‹ Œuvres complètes. tome dixièmeChapitre 62 sur 198 · LES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

LES PHILOSOPHES

Oh, comme c’est bien dit.

APOLLINARIS

Seigneur, tu nous as pris plus que de l’argent et de l’or. Tu nous as pris la parole même de Dieu. Tu nous as pris nos saintes Écritures.

JULIEN

Je te connais bien, psalmiste aux yeux creux ! Tu es Apollinaris? Et je pense que si je vous prends vos absurdes

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ŒUVRES DE DRESDE

livres, tu seras homme à écrire une quantité de vers tout aussi absurdes. Mais je te dis que tu es un pauvre écrivain et versificateur. Par Apollon, aucun vrai Grec ne voudra réciter tes vers. L'ouvrage que tu m'as envoyé récemment, et que tu as eu l'impudence d’intituler la Vérité , je peux t'informer que je l'ai lu, compris, et condamné.

APOLLINARIS

Il est possible que tu l’aies lu ; mais tu ne l’as pas compris ; car si tu l’avais compris, tu ne l’aurais pas condamné.

JULIEN

Ha-ha ; la réfutation à laquelle je travaille montrera que j’ai compris... Mais pour ce qui est de ces livres dont vous déplorez aujourd’hui la perte à grands cris, je peux vous dire que, d’ici peu de temps, vous en viendrez à les vénérer moins, car on verra que Jésus de Nazareth a été un menteur et un imposteur.

LES FEMMES

Malheur à nous ; malheur à nous !

KYRILLOS, sort de la foule .

Empereur,... qu'as-tu dit là?

Le Juif crucifié n'a-t-il pas annoncé que le temple de Jérusalem restera en ruine jusqu’à la fin des temps?

KYRILLOS

Il en sera ainsi !

JULIEN

O insensés ! En ce moment le général Jovien est à Jérusalem avec deux mille ouvriers, et bâtit le temple dans sa splendeur. Attendez, douteurs obstinés,... vous apprendrez qui est le plus puissant de l'empereur ou du Galiléen.

l'empereur JULIEN, ACTE III

KYRILLOS

Seigneur, tu l’apprendras toi-même, à ton effroi. Je me suis tu jusqu’au moment où tu as blasphémé le Christ et l’as appelé un menteur; mais maintenant je te dirai que tu n’as pas l’ombre de pouvoir contre le crucifié.

JULIEN, se contient.

Qui es-tu, et comment t’appelles-tu?

KYRILLOS, se rapproche.

Tu vas l’apprendre. Tout d’abord, je m’appelle chrétien, et c’est là un nom grand et plein de gloire ; car il ne sera jamais effacé de la terre.

Ensuite, je porte aussi le nom de Kyrillos, et c’est sous celui-là que je suis connu parmi mes frères et mes sœurs.

Mais si je conserve le premier sans tache, j’aurai l’immortalité bienheureuse pour récompense.

JULIEN

Tu te trompes, Kyrillos. Tu sais que j’ai quelque connaissance des mystères de votre doctrine. Crois-moi,... celui en qui tu espères n’est pas tel que tu te le représentes. Il est mort lui -même, et bien mort, du temps que le Romain Ponce Pilate était gouverneur de Judée.

KYRILLOS

Je ne me trompe pas. C’est toi, empereur, qui te trompes en cela. C’est toi qui as renoncé Christ au moment où il te donnait la souveraineté sur la terre.

C’est pourquoi je t’avertis en son nom qu’il t’ôtera bientôt la souveraineté avec la vie, et alors, trop tard, tu reconnaîtras comme il est fort, celui que, dans ton aveuglement, tu méprises.

Oui, de même que tu as perdu la mémoire de ses bienfaits.

ŒUVRES DE DRESDE

lui-même ne laissera pas s'épanouir sa bonté, lorsqu'il se lèvera pour te punir.

Tu as renversé ses autels,... il te précipitera de ton trône impérial. Tu as pris plaisir à fouler aux pieds sa loi, cette loi que toi-même autrefois tu prêchais aux fidèles. De même le Seigneur te foulera aux pieds. Ton corps sera dispersé aux quatre vents, et ton âme descendra au lieu où les tourments sont plus atroces que ceux que tu peux imaginer pour moi et les miens !

( Les femmes se pressent en pleurant et Poussant des cris autour de Kyrillos.)

J'aurais voulu t'épargner, Kyrillos. Les dieux me sont témoins que je ne te hais pas pour ta foi. Mais tu as manqué de respect à ma puissance et mon autorité impériales, et c'est cela que je dois punir.

(Au capitaine de la garde.)

