‹ Œuvres complètes. tome dixièmeChapitre 80 sur 198 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

(Une plaine désertique et pierreuse sans arbres ni herbe. A droite, la tente de l’empereur. Après midi.)

Des soldats affamés sont couchés par groupes dans la plaine. De temps en temps des sections de l'armée passent de gauche à droite. En dehors de la tente marchent les maîtres de philosophie Priskos et Kytron avec d'autres compagnons de l'empereur dans une attente inquiète et agitée. Anatolos , chef de la garde personnelle , se tient , avec des soldats , devant l'entrée de la tente.

KYTRON

N’est-ce pas incompréhensible que ce conseil de guerre puisse durer si longtemps?

PRISKOS

Oui, en vérité, il semblait bien qu’il n’y eût de choix qu’entre deux solutions : aller de l’avant ou retourner en arrière.

KYTRON

C’est à n’y rien comprendre.

Dis-moi, bon Anatolos, pourquoi, au nom des dieux, n’avançons-nous pas?

PRISKOS

Oui, pourquoi nous cause-t-on cette inquiétude, et fait-on halte ici, en plein désert?

ANATOLOS

Voyez-vous l'air qui vibre, là-bas, sur la ligne d'horizon, au nord, à l'est et au sud?

KYTRON

Parfaitement ; c'est la chaleur...

ANATOLOS

C'est la plaine qui brûle.

PRISKOS

Que dis- tu? La plaine brûle?

KYTRON

Pas de ces plaisanteries sinistres, bon Anatolos ! Disnous... qu'est-ce que c'est?

ANATOLOS

La plaine brûle, je vous dis. Là-bas, où le désert cesse, les Perses ont mis le feu à l'herbe. Nous ne pouvons aller nulle part avant que le sol soit refroidi.

KYTRON

Oh, n'est-ce pas effrayant? Quels barbares! Employer de pareils moyens... !

PRISKOS

Mais alors, il n'y a pas de choix. Sans vivres, sans eau... ; pourquoi ne retournons-nous pas en arrière?

ANATOLOS

Traverser le Tigre et l'Euphrate?

KYTRON

Et la flotte brûlée ! Comment donc cette guerre est-elle menée? Oh, dire que l’empereur pense si peu à ses amis ! Comment est-ce que je rentrerai chez moi?

l’empereur julien, acte v 397

ANATOLOS

Toi, comme nous autres, ami.

KYTRON

Comme vous autres? Comme vous autres ! Oui, tu en parles à ton aise. Mais vous, c'est une autre affaire. Vous êtes des guerriers. C'est votre rôle de supporter certains désagréments auxquels je ne suis pas du tout habitué. Je n’ai pas accompagné l’empereur pour endurer tant de peines. Ici je suis tourmenté par les cousins et les moustiques regarde-moi, de quoi mes mains ont l’air!

PRISKOS

Certes, ce n’est pas pour cela que nous sommes venus. Nous avons accepté de suivre l’armée pour composer des discours en l’honneur des victoires que l’empereur se proposait de remporter. Que sont-elles devenues, ces victoires? Qu’a-t-on accompli pendant les six rudes semaines écoulées depuis l’incendie de la flotte? On a détruit quelques villes abandonnées, des villes misérables. On a montré dans le camp quelques prisonniers faits par les avant-postes, dit-on. Je ne sais pas trop dans quelle bataille cela a pu avoir lieu. Et il me semble que ces prisonniers ont l’air de pâtres et de paysans qu’on aurait enlevés plutôt que...

KYTRON

Et que l’on ait pu brûler la flotte ! N’ai-je pas dit tout de suite que ce serait la source de bien des maux?

ANATOLOS

Je ne l’ai pas entendu.

KYTRON

Comment? Ne l’ai-je pas dit? N'as-tu pas entendu, Priskos, que je l’ai dit?

ŒUVRES DE DRESDE

PRISKOS

Je ne sais pas, vraiment, ami; mais je sais que moimême, j’ai vainement protesté contre cette action funeste. Oui, je peux dire que j’ai été contre toute la campagne à cette époque de l’année. Quelle hâte ! Où donc l’empereur a-t-il regardé? Est-ce là le même héros qui a combattu avec un si magnifique succès sur le Rhin? Ne croirait-on pas qu’il a été frappé de cécité, ou de quelque maladie de l’esprit?

ANATOLOS

Chut, chut quelles paroles est-ce là?

