‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 33 sur 106 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Item, donne à sire Denys Hesselin, Esleu de Paris, Quatorze muys de vin d'Aulnis, Prins chez Turgis, à mes perilz.

S'il en beuvoit tant que periz En fust son sens et sa raison,

Qu'on mette de Teau es barrilz :

Vin perd mainte bonne maison.

Item, donne à mon advocat, Maistre Guillaume Charruau, Quoy qu'il marchande ou ait estât, Mon branc... Je me tays du fourreau# Il aura, avec ce, ung réau En change, affin que sa bourse enfle, Prins sur ^là chaussée et carreau De la grand closture du Temple.

Item, mon procureur Fournier Aura, pour toutes ses corvées (Simple seroit de Tespargner) En ma bourse quatre havées, Car maintes causes ma saulvées.

Justes, ainsi, Jesus-Christ m'ayde !

Comme elles ont esté trouvées ; Mais bon droit a bon mestier d'ayde,

Item, je donne à maistre Jaques Raguyer le grant godet de Grève, Pourveu qu'il payera quatre plaques, Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve, Ce dont on ceuvre mol et grève ; Aller sans chausses et chappin, Tous les matins, quand il se liève, Au trou de la Pomme de pin.

62 eRARb

Item, quanr est de Mairebeuf, Et de Nicolas de Louviers, Vache ne leur donne ne beuf.

Car vachers ne sont, i!6 bouviers.

Mais gens à porter esperviers, Ne cuidez pas que je vous joue.

Pour prendre perdriz et plouviers.

Sans faillir, sur la MaschccroUe.

XGIII.

Item, vienne Robert Turgîs Aimoy, je luy payeray son vin, Combien , s*iï trouve mon logis.

Plus fort sera que le devin. ^ Le droit luy donne d*eschevin/ Que j*ay comme enfant de Paris.,* Se je parle ung peu poictevin, Ilce m'ont deux^ dames appris.

Filles sont très belles et gentes, Demourantes à Sainct-Genou, Près Sainct-Julian des Voventes, Marches de Bretaigne ou Poictou> Mais je ne dy proprement où, Or y pensez trestous les jours^ Car je ne suis mie si fou...

Je pense celer mes amours^

Item, à Jehan Paguycr je donne, Q.ui est sergent, voir des Douze,

Testament. 6}

Tant qull vivra, ainsi l'ordonne, Tous les jours une talemouze.

Pour brouter et fourrer sa mouse, Prinse à la table de Bailly ; A' Maubliay sa gorge arrouâe, Car à manger n a pas fâilly.

Item, donne au prince des Sotz Pour ung bon sot Michault du FoUr, Qui à la fois dit de bons motz Et chante bien : Ma doulce amour !

Avec ce, il aura le bonjour.

Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct.

Il e^ ung droit sot de séjour, Et est plaisant où il n'est point.

Item, aux unze vingtz Sergens Donne, car leur faict est honneste, Et sont bonnes et doulces gens, Denis Richier, et Jehan Vallette, A chascun une grand cornette, Pour pendre à leurs chappeaulx de feautret J'entendz à ceulx de pied, hohecte !

Car je n'ay que faire des autres.

De rechef, donne à Périneti J'entendz le bastard de la Barre, Pour ce qu'il est beau fils et net> En son escu, en lieu de barre^ Trois detz plombez, de bonne C3iîtéj Ou ung beau joly jeu de cartes...

Mais quoy ! s'on Yoyt vessir ne poîrre, En oultre aura les nèvres quartes.

xcix*

Item, ne vueil plus que Chollet * Dolle, trenche, douve ne boyse, Relye brocq ne tonnelet, Mais tous ses outilz changer voyse A une espée lyonnoise.

Et retienne le hutinet :

Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse.

Si luy plaist-il ung tantinet.

Item, je donne à Jehan le Lou, • Homme de bien et bon marchant.

Pour ce qu'il est linget et flou, Et que Chollet est mal chassant.

Par les rues plustost qu'au champ.

Qui ne lairra poulaille en vôye, '

Le long tabart, et bien cachant.

Pour les musser, qu'on ne les voye.

Item, à Torfèvre Du Boys, Donne cent clouz, queues et testes, De gingembre sarazinoys, Non pas pour accoupler ses boytes, Mais pour con joindre culz et coettes, Et couidre jambons et andoilles, Tant que le laict en monte aux tettcs.