Fromentinos, mets cet homme en prison, et fais-lui donner par le bourreau Tyfon autant de coups de fouet qu'il faudra pour lui faire déclarer que c'est l'empereur, et non le Galiléen, qui a tout pouvoir sur la terre.

GRÉGOIRE

Sois fort, mon frère Kyrillos !

KYRILLOS, les bras étendus.

Bienheureux, moi qui vais souffrir pour la gloire de Dieu !

(Les soldais le saisissent et le traînent dehors.)

LES FEMMES, pleurant et se lamentant.

Malheur à nous ! Malheur, malheur sur l'athée !

l’empereur julien, ACTE III

JULIEN

Séparez-les, ces furieuses ! Qu'elles soient chassées de la ville comme rebelles. Je ne tolérerai plus cet esprit de défi et ces abominations.

(La garde pousse la foule gémissante dans les rues latérales. V empereur et sa suite restent seuls. On aperçoit alors , couché devant la porte de V église , un homme jusqu'alors caché ; ses vêtements sont déchirés et sa tête est couverte de cendre.)

UN SOLDAT, le frappe de la hampe de sa lance .

Debout, debout ; détale !

L’HOMME, lève les yeux.

Foulez aux pieds ce sel affadi que la main du Seigneur a rejeté !

JULIEN

O, grands dieux,... Hekebolios... !

LES COURTISANS Ah, vraiment,... Hekebolios !

HEKEBOLIOS

Je ne m'appelle plus ainsi ! Je n'ai pas de nom. J'ai renié le baptême qui m'a donné un nom !

JULIEN

Lève-toi, ami! Tu as l'esprit malade...

HEKEBOLIOS

Le frère de Judas est infecté de peste. Arrière...

JULIEN

O toi, homme inconstant...

HEKEBOLIOS

Arrière, tentateur ! Reprends tes trente deniers ! N’est-il pas écrit : Tu abandonneras femme et enfants pour le

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Seigneur? Et moi...? Pour ma femme et mes enfants j'ai trahi le Seigneur mon Dieu ! Malheur, malheur, malheur !

(Il se jette de nouveau la face contre terre.)

JULIEN

Ces Écritures allument un feu de folie sur la terre.

Et je ne les brûlerais pas?

Attendez ! D’ici un an, le temple des Juifs sera rebâti sur la colline de Sion,... l’éclat de son toit d’or brillera sur les pays et témoignera : menteur, menteur, menteur !

( Il s* en va d'un pas rapide , suivi par les philosophes.)

(Chemin rural près de la ville. A gauche, au bord du chemin, la tatue de Cybèle, debout, au milieu de troncs d’arbres coupés. Un peu plus loin vers la gauche, une source avec une vasque de pierre. Le soleil décline.)

Sur une marche du piédestal de la statue est assis un vieux prêtre , avec un panier fermé sur ses genoux. Autour de la vasque , des hommes et des femmes viennent chercher de Veau. On voit des gens aller et venir sur le chemin. Par la gauche entre le teinturier Phokion , mal habillé , avec un gros paquet sur la tête. Il rencontre le coiffeur Eunapios , qui vient de la ville .

PHOKION

Hé, hé,... mon ami Eunapios en grand costume de cour !

EUNAPIOS

Honte à toi, qui te moques d'un pauvre homme.

Appelles-tu ça moquerie? Je croyais que c'était le plus grand honneur.

l'empereur JULIEN, ACTE III

EUNAPIOS

Tu peux le dire. C'est devenu un honneur, aujourd’hui, d'aller en guenilles, surtout si elles sont restées longtemps dans un ruisseau.

phokion

Comment crois-tu que ça finira, tout ça?

EUNAPIOS

Je me soucie peu d'y penser. Je sais comment ça s'est terminé pour moi, et ça me suffit.

phokion

N’es-tu plus au service de l'empereur?

EUNAPIOS

Qu'est-ce que l'empereur Julien pourrait faire d'un coiffeur? Est-ce qu'il se fait couper les cheveux, lui? Ou tailler la barbe? Il ne les peigne même pas. Et toi, comment ça va-t-il? Tu n'as pas l'air trop heureux.

PHOKION

Ah, Eunapios, le temps des teinturiers de pourpre est fini.

C'est juste ; on ne teint plus que les dos de chrétiens. Mais quelle charge portes-tu là?

PHOKION

Un paquet d'écorce de saule. Je vais teindre des manteaux de fous pour les philosophes.

(Une compagnie de soldats entre par la droite et se poste

près de la statue de Cybèle.)

PHOKION, à Vun des hommes près de la vasque .

Que signifie cela?

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