KYTRON

Oui, c’est vrai, notre Priskos a dit cela un peu inconsidérément. Mais moi non plus, je ne peux pas nier que je devine un lamentable défaut de sagesse dans plusieurs des récentes actions du philosophe couronné. Quelle étourderie de placer sa statue dans le camp et de se faire adorer comme s’il était un dieu ! Quelle maladresse, de témoigner si ouvertement son mépris pour cet étrange maître de Nazareth, de qui l’on peut dire, du moins, qu’il dispose d’une grande puissance que l’on aurait pu tourner à notre avantage à tous dans ces circonstances difficiles.

Ah, voilà Nevita lui-même. Nous allons savoir...

(N évita sort de la tente . A Ventrée , il se retourne et fait un signe vers V intérieur. Aussitôt après sort le médecin

NEVITA, prend le médecin à part .

Dis-moi sincèrement, Oribase,... y a-t-il quelque trouble dans l'esprit de l'empereur?

ORIBASE

D'où te vient cette idée, seigneur?

l'empereur julien, acte V

NEVITA

Comment puis- je interpréter sa conduite?

ORIBASE

Oh, mon très cher empereur.., !

NEVITA

Oribase, il ne faut rien me cacher.

KYTRON, s* approche.

O brave général, si ce n’est pas indiscret...

NEVITA

Plus tard, plus tard !

ORIBASE, à N évita.

Sois tranquille, seigneur. Il n’y a aucun malheur à craindre. Eutherios et moi, nous nous sommes promis d’avoir l’œil sur lui.

Ah, tu ne veux pas dire par là que...?

ORIBASE

La nuit dernière il a été sur le point d’abréger sa vie. Heureusement, Eutherios est arrivé... ; oh, n’en parle à personne.

NEVITA

Ne le perds pas de vue.

PRISKOS, s'approche.

Ce serait pour nous un grand soulagement de savoir ce que le conseil de guerre...

NEVITA

Pardon; j’ai des affaires importantes.

( Il sort derrière la tente , à ce moment , Jovien parait à Ventrée.) JOVIEN, tourné vers l’intérieur.

Ce sera fait, mon gracieux empereur.

400 ŒUVRES DE DRESDE

KYTRON

Ah, excellent Jovien ! Eh bien? La retraite est-elle décidée?

JOVIEN

Je ne conseille à personne d’appeler cela une retraite.

(Il sort derrière la tente.)

KYTRON

Oh, ces militaires ! La tranquillité d’un philosophe ne compte pas pour eux. Ah !

( Julien sort de la tente; il est pâle et défait. Un même temps que V empereur entrent le chambellan Eutherios et plusieurs généraux; ceux-ci s'éloignent aussitôt dans la plaine à droite.)

JULIEN, aux maîtres de philosophie.

Réjouissez- vous, mes amis ! Tout va bientôt aller bien. KYTRON

Ah, seigneur béni, as-tu trouvé une issue?

JULIEN

Des issues, nous n’en manquons pas, Kytron ; il s’agit seulement de choisir la meilleure. Nous allons maintenant modifier un peu l’avance de l’armée...

PRISKOS

Oh, louée soit ta prudence !

JULIEN

Cette marche vers l’Orient,... cela ne conduit à rien. KYTRON

Non, non ; c’est sûr !

JULIEN

Nous allons vers le nord, Kytron.

KYTRON

Comment, seigneur,... vers le nord?

l’empereur julien, acte V

Pas vers l’ouest, alors?

JULIEN

Pas vers l’ouest. Non, pas du tout. Ce serait assez difficile à cause des fleuves. Et nous devons laisser Ctésiphon tranquille jusqu’à nouvel ordre. Sans les vaisseaux nous ne pouvons pas penser à prendre la ville. Ce sont les Galiléens qui ont provoqué cette histoire de l’incendie de la flotte. J’ai observé des indices.

Qui ose appeler cela une retraite, si je marche vers le nord? Que sait-on de mes projets? L’armée des Perses est quelque part dans le nord ; de ceci nous sommes maintenant à peu près certains. Une fois que j’aurai battu Sapor... ; c’est l’affaire d’une seule bataille... ; dans le camp des Perses nous trouverons des provisions immenses...

Lorsque je conduirai le roi des Perses prisonnier à travers Antioche et les autres villes, je voudrais bien voir que les citoyens ne tombent pas à mes pieds.