Et le sang en devaile aux coilles*

Au cappîtaine Jehan Riou, Tant pour luy que pour ses archiers, Je donne six livres de lou, Qui n'est pas viande à porchiers, Prins à gros mastins de bouchiers, Et cuittes de vin de buffet.

Pour manger de ces morceaulx chiers, On en feroit bien un mau faict.

cm.

C'est viande ung peu plus pesante.

Que duvet, ne plume, ne liège.

Elle est bonne à porter en tente, Ou pour user en quelque siège.

Et, s'ilz estoient prins en un piège, Les mastins, qu'ils ne sceussent courre^ J'ordonne, moy qui suis bon miègc, Que des peaulx, sur rhyver, se fourre.

Item, à Robin Troussecaille, Qui s'est en service bien faict; A pied ne va comme une caille, Mais sur roussin gros et reSaict ; Je luy donne, de mon buffet, Une jatte qu'emprunter n'ose ; Si aura mesnage' parfait:

Plus ne luy failloit autre chose.

Item, donne à Perrot Girard, Barbier juré du Bourg-la- Royne,

François Villon, . 3

ù?) GRAND

Deux bassins et ung coquemard, Puis qu'à gaigner mect telle peine.

Des ans y a demy douzaine, Qu'en son hostel, de cochons gras M'apastela une sepmatne; Tesmoing Tabesse de Pourras.

Item, aux Frères mendians, Aux Dévotes et aux Béguines, Tant de Paris que d'Orléans, Tant Turlupins que Turlupines, De grasses soupj^es jacobines Et flans leurs tais oblation ; Et puis après, soubz les courtines, Parler de contemplation.

Si ne suis-je pas qui leur donne, Mais du tout en sont-ce les mères, Et Dieu, qui ainsi les guerdonne.

Pour qui souffrent peines amères.

Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères, Et mesmement ceulx de Paris.

S'ilz font plaisir à noz commères, Hz ayment ainsi les maris.

Quoy que maistre Jehan de Pontlieu En voulsist dire, et rdiqua, Contrainct et en publique lien, ' Voulsist ou non, s'en revocqua.

Maistre Jehan de Mehun se moqua De leur façon ; si feit Mathieu,

Mais on doit honorer ce qu'a Honnoré l'Eglise de Dieu.

Si me submectz, Içur serviteur, En tout ce que puis faire et dire, A les honorer de bon cueur, Et servir, sans y contredire.

L'homme bien fol est d'en mesdire, Car, soit à part, ou en prescher, Ou ailleurs, il ne fault pas dire Si gens sont pour eux revencher.

ex.

Item, je donne à frère Baulde, Demourant à Thostel des Carmes, Portant chère hardie et baulde, Une sallade et deux guysarmes, Que De Tusca et ses gens d armes Ne luy riblent sa Caige-vert.

Vieil est : s'il ne se rend aux armes, C'est bien le diable de Vauvert.

Item, pour ce que le Scelleur, Maint estront de mousche à masché, Donne, car homme est de valleur, Son sceau davantage craché, Et qu'il ait le pouce escaché, Pour tout comprendre à une voye ; J'entendz celluy de l'Evesché, Car les^autres, Dieu les pourvoyQ.

Quant de messieurs les Audîteux, Leur chambre auront lembroysée; Et ceulx qui ont les culz rongneux, Chascun une chaise persée, Mais qu'à la petite Macée D'Orléans, qui eut ma ceincture.

L'amende soit bien hault taxée :

Elle est une mauvaise ordure.

Item, donne à maistre Françoys, Promoteur de la vacquerie, Ung hault gorgerin d'Escossoys, Toutesfois sans orfaverie; Car, quant recrut chevalerie, Il maugréa Dieu et saint George.

Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie.

Comme enragé, à pleine gorge.

Item, à maistre Jehan Laurens, , Qui a les povres yeulx si rouges, Par le péché de ses parens.

Qui beurent en barilz et courges, Je donne l'envers de mes bouges.

Pour chascun matin les torcher...

S'il fust archevesque de Bourges, Du cendal eust, mais il est cher.

Item, à maistre Jehan Cotard, Mon procureur en Court d'Eglise,

Devoye environ ung patard, Car à présent bien m'en advise, Quant chicanner me feit Denise, Disant que Favoye mauldite; Pour son ame, qu'es cieulx soit mise !

Geste Oraison j'ay cy escripte.

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