‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 33 sur 67 · CHEZ BOMBARDA · texte numérisé non relu

CHEZ BOMBARDA

Les montagnes russes épuisées, on avait songé au diner; et le radieux huitain, enfin un peu las, s'était échoué au cabaret Bombarda, succursale qu'avait établie aux Champs-Elysées ce fameux restaurateur Bombarda, dont on voyait alors renseigne rue de Rivoli à côté du passage Delorme.

Une chambre grande, mais laide, avec alcôve et lit au fond (vu la plénitude du cabaret le dimanche, il avait fallu accepter ce gîte) ; deux fenêtres d*où Ton pouvait contempler, à travers les ormes, le quai et la rivière ; un magnifique rayon d*août effleurant les fenêtres; deux tables; sur Tune une triomphante montagne de bouquets mêlés à des chapeaux d'hommes et de fenmies; à Fautre les quatre couples attablés autour

d*un joyeux encombrement de plats, d'assiettes, de verres et de bouteilles ; des cruchons de bière mêlés à

iJi Las ■I~Ck^BLI^. — FANTISE.

ics im.'îio» il* rji: p.îa •i'.>rl« jor la table, quelque

Un. init. m TMro^-^rae *î pî-fti* êp-xmnuble.

T:Jit :■! -îa eajt ï?r5 .putre heures el demie du *;ir "ji î-frfirtii ■^:aIït•c»'^ée â cinq heures du matin. Li îcûiil ài'^iX-i.i.i- rirç'i;it s'èleiznait.

Lf-t CLi.i:;T-CT~.ê?s. f '^in5 de $oleîl et de foule, T'i-Li^nar. ^:>f- " ; ^l'-iw rt p<m>5iêre, deux choses dont ïtt ^;ai->:<i^ ii A:iT<i. Les cheiaux de Hariy, ces mariirts i-foisstîis. se «brweot dans on uuage d'or. Les ^- jirr;tîs*!? iZ-ii-fî;! e* ïwiaieni. Cn escadron de magnifioi,« rËTi-s ii ^>TT-s, flaircD en iHe, descoidail l'a- \'îa.'B{ 5f !tffiZT:W Jnpeau blanc, vaguement rose au >i:ù:û! o:o;à.ul. È-:-Hiit sur le dôme des Tuileries. La T- 1« ai lï G'œrt>rie. redeiemie alors place Louis W, rf^iL-r-fjol àf- f^ttttura cooteots. Beaucoup por- ";.r ^^ îj^ dirgent >u>pon.iuo au ruban 'avait pas encore tout à fait Çk et là, au milieu des pasidissanl, des rondes de vsae bourrée bourboà foudroyer les cent- ■oell*' ■

parfois même

EN L'ANNÉE 1847. f35

Qeurdelysés comme les bourgeois, épars dans le grand carré et dans le carré Marigny, jouaient aux bagues et tournaient sur les chevaux de bois ; d'autres buvaient; quelques-uns, apprentis imprimeurs, avaient des bonnets de papier; on entendait leurs rires. Tout était radieux. C'était un temps de paix incontestable et de profonde sécurité royaliste; c'était l'époque oii un rapport intime et spécial du préfet de police Angles au roi sur les faubourgs de Paris se terminait par ces lignes : « Tout bien considéré, sire, il n'y a rien à craindre de ces gens-là. Us sont insouciants et indolents comme des chats. Le bas peuple des provinces est remuant, celui de Paris ne l'est pas. Ce sont tous petits hommes. Sire, il en faudrait deux bout à bout pour faire un de vos grenadiers. Il n'y a point de crainte du côté de la populace de la capitale. Il est remarquable que la taille a encore décru dans cette population depuis cinquante ans; et le peuple des fauboui^s de Paris est plus petit qu'avant la révolution. Il n'est point dangereux. En somme, c'est de la canaille bonne. »

Qu'un chat puisse se changer en lion, les préfets de police ne le croient pas possible ; cela est pourtant, et c'est là le miracle du peuple de Paris. Le chat d'ailleurs, si méprisé du comte Angles, avait l'estime des républiques antiques ; il incarnait à leurs yeux la liberté, et, comme pour servir de pendant à la Minerve aptère du Pirée, il y avait sur la place publique de Corinthe le colosse de bronze d'un chat. La police naïve de la restauration voyait trop « en beau » le peuple de Paris.

Ce n'est point, autant qu'on le croit, de la c canaille bonne » . Le parisien est au français ce que Tathénien était au grec; personne ne dort mieux que lui, personne n'est plus franchement frivole et paresseux que lui, personne mieux que lui n'a l'air d'oublier ; qu'on ne s'y fie pas pourtant ; il est propre à toute sorte de nonchalance, mais, quand il y a de la gloire au bout, il est admirable à toute espèce de furie. Donnez-lui une pique, il fera le 10 août ; donnez-lui un fusil, vous aurez Austerlitz. Il est le point d'appui de Napoléon et la ressource de Danton. S'agit-il de la patrie? il s'enrôle; s'agit-il de la liberté? il dépave. Gare! ses cheveux pleins de colère sont épiques; sa blouse se drape en chlamyde. Prenez garde. De la première rue Greneta venue, il fera des fourches caudines. Si l'heure sonne, ce faubourien va grandir, ce petit homme va se lever, et il regardera d'une façon terrible, et son souffle deviendra tempête, et il sortira de cette pauvre poitrine grêle assez de vent pour déranger les plis des Alpes. C'est grâce au faubourien de Paris que la révolution, mêlée aux armées, conquiert l'Europe. Il chante, c'est sa joie. Proportionnez sa chanson à sa nature, et vous verrez! Tant qu'il n'a pour refrain que la Carmagnole, il ne renverse que Louis XVI ; faites-lui chanter la Marseillaise, il délivrera le monde.

Cette note écrite en marge du rapport Angles, nous revenons à nos quatre couples. Le diner, comme nous l'avons dit, s'achevait.

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