DES SOLDATS CHRÉTIENS, traversent la plaine en chantant.

La hache attend au pied de l’arbre ; le cèdre du monde va tomber.

Au GoJgata, sort du sang du Seigneur le palmier qui ne vieillit pas.

(Ils sortent à droite.)

JULIEN, les suit des yeux.

Les Galiléens chantent toujours. Chants de mort, de blessures et de douleur. Ces femmes que j’ai emmenées comme gardes-malades,... elles nous ont fait plus de mal que de bien. Elles ont appris aux soldats des chants étranges, que je n’avais pas encore entendus.

ŒUVRES DE DRESDE

Mais je ne veux désormais punir personne pour cela. On ne fait ainsi que provoquer de pires écarts. Sais-tu, Priskos, ce qui est arrivé avec les rebelles qui, récemment, ont refusé de témoigner aux statues impériales le respect dû?

PRISKOS

Récemment, seigneur?

JULIEN

Lorsque, pour inspirer à leurs pareils une crainte salutaire, j’ai voulu faire périr quelques-uns de ces hommes, le plus vieux s’est avancé, et a demandé, au milieu de grands cris d’allégresse, la faveur de mourir le premier... Vois-tu, Priskos,... quand j’ai appris cela hier...

PRISKOS

Hier ! Oh, seigneur, tu te trompes. Il y a de cela quarante jours.

JULIEN

Si longtemps? Bien, bien, bien ! Les Hébreux ont dû errer quarante jours dans le désert. Tous les anciens durent disparaître. Il fallut que grandît une race nouvelle ; mais celle-là... remarquez-le bien... celle-là est entrée sur la terre qui était promise à eux tous.

EUTHERIOS

La journée s’avance, seigneur;... ne veux-tu pas penser à manger?

Pas encore, mon Eutherios. La mortification de la chair doit être bonne à tout le monde.

Oui, je vous le dis, il faut que nous fassions effort pour devenir une race nouvelle. Je ne peux rien faire avec vous, tels que vous êtes. Si vous voulez sortir du désert, il faut

l'empereur julien, acte V

qu’une vie pure dirige votre marche. Voyez les Galiléens. Nous pourrions prendre des leçons auprès de ces gens-là. Il n’y a pas de pauvres et de misérables parmi eux ; ils vivent entre eux comme frères et sœurs,... et surtout maintenant que leur résistance m’a obligé à les punir. Ces Galiléens, sachez-le, ont dans le cœur des sentiments que je souhaiterais grandement vous voir essayer de vous approprier. Vous vous appelez les successeurs de Socrate, de Platon, de Diogène. En est-il un parmi vous qui affronterait joyeusement la mort pour Platon? Est-ce que notre Priskos sacrifierait sa main gauche pour Socrate? Est-ce que Kytron se laisserait couper l’oreille pour Diogène? Non, certes, vous ne le feriez pas ! Je vous connais, sépulcres blanchis ! Hors de ma vue je ne peux rien faire de vous !

( Les maîtres de philosophie sortent , atterrés ; les autres s* éloignent aussi , chuchotant et soucieux. Seuls le médecin Oribase et le chambellan Eutherios restent auprès de Vempereur. Le chef de la garde personnelle , Anatolosy est toujours , avec ses soldats , devant la tente.)

JULIEN

Comme c’est étrange ! N’est-ce pas, en son profond principe, incompréhensible? Oribase,... peux-tu m’expliquer cette énigme?

Mon empereur,... quelle énigme veux-tu dire?

JULIEN

Avec douze hommes obscurs, des pêcheurs, des gens ignorants, il a fondé cela.

ORIBASE

O seigneur, ces pensées t’épuisent.

ŒUVRES DE DRESDE

JULIEN

Et qui est-ce qui a maintenu cette œuvre jusqu'à ce jour? Des femmes et des gens sans instruction pour la plupart...

ORIBASE

Oui, oui, seigneur ; mais maintenant un heureux succès de la campagne va bientôt...

JULIEN

C'est juste, Oribase ; aussitôt que la chance aura tourné, tout ira bien. Le royaume du fils du charpentier tombera d'ici peu ; nous le savons bien. Autant d'années que l'année a de jours, il régnera ; et aujourd'hui cela fait...

EUTHERIOS

Mon cher seigneur, un bain ne te ferait-il pas du bien?

