UNE FEMME
Rien d'étonnant si le fils est un vaurien
(Les gens continuent leur chemin^ Peu après Peer Gynt s'avance; il est rouge de honte et les suit des yeux,)
PEER GYNT, bas.
Était-ce de moi qu’ils parlaient?
(Se forçant à plaisanter.)
Oh, qu’ils parlent 1
A ma vie, du moins, ils n’attenteront pas,
(Il se laisse tomber dans les bruyères^ où il reste longtemps étendu^ les mains sous la tête^ à fOMtempler le ciel.)
Drôle de nuage. On dirait un cheval.
Un homme est dessus,... il y a selle... et rênes...
Une femme suit, montée sur un balai.
(Il rit en lui-même.)
C’est mère. Elle jure, et me crie : animal, hé, attention, Peerî...
(Peu à peu il ferme les yeux.)
Maintenant elle a peur...
Peer Gynt chevauche en tête, et nombreuse est sa suite.
Au cheval fers d'or et aigrette d’argent.
Lui-même porte sabre et fourreau, et des gants.
Son manteau est ample, il est doublé de soie.
Ils sont superbes, ceux qui viennent après lui.
Mais nul cavalier n’a si belle prestance.
Pas un autant que lui n’étincelle au soleil...
PEER GYNT, ACTE I
La foule debout s’empresse à la barrière, les chapeaux sont levés, on ouvre de grands yeux.
Les femmes saluent. Ils ont tous reconnu Peer Gynt, grand empereur, et sa cour de mille hommes.
Comme des cailloux il répand en chemin de la monnaie d'argent jusqu'à des marks brillants.
Les gens du canton sont riches comme comtes.
Peer Gynt va naviguer et traverser la mer.
Sur la rive attend le prince d'Angleterre.
Et de même sont là les filles d'Angleterre.
Les grands d'Angleterre et l'empereur aussi à l'arrivée de Peer se lèvent de la table.
L'empereur, levant sa couronne, lui dit...
ASLAK, le forgeron^ à d*autres^ en passant le long de la palissade^ Regardez-moi ça; voilà Peer Gynt, l'ivrogne... !
PEER GYNT, se dressant à demi.
Comment, l'empereur... !
ASLAK, s*appuie à la palissade et ricane.
‘Lève-toi, mon garçon !
PEER GYNT
Le forgeron, diable ! Et que veux-tu de bon?
ASLAK, aux autres.
Il est encor gris de son orgie de Lunde.
PEER GYNT, sautant sur ses pieds.
Va-t'en à l'amiable !
ASLAK
Oui, je vais m'en aller.
Mais dis donc, gaillard, d'où est-ce que tu viens? Ensorcelé, hein? Six semaines parti !
ŒUVRES D’ITALIE
PEER GYNT
Oh, j'ai accompli des merveilles, Aslak !
ASLAK, cligne des yeux aux autres.
Raconte ça, Peer !
PEER GYNT C'est affaire à moi seul.
ASLAK, après un moment.
Tu vas à Hægstad, n'est-ce pas? Un moment, on a dit quTngrid avait du goût pour toi.
PEER GYNT
Oh, noir corbeau, tu...?
ASLAK, reculant un peti.
Ne te fâche pas, Peer !
Si elle a dit non, il y en a bien d'autres... ; songe, toi qui est fils de Jon Gynt ! Viens-y ; tu trouveras là tendrons et veuves mûres...
Au diable... !
ASLAK
Quelqu'une voudra bien de toi...
Bonsoir. De ta part je vais saluer Ingrid...
(Ils sortent en riant et chuchotant entre eux.)
PEER GYNT, les suit des yeux un moment, fait un mouvement de la tête et se retourne à demi.
Ingrid? Je peux bien lui laisser épouser qui elle voudra. Je m’en moque pas mal !
(Il regarde son accoutrement.)
PEER GYNT, ACTE I
Trou à la culotte. En haillons et tout sale...
Si j’avais à mettre autre chose que ça.
(Il tape dti pied.)
Si, à la façon des bouchers, je pouvais extraire de leur cervelle ce mépris !
(Il cherche soudain autour de lui.)
Qu’est-ce qu’il y a? Qui nargue, là, derrière?
Hum, il me semblait... Non, personne n’est là...
Je rentre chez mère.
(Il remonte y mais s* arrête de nouveau^ écoutant le bnnt qui vient de la maison de la noce.)
On met la danse en train !
(il regarde et écoute; il descend pas à pas; ses yeux brillent; il se gratte le long des jambes.)
Que de filles, hé ! Sept ou huit par garçon !
Mort et damnation,... je suis de la partie !...
Et mère, qui est sur le toit du moulin...
(Ses yeux sont encore attirés vers le bas; il saute et rit.)
Ohé, le halling fait rage dans la cour I Guttorm est habile avec son violon !
Ça chante et frétille ainsi qu’une cascade.
Et cette nuée rutilante de filles!...
Mort et damnation, je suis de la partie !
(Il fait un bond par-dessus la palissade et descend au chemin.)
(La cour de Hægstad. La maison de la grand "salle tout au fond. Nombreux hôtes. La danse est animée sur le gazon, à quelque distance.
ŒUVRES d'iTALIE
Le ménétrier est assis sur une table. L^intendant se tient devant la porte. Des cuisinières vont et viennent entre les bâtiments ; des gens*' âgés, assis çà et là, causent.)
UNE FEMME, prend place dans groupe assis sur des madriers.
La mariée? Oh, oui, elle pleure un peu ; il ne faut pas faire attention à ça.
LUNTENDANT, dans un autre groupe.
Hé, bonnes gens, il faut vider la cruche.
UN HOMME
Merci ; mais c'est trop souvent que tu Toffres.
UN GARÇON, au ménétrier^ comme il passe en courant devant lui en tenant une plie par la main.
Ohé, Guttorm, n'épargne pas tes cordes !