‹ Œuvres complètes. tome douzième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 68 sur 82 · LES GARÇONS · texte numérisé non relu

LES GARÇONS

Pas d’école !

MADAME STOCKMANN Non, mais, Tomas...

LE DOCTEUR STOCKMANN

Jamais, je dis! Je vous donnerai l’instruction moimême oui, c’est-à-dire, vous n’étudierez rien au monde..,

MORTEN

Hourra !

LE DOCTEUR STOCKMANN

...mais je vous apprendrai à devenir des hommes libres et distingués... Écoute, il faudra que tu m’aides à cela, Petra.

PETRA

Oui, père, tu peux y compter.

LE DOCTEUR STOCKMANN

Et l’école se tiendra dans la salle où l’on m’a traité d’ennemi du peuple. Mais il nous faut d’autres élèves ; il me faut au moins douze garçons pour commencer.

MADAME STOCKMANN

Tu ne les trouveras certes pas ici dans la ville.

LE DOCTEUR STOCKMANN

On verra ça.

(Aux garçons.)

Ne connaissez-vous pas quelques gamins des rues,... de vrais gueux?

MORTEN

Oui, père, j’en connais beaucoup!

Ça va bien ; amène-m’en quelques-uns. Je vais faire une expérience avec les cabots, pour une fois ; il peut y avoir des têtes remarquables parmi eux.

MORTEN

Mais qu'est-ce que nous ferons, quand nous serons devenus des hommes libres et distingués?

LE DOCTEUR STOCKMANN

Alors vous chasserez tous les loups bien loin à l'Ouest, enfants !

(Ejiif a Vair songeur; Morten saute et crie hourra.) MADAME STOCKMANN

Hélas ! pourvu que ce ne soient pas ces loups-là qui te chassent, Tomas.

LE DOCTEUR STOCKMANN

Es-tu folle, Katrine ! Me chasser, moi ! Maintenant que je suis l’homme le plus fort de la ville !

MADAME STOCKMANN Le plus fort... maintenant?

LE DOCTEUR STOCKMANN

Oui, c’est un bien grand mot, mais j’ose dire que maintenant je suis l’homme le plus fort du monde entier.

MORTEN

Oh! voyons!

LE DOCTEUR STOCKMANN, baisse la voix.

Chut ! il ne faut pas en parler encore ;mais j’ai fait une grande découverte.

MADAME STOCKMANN

Encore?

LE DOCTEUR STOCKMANN Mais oui ; mais oui !

(Il les rassemble autour de lui et dit en confidence.)

MANUSCRITS

Pour la description des manuscrits , voir la notice , p. 24. Les différences entre le brouillon et le texte définitif sont indiquées ici suivant les règles habituelles.

La pièce est comme une image de la vie. La foi sapée. Mais il ne convient pas de le dire. « L’asile »... pour les autres. Ils seront heureux... Mais cela aussi n’est qu'une apparence... Tout est revenants...

Point essentiel : elle a été croyante et romantique... cela n’est pas entièrement effacé par la conception acquise plus tard... « Tout est revenants ».

Se marier par des raisons à côté, même religieuses ou morales, ... cela entraîne une Némésis contre les enfants...

L'enfant bâtarde peut être sauvée par un mariage avec... le fils... mais alors...?

Il était dans sa jeunesse délabré, perdu ; puis elle est survenue avec son ardeur religieuse ; elle l’a sauvé ; elle était riche. Il avait voulu épouser une femme que l’on considérait comme indigne. Il eut un fils dans son mariage ; puis il revint à cette femme; une fille...

Ces femmes d’aujourd'hui, malmenées comme filles, comme sœurs, comme épouses qui n’ont pas reçu d’éducation conforme à leurs dispositions, tenues à l’écart de leur vocation, privées de leur héritage, pleines d’amertume,... ce sont elles qui sont les mères de la nouvelle génération. Quel est le résultat?

L’impression dominante devra être : La forte vie intellectuelle florissante chez nous en littérature, en art, etc... puis, comme contraste : l’humanité tout entière fourvoyée.

L’homme accompli n’est plus un produit naturel, c’est un produit artificiel comme le sont le blé, les arbres fruitiers, la race créole, les beaux chevaux et les races de chiens, la vigne, etc.

Le défaut consiste en ce que toute l’humanité est manquée. Lorsque l’homme demande à vivre et se développer humainement, c’est de la folie des grandeurs. Toute l’humanité et surtout les chrétiens sont atteints de folie des grandeurs.

Chez nous on élève des monuments aux morts ; car nous avons des devoirs envers eux ; nous permettons aux lépreux de se marier ; mais leur postérité?... les générations à venir?...

Elle a été religieuse exaltée dans sa jeunesse ; à moitié pour jtece raison, mais aussi en partie par inclination, elle l’a épousé.

MANUSCRITS

le « brillant génie », le « mauvais sujet ». Ils quittent la ville ; il a de l’avancement, il finit par devenir préfet, un modèle de fonctionnaire, un modèle à tous égards, en religion aussi. Ils ont eu un fils, puis un second, qui est mort tout jeune. L’aîné a été mis de très bonne heure en pension chez un prêtre, et ensuite dans un lycée, il est rarement venu en visite dans sa famille. Le préfet a été respecté, honoré, pendant de longues années ; elle, était honorée comme son « bon génie », qui avait récolté des fruits magnifiques de son action magnanime. Puis, il est mort ; une fondation est créée avec une grande partie de la fortune qui, d’une façon inattendue, lui est venue après son mariage, et ce monument va être inauguré.

C’est là que la pièce commence.

P. 74. — La liste des personnages manque.

P. 75, 1 . 1-13. ■— Manque.

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