JULIEN

Tu crois?... Tu peux aller, Eutherios. Va, va ! J'ai à parler avec Oribase.

(Le chambellan Eutherios sort derrière la tente.

L* empereur entraîne Oribase de Vautre côté.)

JULIEN

Eutherios ne t'a rien raconté ce matin?

ORIBASE

Non, seigneur.

JULIEN

Il ne t’a pas raconté un incident de cette nuit...

ORIBASE

Non, mon empereur,... rien du tout. Eutherios est très réservé.

JULIEN

S’il te racontait quelque chose, il ne faudrait pas le croire. Ça ne s’est pas du tout passé comme il le dit. C'est lui-même qui en veut à ma vie.

l’empereur julien, acte V

ORIBASE

Lui,... ton vieux serviteur fidèle !

J’aurai l’œil sur lui.

Moi aussi.

JULIEN

JULIEN

Nous aurons l’œil sur lui tous les deux.

ORIBASE

Seigneur, je crois que tu as peu dormi cette nuit.

Oui.

JULIEN

Oribase , va parler , mais s* arrête.

Sais-tu d’où cela est venu que je n’ai pas dormi? ORIBASE

Non, mon empereur.

JULIEN

Le vainqueur du pont Milvius était avec moi.

ORIBASE

Le grand Constantin?

JULIEN

Oui. Ces dernières nuits, cette ombre ne m’a pas laissé en repos. Il vient un peu après minuit, et ne s’en va pas avant le matin.

ORIBASE

Seigneur, c’est la pleine lune ; elle a toujours exercé une étrange influence sur ton esprit.

Selon l’opinion des anciens, les visions de ce genre,

d’habitude . Qu’est-ce que devient donc Maximos?...

Mais on ne peut pas se fier du tout à leur opinion. Nous voyons, en effet, qu’ils se sont trompés sur bien des points.

ŒUVRES DE DRESDE

Même ce qu’ils racontent des dieux, nous ne devons pas le croire sans réserve. Pas davantage, ce qu’ils disent des ombres, et en général des puissances qui président à la destinée des hommes. Que savons-nous de ces puissances? Nous ne savons rien, Oribase,... en dehors de leurs dispositions capricieuses, fantasques, ce dont nous avons des témoignages assez certains.

Je voudrais bien voir venir Maximos .

(Se parlant à lui-même .)

Ici? Mais ce n'est pas ici que se forme l’orage menaçant. Ça devait être dans les champs phrygiens...

ORIBASE

Quels champs, seigneur,... et quel orage?

JULIEN

Oh, rien,... rien.

NE VIT A, entre j venant de la droite de la plaine.

Voilà, mon empereur, l’armée est en marche...

Vers le nord?

NEVITA, interdit .

Naturellement, seigneur.

JULIEN

Oui, nous aurions tout de même dû attendre jusqu’à ce que Maximos...

NEVITA

Qu’est-ce que cela signifie, mon empereur? Il n’y a rien à attendre. Nous sommes sans vivres; déjà des groupes de cavaliers ennemis se montrent, çà et là, à l’est et au sud...

l'empereur julien, acte V

JULIEN

Oui, oui, il faut que nous avancions,... vers le nord. Maintenant Maximos va venir tout de suite. J'ai envoyé chercher à l’arrière les devins étrusques ; ils vont essayer,

une fois de plus . J'ai mis aussi la main sur des Mages,

et ils disent être bien au courant des mystères chaldéens. Nos propres prêtres prennent des présages en neuf endroits différents...

NEVITA

Seigneur, de quelque façon que se prononcent les présages, je te dis qu'il faut que nous avancions. On ne peut plus compter sur les soldats ; ils comprennent bien que notre seul salut est d’atteindre les montagnes d'Arménie.

C'est là que nous irons, Nevita,... de quelque façon que se prononcent les présages. Mais c’est quand même une grande sécurité de savoir que l'on agit, pour ainsi dire, après s’être concerté avec ces puissances insondables qu peuvent, quand elles le veulent, intervenir si profondément dans le sort d'un homme.

NEVITA, s'éloigne de lui , et dit d'un ton bref de commandement.

Anatolos, défais la tente de l’empereur !

(Il chuchote quelques mots au chef de la garde et sort à droite .)

JULIEN

Tous les présages, pendant ces quarante jours, ont été funestes ; et cela prouve, précisément, que l'on peut avoir confiance en eux ; car pendant tout ce temps, notre cause a fait peu de progrès. Mais vois-tu, mon Oribase,... maintenant que j'ai une nouvelle entreprise...

