‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 28 sur 106 · SUR LE MÊME PROPOS · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME PROPOS

Pour ce, aymez tant que vouldrez, Suyvez assemblées et festes.

En la fin jà mieulx n'en vauldrez, Et sy n'y romprez que vos testes :

Folles amours font les gens bestes :

Salmon en idolatrya ; Samson en perdit ses lunettes...

Bien heureux est qui rien n'y a!

Orpbeus, le doux menestrier, Jouant de flustes et musettes.

En fut en dangier du meurtrier Bon chien Cerberus à troys testes; Et Narcissus, le bel honnestes, En une profond puys se noya, Pour 1 amour de ses amourettes...

Bien heureux est qui rien n'y ai

• Sardana, le preux chevallier, Qui conquist le régné de Crêtes, En voult devenir moulier Et filer entre pucellettes .

David ly roy, saige prophètes;^ Craincte de Dieu en oublya, Voyant laver cuisses bien faictes...

Bien heureux est qui rien n'y a !

Ammon en voult deshonnorer, Feignant de manger tartelettes, Sa sœur Thamar, et déflorer, Qui fist choses moult deshonnestes ; Herodes (pas ne sont sornetie§) Sainct Jean-Baptiste en décolla^ Pour dances, s^ultz et chc^^ç^onnettç^.., Bien heureux est qui rien n'y a!

De moy, pauvre, je veuil parler; J'en fuz batu, comme à ru telles, Tout nud, jà ne le quiers celer.

Qui me feit maacher ces groiselles, Fors Katherine de Vauselles? Noé le tiers ot, qui fut là.

Mitaines à ces nopces telles, Bien heureux e$t qui rien n'y al

Mais que ce jeune bachelier Laissast ces jeunes bachelettes , Non ! .et, le deust-on vif brusl^r, Comme ung cbevaucheur d'escovettes.

Plus doulces luy sont que civettes ^ Mais toutesfoys fol s* y fia :

Soient blanches, soient brunettes^ Bien heureux est qui rien n'y ^ l •

Si celte que jadis servoye De si bon cueur et loyaument.

Dont tant de maujx et griefe j avpye, Et souffroye tant de torment , Se dit m'eust, au commencement, Sa voulenté (mais nenny, las!), J 'eusse mys peine aucunement, De moy retraire de ses las.

Q.uoy c|ue je luy voulsîsse dire, Elle esto;t preste d'psçoiiter.

Sans m'accorder ne contredire ; Qui plus, me souffroit arrester, Joignant elle près s'accouter ; Et ainsi m'alloit amusant.

Et me souffroit tout racompter, Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.

LYII.

Abusé m'a, et faict entendre Tousjours d'ung que ce fust uqg fiultre -, De farine, que ce fust cendre ^

D*ung mortier, ung chapeau de feautre ; De viel mâchefer, que fust peaultre ; D'ambesasj que ce fussent ternes...

Toujours trompant ou moy ou aultre, Et vendoit vessies pour lanternes.

X)u ciel, une poisle d*arain ; Des nues, une peau de veau ; Du matin, qu'estoit le serain; D'un trongnon de chou, ung naveau ;• D'orde cervoise, vin nouveau; D'une truie, ung molin à vent ; Et d'une hart, ung escheveau ; D'un gras abbé, ung poursuyvant*

Ainsi m'ont amours abusé, Et pourmené de l'uys au pesle.

Je croy qu'homme n'est si rusé, Fust fin comme argent de crepelle.

Qui n'y laissast linge et drapelle, Mais qu'il fust ainsi manyé Comme moy, qui partout m'appelle :

L'Amant remys et renyé.

Je renye Amours et despite; Je deffie à feu et à sang.

Mort par elles me précipite.

Et si ne leur vault pas d'ung blanc.

Ma vielle ay mys soubz le banc; Amans je ne suyvray jamais; Se jadis je fuz de leur ranc.

Je declaire que n'en suys mais.

TESTAMENT. 4g

Car j'ay mys le plumail au vent:

Or le suy ve qui a attente ; De ce me tays dorenevant.

Poursuyvre je vueil mon entente, Et, s'aucun m'interroge ou tente Comment d'amours ose mesdire, Geste paroUe les contente :

« Qui meurt a ses loix de tout dire. »

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