‹ Œuvres complètes. tome treizième, Les Drames modernes (suite)Chapitre 295 sur 300 · Je ne sais pas.] Manque · texte numérisé non relu

Je ne sais pas.] Manque

1. 27. — P. 630, 1. 22. — Oh ! la vie est pourtant bonne et superbe.

Rosmer. — Alors donne-moi la foi en nous deux. Des preuves... je veux des preuves.

Rebekka. — Des preuves? Comment puis-je te donner des preuves...

LES MANUSCRITS 715

Rosmer. — Il le faut. Je ne supporte pas ce vide,... cet effrayant désert, ce... ce...

Rebekka désigne le vestibule. — Chut ! vois-tu celui qui vient.

Rosmer regarde. — C'est Ulrik Hetman.

(Ulrik Hetman entre par le vestibule.)

Ulrik Hetman s’arrête à la porte. — [Effacé au crayon : Rosmer,... mon garçon, mon garçon,... qu’est-ce que j’apprends sur toi?

Rosmer. — Venez- vous pour rester chez nous?

Hetman. — Non. Je viens dire mon dernier adieu.

Rebekka. — Quittez- vous déjà la ville?

Hetman. — Oui. Je secoue la poussière de mes souliers. On ne peut pas vivre dans ces parages. Encore moins que là-bas.

Rosmer. — J’avais cru que tout allait s’éclaircir ici.

Hetman. — Je l’entends dire.

Rosmer sourit tristement. — Votre ancien élève ne vous a pas trahi, comme vous voyez.

Hetman. — Prends garde à ce que tu fais. Ne m’imite pas. Toute ma doctrine est fausse. A été fausse dès l’origine. Je m’en suis rendu compte maintenant.

Rosmer. — N’ êtes-vous plus fermement attaché aux grands idéals?

Hetman. — C'est de la gnognote, mon garçon. Des rêves creux. Rien que des ombres fallacieuses qui nous entraînent à notre perte. L’humanité est incurable.

Rosmer. — Vous le croyez !

Hetman. — A jamais incurable.

Rosmer. — Mais pourquoi? Pourquoi faut-il le croire?

Hetman. — Parce qu’il y avait un défaut dans la création dès le début.

Rosmer. — Et ce défaut était...?

Hetman hausse les épaules. — Qui peut le dire !

Rosmer. — Bien, mais comment pouvez-vous savoir que le défaut existait?

Hetman sourit d’un air mystérieux. — Le maître s'est dévoilé, mon garçon.

Rosmer. — Trahi? Le maître? Comment cela?

Hetman. — Es-tu connaisseur en hommes?

Rosmer. — Je crois l’être, mais...

Hetman. — Enfin, tu as du moins fréquenté autrefois des artistes,... plusieurs poètes, je me rappelle.

Rosmer. — Oui.

Hetman. — N’as-tu pas observé un trait particulier chez ces gens-là?

Rosmer. — Quel serait ce trait?

Hetman. — Quand un de ces messieurs créateurs a achevé une œuvre qui est devenue exactement ce qu’il voulait qu'elle fût, il l'examine et la publie. Tout tranquillement. Il n'y a rien à redire à l’œuvre. Elle est telle qu’elle devait être. N’as-tu pas observé cela, mon garçon?

Rosmer. — Si. Et cela me paraît tout à fait naturel.

Hetman. — A moi aussi. Mais parfois le maître court le risque d’une malechance. Ou bien il a été en moins bonne disposition, ou bien il s’est trop pressé, ou n’importe quoi. Que fait alors mon sire Urian? Oui, il penche la tête, regarde son ouvrage, l'examine avec un air de connaisseur. L'examine de tous côtés. Puis il dit : ça,... c’est bon, parbleu. Excellent.

Rosmer. — Il est incertain, vous voulez dire?

Hetman, avec un lent signe de tête. — Le maître sent que l'œuvre est imparfaite. Et alors il s'encourage. Conscience inquiète, mon garçon. Et c’est là ce que nous avons tous eu en héritage. C’est pourquoi l’humanité est incurable. Pas de remède.

Rebekka. — Est-ce la peine de vivre, alors?

Hetman. — Oh ! si. Pas de bêtises. Pas de charlatanisme.

LES MANUSCRITS 717

Laissons la vie brimballer à droite et à gauche... comme ça se trouve.

Rebekka. — Mais soi-même? Chaque individu?

Hetman. — Mangez, buvez et soyez heureuse, ma belle demoiselle. Et il faut que tu prennes ainsi l'existence, toi aussi, Rosmer. Le maître a oublié de nous donner des ailes. Au dedans et au dehors. Rampons donc sur terre tant que ça dure. Il n'y a rien d'autre à faire.

Rosmer. — Mais il y a en tout cas la ressource de mettre fin à toute l’histoire.

Rebekka, malgré elle. — Oui, heureusement.

Hetman. — Enfin, vous deux avez certes de quoi vivre.

Rosmer. — Vous trouvez? Vous croyez donc tout de même encore à l’amour?

Hetman. — Mon fils, je crois au bonheur,... le bonheur de vivre sous le même toit qu’une aussi séduisante compagne.

Rosmer. — Malheureusement, la séduisante compagne me quitte.

Hetman. — Elle s’en va?

Rosmer. — Cette nuit.

Rebekka. — Dans une demi-heure.

Hetman. — Tu ne t'entends guère à conserver tes femmes. La première aussi t'a quitté.

Rosmer. — Oui, elle est partie.

Hetman. — Femme courageuse. Partie volontairement,... pour aplanir ta route.

Rosmer. — D’où le savez-vous?

Hetman. — Cet affreux Mortensgaard a dit des bêtises au sujet d’une lettre.

Rosmer. — Ah ! oui.

Hetman. — Aie pour elle honneur et respect. Il faut que cette femme ait eu comme une sorte d’ailes, il me semble.

Rebekka. — Des ailes? Pourquoi des ailes?

Hetman. — Ne s’est-elle pas élevée si haut qu’elle a pu mourir pour son amour?

Rosmer. — Oui, cela... pouvoir mourir pour quelque chose.

Hetman. — J’aurais juré qu’aucune âme vivante ne le pouvait.

Rosmer. — Oh!... recourir à la mort... pour porter témoignage de son amour.

Rebekka. — Je ne partirai pas cette nuit.

Rosmer, inquiet. — Si, pars ! Pars !

Hetman. — Restez, ma belle dame. Il n’y a pas de danger pour vous. Vous, il se gardera bien de vous attirer sous les eaux. Adieu.]

P. 630, 1. 28. — P. 631, 1. 6. — (Le silence règne un moment dans le salon. Rebekka est debout près de la fenêtre. Rosmer arpente la pièce. Puis il s’assied sur une chaise près de la table.

Rosmer. — Il n’y a pas autre chose à faire, Rebekka. Il faut que tu partes.

P. 631, 1. 12. — sur le canapé] Manque.

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