Ah, Maximos !

ŒUVRES DE DRESDE

MAXIMOS, vient de la plaine.

L’armée est déjà en route, seigneur; monte à cheval!

JULIEN

Les présages... les présages?

MAXIMOS

Hé, quoi... les présages ! Ne t’informe pas des pré sages.

Parle ! Je veux savoir ce qu’ils ont répondu.

MAXIMOS

Tous les présages se taisent.

JULIEN

Ils se taisent?

MAXIMOS

J’ai été chez les prêtres ; les entrailles des victimes n’ont donné aucun signe. J’ai été chez les charlatans étrusques ; le vol et le chant des oiseaux ne leur ont rien appris. Chez les Mages aussi j’ai été; leurs écritures n’avaient aucune réponse à donner. Et moi-même...

JULIEN

Toi-même, mon Maximos?

MAXIMOS

Maintenant, je peux te le dire. J’ai, cette nuit, examiné la position des étoiles. Elles ne m’ont rien annoncé, Julien.

JULIEN

Rien... Silence... silence comme si le disque solaire était en train de s’assombrir. Seul ! Plus aucun pont entre moi et les esprits.

Où es-tu?maintenant, flotte blanche aux brillantes voiles,

l’empereur julien, acte V 409

qui allais et venais dans l'éclat du jour, et portais message entre ciel et terre?

La flotte est brûlée. Cette flotte-là aussi est brûlée. . Oh, tous mes brillants vaisseaux.

Ou bien quoi, Maximos,... que crois-tu de cela?

MAXIMOS

Je crois en toi.

JULIEN

Oui, oui,... c'est bien !

MAXIMOS

La volonté du monde a déposé son pouvoir dans ta main ; c'est pourquoi elle se tait.

JULIEN

C’est ainsi que nous voulons l'interpréter. Et nous agirons en conséquence,... quoique nous aurions bien préféré que . Ce silence ! Être si complètement seul.

Il y en a d'autres, pourtant, de qui l'on peut dire aussi qu'ils sont presque seuls. Les Galiléens. Ils n'ont que le seul dieu ; et un seul dieu, c'est presque pas de dieu.

Comment cela se fait-il que nous voyons journellement ces gens . ?

ANATOLOS, qui , pendant ce temps, a fait démonter latente.

Mon empereur, il faut maintenant que tu montes à cheval ; je n'ose plus te laisser ici en arrière.

JULIEN

Oui, maintenant je veux monter à cheval. Où avezvous mon bon Babylonios? C'est bien ; avec l'épée en main...

Venez, mes chers amis !

(Tous sortent à droite.)

4io

ŒUVRES DE DRESDE

(Terrain marécageux et boisé. Étang sombre d'eau dormante au milieu des arbres. Lueurs de postes de garde au loin. Nuit de clair de lune avec des nuages qui passent.)

Quelques soldats montent la garde au premier plan .

MAKRINA ET LES FEMMES, chantent en dehors à gaucne .

Malheur à nous ! Malheur !

La race est soumise

au pouvoir de la colère.

Nous verrons la mort !

L'UN DES SOLDATS, écoutant .

Chut ! Entendez-vous? Les femmes galiléennes, là-bas, qui chantent.

UN AUTRE

Elles chantent comme des hiboux et des corbeaux de nuit.

UN TROISIÈME

Je voudrais bien être avec eux, tout de même. On est mieux à l'abri chez les Galiléens que chez nous. Le dieu des Galiléens est plus fort que les nôtres.

LE PREMIER

L'empereur a irrité les dieux, voilà l'histoire. Comment a-t-il pu avoir l’idée de se mettre à la place des dieux?

LE TROISIÈME

Le pis est qu'il a irrité le dieu des Galiléens. Ne savezvous pas ce que l'on donne comme tout à fait sûr, que lui et son magicien, une de ces dernières nuits, ont ouvert le ventre d’une femme enceinte pour voir les présages dans ses entrailles?

LE PREMIER

Oui, mais je ne le crois pas. En tout cas, ce n'était pas une Grecque ; ça doit avoir été une femme barbare.

l'empereur julien, acte V 411

LE TROISIÈME

On dit que le dieu des Galiléens s'occupe aussi des barbares ; et si c’est vrai, il pourrait nous en cuire.

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