‹ Œuvres complètes. tome premier, Œuvres de GrimstadChapitre 74 sur 103 · PREMIER ACTE · texte numérisé non relu

PREMIER ACTE

(Près de la voie flaminienne en dehors de Rome. Un coteau planté d’arbres qui longe la route. Au fond se détachent les collines et l'enceinte de la ville. Le soir tombe.)

Catilina , debout au haut du coteau dans la futaie y s'appuie contre un tronc d'arbre.

CATILINA

Il faut ! Il faut ; une voix me l’ordonne au fond de mon âme, — et je la suivrai.

J’ai la force, j’aspire à quelque chose de mieux, de plus noble qu’une vie pareille.

Rien qu’une suite de joies effrénées — !

Non, elles ne satisfont pas les besoins du cœur.

Vie d’orgie ! L’oubli est mon seul désir.

C’en est assez ! Ma vie est sans but.

Après un silence.

Que sont devenus mes rêves d’enfant ?

Evanouis comme légers nuages d’été.

Ils n’ont laissé que déception et rancœur ; — le sort m’a ravi toute fière espérance.

Il se frappe le front .

Pt

ter ;

Honte à toi ! Honte à toi, Catilina ! Tu sens en toi des forces glorieuses ; — et quel est le but de tout ton effort ?

Rien que d’assouvir ton ardeur sensuelle.

Plus calme .

Parfois, pourtant, comme en ce moment même, un désir secret couve en ma poitrine.

Oh, quand je vois cette ville, l’orgueilleuse, la splendide Rome, — et que la bassesse, la corruption où elle est depuis longtemps tombée m’apparaît avec l’éclat du soleil, —

alors une voix crie au dedans de moi :

debout, Catilina ; — debout, et sois un homme !

S'interrompant.

Ah, mirages, tout cela, rêves de la nuit,

qu’engendre l’esprit dans la solitude.

Au plus léger bruit du monde réel,

ils descendent au fond muet de l’âme.

Les envoyés des Allobroges , Ambiorix et

Ollovïco , avec leur suite , descendent la voie sans remarquer Catilina .

AMBIORIX

Voyez le but du voyage ! L’enceinte de Rome !

Sur le ciel se détache le grand Capitole.

OLLOVÏCO

C’est là Rome ? Maîtresse de l’Italie,

de la Germanie bientôt, — de la Gaule aussi peut-être.

AMBIORIX

Hélas, oui ; — cela peut venir un jour ; et dure est la domination de Rome ; elle courbe le vaincu jusqu’à terre.

Nous allons voir quel sort notre peuple peut espérer : s’il y a ici protection contre les offenses, et paix et droit pour le pays des Allobroges.

OLLOVICO

Cela nous sera offert.

AMBIORIX

Espérons-le ;

car nous ne savons rien encore avec certitude.

OLLOVICO

Tu crains, semble-t-il ?

AMBIORIX

Et non sans raison.

Toujours Rome fut jalouse de son pouvoir.

Et rappelle-toi que ce puissant empire

n’est pas gouverné par des chefs, comme chez nous.

Dans notre pays commande sage ou guerrier, —

le meilleur en conseil, le plus brave au combat ;

nous l’élisons chef de notre tribu,

grand-juge et souverain de notre peuple.

Mais ici ...

leur crie dJen haut.

... ici régnent la force et l’égoïsme ; — c’est par la ruse qu’on devient chef ici ;

OLLOVICO

Malheur à nous, frères — il nous écoutait !

AMBIORIX

a Catilina.

Est-ce la coutume des Romains bien nés ? C’est œuvre de femme dans nos vallées.

CATILINA

descend, sur la voie .

Ne craignez rien ; je ne suis pas espion ; c’est par hasard que je vous ai entendus. — Vous venez du pays des Allobroges ?

Vous croyez trouver la justice à Rome ?

Sauvez vous ! Rentrez ! Ici tyrannie et injustice régnent plus que jamais.

C’est une république, il est vrai, de nom ; mais tout citoyen est un serf lié, endetté, un esclave à la merci d’un sénat — à l’encan pour grâce ou don.

Il est aboli, l’antique esprit social, la liberté que Rome jadis possédait ; — vie, sûreté, sont aux mains du Sénat une faveur payable au poids de l’or.

Il s’agit ici d’être fort, non juste ; le noble est accablé par la puissance...

AMBIORIX

Mais dis-moi... qui es-tu, toi qui détruis les fondements mêmes de notre espoir ?

Un homme qu’enflamme la cause de la liberté ; un ennemi de l’inique despotisme ; un ami des opprimés et des faibles, — plein d’ardeur et de courage pour écraser les puissants.

AMBIORIX

Le fier peuple romain ?... Ah, Romain, parle : tu veux sûrement nous tromper, nous étrangers. N’est-il plus ce qu’il était autrefois : la terreur des tyrans, le protecteur des faibles ?

CATILINA

montre du doigt la ville , et dit:

Voyez, Allobroges,... de sa hauteur menace, avec un défi hautain, le grand Capitole.

Voyez comme à la lueur rouge du soir il brille au dernier éclat du soleil à l’ouest. —

De même flambe aussi le crépuscule de Rome ; sa liberté se voile d’une nuit de servitude. —

Mais bientôt dans son ciel un soleil resplendira ; et devant ses rayons les ténèbres tomberont.

Il sort.

(Une colonnade à Rome.)

Lentulus , Statilius, Coeparius et Céthégus entrent , causant avec animation .

COEPARIUS

Oui, tu as raison ; c’est tous les jours pis.

Quelle sera la fin, moi-même je ne sais.

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