LA DANSE MACABRE
Sur le cimetière désert
la nuit a étendu son aile ;
paisibles, les morts y dorment
un sommeil qu’on ne rompt guère
étrangement, au clair de lune,
peut luire la dalle de marbre
ornée de couronnes mouillées de larmes,
qui couvre les ossements des morts.
Mais, sitôt ce calme sépulcral troublé par les coups sourds de minuit,.., alors, quiconque veut écouter entend un léger tumulte,...
et, à mesure qu’il s’approche, cela retentit de plus en plus fort,...
le passant fait le signe de croix, et frissonne, bien qu’il ne voie rien !...
Alors s’ouvrent les tombes profondes et les dalles couvertes de mousse, et hors des demeures souterraines, silencieux, les cadavres s’avancent.
Et à chaque pas cliquètent les squelettes pulvérulents ; leurs manteaux, les blancs linceuls, brillent, purs comme la neige....
Ils se prennent les mains, s’assemblent comme pour une fête ; un feu follet leur sert de lampe, tout squelette est le bienvenu ;...
chacun saisit la main de son voisin, et danse en rond furieusement ;...
ah, peut-être l’âme d’un prince tourne avec celle d’un mendiant !...
Ne croyez pas que les musiciens manquent
pour un bal aussi splendide :
un squelette agite des os,
un autre sur un crâne
comme tambour trappe des coups rapides,
cela résonne comme le dernier soupir
d’un cœur qui se brise,...
telle est la musique des morts !...
Autour des monuments poussiéreux ils mènent une ronde gaie ; mais les tombes attendent leur retour, une heure seulement leur est accordée.... ...Le bal qu’ils ont ouvert est fini ; car le coup de l’horloge a sonné creux, et profondément dans leur calme tombe, ils dorment jusqu’au jour suprême !...