‹ Œuvres complètes: suivies d'un choix der poésies de ses disciplesChapitre 77 sur 106 · XVIII. BALLADE · texte numérisé non relu

XVIII. BALLADE

J'ay ung arbre de la plante d'amours, Enraciné en mon cueur proprement, Qui ne porte fruits, sinon de dolours, Fueillesd'ennuy et fleurs d'encombrement; Mais, puis qu'il fut planté premièrement.

Il est tant creu, de racine et de branche, Que son umbre, qui me porte nuisance.

Fait au dessoubs toute joye seichier.

Et si ne puis, pour toute ma puissance, Autre planter, ne celuy arrachier.

De si long-temps est arrosé de plours Et de lermes tant douloureusement, ]^t si n'en sont les fruits de rien meillours : Ne je n'y truys guères d'amendement.

Je les recueill' pourtant soigneusement.

C'est de mon cueur l'amère soustenance.

Qui trop mieux fust en fricheou en souffrance Que porter fruits qui le dussent blecier; Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance. Autre planter, ne celuy arrachier.

ATTRIBUÉES A VlLLON« 145

S'en ce prîntemps,quelesfeuilleset fleurs Et arbrynceaux percent nouvellement, Amours vouloit moy faire ce secours, Que les branches qui font empeschemen'c Il retranchast du tout entièrement, Pour y enter ung rynceau de plaisance, Il gecteroit bourgeons de soufnsance; Joyeen istroit, dont il n'est rien plus chieri Et ne fauldroit jà, par désespérance, Autre planter, ne celuy arrachier.

ENVOI

Ma princesse, ma première espérance, Mon cueur vous sert en dure pénitence.

Faictes le mal qui l'acqueult retranchier^ Et ne souffrez en vostre souvenance Autre planter, ne celuy arrachier.

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