‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 26 sur 106 · LES REGRETS · texte numérisé non relu

LES REGRETS

Dfi LA BELLE âÈAUiMlÈkÈ Jà partenue k vieillesse.

Advis m'est que j*oy regretter La belle qui fut heaulmière , Soy jeune fille souhaitter Et parler en ceste manière :

« Ha! vieillesse félonne et fière^ Pourquoy m'as si tost abatue?

Qui me tient que je ne me fière, Et qu'à ce coup je ne me tue?

a ToUu m'as ma haulte franchise Que beauté m'avoit ordonné Sur clercz, marchans et gens d'Eglise :

Car alors rt'estoit homme né Qui tout le sien ne m'eust donné, Quoy qu'il en fust des repentailles, Mais que luy eusse abandonné Ce que reffusent truandailles.

a A maint homme l'ay reffusé, Qui n'estoit à moy grand saigesse, Pour l'amour d'ung garson fusé^ Auquel j'en feiz grande largesse.

A qui que je feisse finesse, Par m'ame, je Tamoye bien!

Or ne me faisoit que rudesse, Et ne m'amoyt que pour le mîen.

« Jà ne me sceut tant detrayner, Fouller au piedz, que ne l'aymasse, Et m'eust-îl faict les rains trayner.

S'il m'eust dit que je le baisasse Et que tous mes maux oubliasse; Le glouton, de mal entaché, M'embrassoit...J'ensuisbienplusgrasse!

Que m'en reste-il? Honte et péché.

a Or il est mort, passé trente ans, ^ Et je remains vieille et chenue.

Quand je pense, lasse! au bon temps, Quelle fus, quelle devenue; Quand me regarde toute nue.

Et je me voy si très-changée, Pauvre, seiche, maigre, menue.

Je suis presque toute enragée.

« Qu'est devenu ce front poly.

Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz, Grand entr'œil, le regard joly, Dont prenoye les plus subtilz ; Ce beau nez droit, grand ne petiz; Ces petites joinctes oreilles, Menton fourchu, cler vis traictis.

Et ces belles lèvres vermeilles?

« Ces gentes espaules menues' Ces bras longs et ces mains tretisseSu; Petitz tetins, hanches charnues, Eslevées. propres, faictisse s A tenir amoureuses lysses ; Ces larges reins, ce sadi lifity

Assis sur grosses fermes cuysses, Dedans son joly jardinet?

« Le front ridé, les cheveulx gris, Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz, Qui faisoient regars et ris, Dont maintz marchans furent attaincts; Nez courbé, de beaulté loingtains; Oreilles pendans et moussues; Le vis pally, mort et destaincts; Menton foncé, lèvres peaussues :

« C'est d*humaine beauté Tyssues ! Les bras courts et les mains contraictes.

Les espau lies toutes bossues; Mammelles, quoy ! toutes retraictes ; Telles les hanches que les tettes.

Du sadinet, fy ! Quant des cuysses, Cuysses ne sont plus, mais cuysseltes Grivelées comme saulcisses.

a Ainsi le bon temps regretons Entre nous, pauvres vieilles sottes, Assises bas, à croppetons, Tout en ung tas comme pelottes, A petit feu de chenevottes, Tost allumées, tost estainctes; Et jadis fusmes si mignottes!...

Ainsi en prend à mamtz et maintes. »

BALLADE DE LA BELLE HEAULltlÈltE

Aux FILLES DB JOIB.

« Oi" y pensez, belle Gantière, Qui m'escolière vouliez éstfe, Et vous, Blàtiche là Savetière, Ores est teriips de vous congnoistrè.

Prenez à dextre et à seilestre ; N'espargiiez homme, je vous.|)rîê :

Car vieilles n*ont ne cours lie eèitre, Ne que monnoye qu'on descrie.

« Et vous, la gente Saulcissièrfe, Qui de dancer estes adextre ; Guillemette la Tapissière, Ne mesprenez vers vostre maîstre ; Tous vous fauldra clorre fenestre, Quand deviendrez vieille, flestrie ; Plus ne servirez qu'un vieil prebstre.

Ne que monnoye qu'on descrie.

« Jehanneton la Chaperonnière^ Gardez qu'ennuy ne vous empestre; Katherine la Bouchière, N'envoyez plus les hommes paistre :

Car qui belle n'est, ne perpètre Leur bonne grâce, mais leur rie.

Laide vieillesse amour n'impetre, Ne que monnoye qu'on descrie.

ENVOI

« Filles, veuillez vous entremettre D'escouter pourquoy pleure et crie •

C'est que ne puys remède y mettre, Ne que monnoye qu'on descrie. »

Geste leçon icy leur baille La belle et bonne de jadis; Bien dit ou mal, vaille que vaille.

Enregistrer j*ây faict ces ditz Par mon clerc Fremin Testourdys, Aussi rassis que je pense estre...

S'il me desment, je le mauldys :

Selon le clerc est deu le maistre.

XLvin.

Si aperçoy le grand danger Là où l'homme amoureux se bôute>..

Hé! qui me vouldroit laidanger De ce mot j en disant : « Escoute !

Se d*aymer t'estrange et reboute Le barat de celles nommées, Tu fais une bien folle doubte, Car ce sont femmes diffamées.

« S'ils n'ayment fors que pour l'argent, On ne les ayme que pour rheure.

Rondement ayment toute gent, Et rient lors quant bourse pleure.

De celles n'est qui ne recœuvre; Mais en femmes d'honneur et nom Franc homme, se Dieu me sequeure^ Se doit employer; ailleurs, non. »

Je piens qu'aucun dye cecy; Si ne me contente-il en rien.

En effect, je concludz ainsy, Et sy le cuyde entendre bien, Qu*6n doit aymer en lieu de bien.

Asçavoir-mon se ces fillettes, Qu'en parolles toute jour tien, Ne furent pas femmes honnestes?

Honnestes, si furent vrayement, Sans avoir reproches ne blasmes.

S'il est vray que, au commencement, Une chascune de ces femmes Lors prindrent, ains qu'eussent diffames, L'une unç clerc, ung lay, l'autre ung moine Pour estaindre d'amours les flammes, Plus chauldes que feu Sainct-Antoinc.

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