‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 231 sur 300 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ROSMER

Dans ma vie, vous voulez dire?

MORTENSGAARD

Oui, vous devrez vous rappeler que vous n'êtes pas désormais un homme à qui la paix est assurée.

ROSMER

Ainsi, vous persistez à croire qu’il y a ici quelque chose à cacher?

MORTENSGAARD

Je ne sais pas pourquoi un homme libéré ne vivrait pas la vie aussi pleinement que possible. Seulement, je vous le dis, soyez prudent à partir d’aujourd’hui. Si le bruit courait de ceci ou cela, qui serait à l’encontre des préjugés, vous pouvez être certain que toute la tendance libérale en pâtirait... Adieu, pasteur Rosmer.

ROSMER

Adieu.

MORTENSGAARD

Et je vais tout droit à l’imprimerie et publier la grande nouvelle dans le Phare .

ROSMER

Publiez tout.

MORTENSGAARD

Je publierai tout ce que les bonnes gens ont besoin de savoir.

(Il salue et sort. Rosmer reste à la porte , pendant qu xl descend l'escalier . On entend fermer la porte de la rue.)

ROSMER, à la porte , appelle à mi-voix :

Rebekka ! Re... Hm !

(A haute voix.)

Madame Helseth,... mademoiselle West n’est-elle pas en bas?

MADAME HELSETH, parlant d'en bas , dans le vestibule.

Non, monsieur le pasteur, elle n'est pas ici.

(La portière du fond est écartée . Rebekka apparaît dans l'ouverture de la porte.)

ROSMER, se retourne.

Comment ! Tu étais dans ma chambre à coucher ! Chère amie, qu’as-tu fait là?

REBEKKA, s'approche de lui.

J'ai écouté.

ROSMER

Non, mais, Rebekka, comment as-tu pu faire cela !

REBEKKA

Si, j'ai pu le faire. Il avait un air si vilain,... quand il a parlé de mon négligé du matin...

ROSMER

Ah ! alors tu étais là aussi lorsque Kroll...?

REBEKKA

Oui, je voulais savoir quelle était son idée de derrière la tête.

ROSMER

Je te l'aurais raconté.

REBEKKA

Tu m'aurais tout dit incomplètement. Et certes pas avec ses propres mots.

ROSMER

As~tu donc entendu tout?

REBEKKA

Presque, je crois. J’ai dû descendre un instant, lorsque Mortensgaard est venu.

ROSMER

Et tu es remontée...

REBEKKA

Ne te fâche pas de cela, cher ami.

ROSMER

Fais tout ce que tu trouves juste et bien. Tu as ta pleine liberté... Mais qu’en dis-tu, Rebekka?... Oh! jamais je n’ai eu autant besoin de toi, il me semble.

REBEKKA

Toi et moi, nous étions tous deux préparés à ce qui devait arriver un jour.

ROSMER

Non, non,... pas à cela.

REBEKKA

Pas à cela?

ROSMER

Je pensais bien que, tôt ou tard, nos belles relations d’amitié pure seraient éclaboussées et suspectées. Pas par Kroll. De sa part je n’aurais jamais pu me figurer cela. Mais par ces nombreuses gens à l’esprit grossier et aux yeux infâmes. Ah ! oui, tu sais,... j’avais de bonnes raisons pour jeter un voile jaloux sur notre union. C’était un secret dangereux.

REBEKKA

Oh ! pourquoi se soucier des jugements que portent ces autres-là? Nous avons en nous-mêmes conscience d'être sans reproche.

ROSMER

Moi? Sans reproche? Oui, je le croyais, c'est vrai,... jusqu'aujourd'hui. Mais maintenant,... maintenant, Rebekka...

REBEKKA

Oui, quoi, maintenant?

ROSMER

Comment m'expliquerai-je la terrible accusation de Beate?

REBEKKA, avec éclat.

Oh ! ne parle pas de Beate ! Ne pense plus à Beate ! Tu avais si bien réussi à t'éloigner d'elle, qui est morte.

ROSMER

Depuis que j'ai su cela, elle est redevenue comme affreusement vivante.

Oh ! non,... il ne faut pas, Rosmer ! Il ne faut pas !

ROSMER

Si, te dis-je. Nous devons essayer de pénétrer jusqu’au fond de cela. Comment peut-elle s'être fourvoyée dans cette fatale erreur d'interprétation?

REBEKKA

Tu ne commences tout de même pas à douter toi-même qu'elle était à peu près folle?

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