‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 55 sur 103 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

A Stella.

A tes pieds je dépose un bouquet de fleurs fraiches écloses l’été dernier au parterre du souvenir.

Ce ne sont là myosotis, ni cent-feuilles, ni violettes, ni la riche luxuriance qui suit le soleil du printemps.

...Stella, les fleurs que j’ai données ne sont que les tristes houppes d’un pâle, automnal aster poussé sur une tombe !

Pour nous consoler dans la vie nous est donné l’ange du souvenir ; dès notre enfance, beau printemps, il nous accompagne en ami, murmure de doux chants du passé, tresse en beaux feuillages verts

des couronnes de souvenirs dans nos cheveux.

Le printemps disparu, du moins Il reste une fleur de souvenir,...

oui, chaque page au livre de la vie est pleine de souvenirs fugitifs, et lorsque, au cours du temps, une fois on les feuillette, des rangs de souvenirs de dressent, comme des figures en un rêve, bien connues, venues du ciel,

telles les jolies fleurs du printemps, quand vient l’hiver de notre cœur...

Oui, chaque instant de notre vie fait résonner un doux écho, tantôt bref, tantôt prolongé, sur la harpe du souvenir ; mais parmi les jours abolis, si nous les passons en revue,

SOUVENIRS DE BAL

nulle heure en souvenirs si riche qu’un bal joyeux nous ne trouvons !

Voilà qui paraîtra bizarre, de plus, assez peu poétique,...

une oreille fine, esthétique, préférerait, peut-être, au lieu d’une nuit de bal, un sujet “ plus beau ” et “ plus grand ”, comme si la salle brillante, somptueuse, parée pour un bal, où un charmant groupe de coquettes lancent les fusées de leurs regards, tandis que prélude la musique,,., était dénuée de poésie !....

Mais tels ne sont les souvenirs qui aux yeux de l’âme se lèvent, il y a là du sérieux aussi,...

la gaieté ne donne pas seule à la joyeuse scène du bal toute sa belle magie !...

Les visages respirent la joie, mais plus d’un, tout enfiévré, en proie aux passions tumultueuses, se rue au fougueux tourbillon de la valse pour calmer son tourment, ne fût-ce qu’un instant fugitif ; mainte poitrine,.... mais non, je ne veux plus froidement dépeindre

ce jeu confus de la douleur Dans les salons pleins d'allégresse,. ,.

vous n’avez qu’à y faire un tour et bien observer ce décor à Terpsichore consacré !...

Quelle mer de lumières ondule de la longue rangée des fenêtres, leur éclat raille l’obscurité là-bas, dans la rue, au dessous,...

où bien des gens non invités, appuyés contre le portail, fixent d’un œil d’envie la salle et sa splendeur, derrière les vitres...

Ah, quelle image de la vie,...

l’un ou l’autre est ton sort,

...ou bien tu vas, comme hôte convié à la fête de la vie, ou bien, simple spectateur transi par le vent de la nuit, tu contemples, de la rue, les fenêtres resplendissantes !...

Mais, là-dedans, quelle cohue !

Telles des étoiles au ciel d’hiver,

avec la clarté du crystal

scintillent des flambeaux sans nombre ;

en un désordre bigarré,

les groupes vont, viennent, se croisent,

SOUVENIRS DE BAL

se balancent à pas légers, s’adressent d’aimables sourires.

Vois, où que se porte ton regard, tout ce que perçoit ton œil est beau ; mais, ami,... ne regarde pas trop près : avec des fleurs dans les cheveux et vêtue de ces robes blanches, même une fille de trente ans, au bal, devient une sylphide !...

Des roses, des roses partout !...

même des roses peintes sur les joues !

Des bras blancs,

Des seins de lis avec leur éclat d’albâtre rehaussé par des riches dentelles ; ici une peau rougeâtre est cachée aux yeux par la mousseline ;...

regarde : la petite, là-bas, ose à peine jeter un coup d’œil sur l’essaim de jeunes messieurs qui, le chapeau claque sous le bras, font chacun la cour à sa dame,...

patience,... elle apprendra bientôt, ...c’est une enfant : elle a été confirmée l’automne dernier !...

Ah, la vie chatoyante et multiple comprise dans la salle rayonnante !

Vision d’un sommeil fiévreux,

l’élue rêvée du cœur se présente à l’imagination exaltée,

plane, légère comme l’éther, et passe .

Oh, je veux entrer, moi aussi, où l’on fait ce bruit, ce tapage, confus et violent comme mon âme quand soufflent ses tempêtes de peines — entrer dans la foule pour trouver un oubli passager ou... elle !....

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