant tisserant Tient en son poing, ardente paille ; Lors, s'il y a nul bout qui saille, Soudainement il le ravit.
Si ne crains rien qui plus m'assaille, Car à la mort tout assouvyst.
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Où sentis g r- t r rtHi r ^HVnfft Que fe iuwQve: an temps jiiàh^ Si bien dimums* 31 bisa parLins, Si p[ai:iai2S <£xi ^iictz et en *£iccz?
Les jiuruiiri socit moctz et rojdix ; û'enix a'est-il pins riea nrriaintgoattt, Respit Os ayenx en purat.ft'^ Et Dîen saolTe is lemenaiTtL
Et les ancoits sont deremu.
Dieu mercv I grans seigneurs et maistres.
Les antres mendient tons nndz.
Et paÎQ ne Tojent qu'aux fenestres; Les autres sont entrez en datstres ; De Celesdos et de Chartreux, Bottez, hoosez, com pescbeors d'oystres :
Voilà Testât diTcrs aentre eolz.
Aux grans maistres Dieu doxnt bien faire, Vivans en paix et en requoj.
En eulx il n'y a que refaire; Si s'en fait bon taire tout quoy.
Mais aux pauvres qui n'ont de quoy^ Comme moy, Dieu doint patience; Aux aultres ne fault qui ne quoy, Car assez ont pain et pitance.
Bons vins ont, souvent embrochez, Saulcesy brouetz et gros poissons;
TESTAMENT. \l
Tartres, flan», œufe fritz et pochez, Perduz, et en toutes façons.
Pas ne ressemblent les maçons, .
Que servir fault à si grand peine ; Ils ne veulent nulz eschançons.
Car de verser chascun se peine.
xxxin.
En cest incident me suys mys.
Qui de rien ne sert à mon £aict.
Je ne suys juge, ne commis, Pour punyr n'absouldre mefFaict.
De tous suys le plus imparfaict.
Loué soit le doulx Jesus-Christ ! Que par moy leur soit satisfaict !
Ce que j*ay escript est escript.
Laissons le monstiér où il est; Parlons de chose plus plaisante.
Geste matière à tous ne plaist :
Ennuyeuse est et desplaisante.
Pauvreté, chagrine et dolente, Tousjours despiteuse et rebelle, Dit quelque parolle cuysante; S'elle n'ose, si le pense-elle.
Pauvre je suys de ma jeunesse, De pauvre et de petite extrace.
Mon père n*eut oncq grand richesse, Ne son ayeul, nommé Erace.
Pauvreté tous nous suyt et trace.
Sur les tumbeaulx de mes ancestres^
Les âmes desquelz Dieu embrasse^ On n'y voyt couronnes ne sceptres.
De pouvreté me guermentant, Souventesfoys nie dit le cueur :
« Homme, ne te doulouse tant Et ne demaine tel douleur, Se tu n*as tant qu'eust Jacques Cueur.
Myeulx vault vivre soubz gros bureaux Pauvre, qu'avoir esté seigneur Et pourrir soubz riches tumbeaux! »
Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?
Seigneur, lasse! ne Test-il mais! Selon ce que d'aulcun en dict, Son lieu ne congnoistra jamais.
Quant du surplus, je m'en desmectz, Il n'appartient à moy, pécheur; Aux théologiens le remectz, Car c'est office de prescheur.
Sine suys, bien le considère, Filz d'ange, portant dyadèmc D'etoille ne d'autre syaère.
Mon père est mort, Dieu en ayt l'amc; Quant est du corps, il gyst soubz lame...
J'entends que ma mère mourra.
Et le scait bien, la pauvre femme; Et le filz pas ne demourra.
Je congnoys que pauvres et riches, Sages et folz, prebstres et laiz, Noble et vilain, larges et chiches, Petitz et grans, et beaulx et laidz, Daines à rebrassez colletz, De quelconque condicion, Portant attours et bourreletz, Mort saisit sans exception.
Et mourut Paris et Hélène.
Quiconques meurt , meurt à douleur.
Celliry qui perd vent et alaine, Son fiel se crève sur son cueur, Puys sue Dieu sçait quelle sueur!
Et n'est qui de ses maulx Tallège ; Car enfans n'a, frère ne sœur, Qui lors voulsist estre son pleige.
La mort le faict frémir, pallir, Le nez courber, les veines tendre, Le col enfler, la chair mollir, Joinctes et nerfs croistre et estendre.
Corps feminin, qui tant est tendre, Polly, souef, si precieulx.
Te faudra-il ces maulx attendre?
Ouy, ou tout vif aller es cieulx.
François Villon.
BALLADE