‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 52 sur 67 · COMMENT JEAN PEUT DEVENIR CHAMP · texte numérisé non relu

COMMENT JEAN PEUT DEVENIR CHAMP

Uq matia, M. Madeleine était dans son cabinet, occupé à régler d'avance quelques affaires pressantes de * la mairie pour le cas où il se déciderait à ce voyage de Montfermeii. lorsqu'on vint lui dire que l'inspecteur de police Javert demandait à lui parler. En entendant prononcer ce nom, M. Madeleine ne put se défendre d*une impression désagréable. Depuis l'aventure du bureau de police. Javert Tavait plus que jamais évité, et M. Madeleine ne l'avait point revu.

— Faites entrer, dit-il.

Javert entra.

M. Madeleine était resté assis près de la cheminée, une plume à la main, l'œil sur un dossier qu'il feuille* tait et qu'il annotait, et qui contenait des procès-verbaux de contraventions à la police de la voirie. Il ne se dérangea point pour Javert. U ne pouvait s'empêcher

de songer à la pauvre Fantine, et il lui convenait d'être glacial.

Javert salua respectueusement H. le maire qui lui tournait le dos. M. le maire ne le regarda pas et continua d*annoter son dossier.

Javert fit deux ou trois pas dans le cabinet, et s'arrêta sans rompre le silence.

Un physionomiste qui eût été familier avec la nature de Javert, qui eût étudié depuis longtemps ce sauvage au service de la civilisation, ce composé bizarre du romain, du Spartiate, du moine et du caporal, cet espion incapable d'un mensonge, ce mouchard vierge, un physionomiste qui eût su sa secrète et ancienne aversion pour M. Madeleine, son conflit avec le maire au sujet de la FanUne, et qui eût considéré Javert en ce moment, se fût dit : que s*est-il passé? Il était évident, pour qui eût connu cette conscience droite, claire, sincère, probe, austère et féroce, que Javert sortait de quelque grand événement intérieur. Javert n'avait rien dans rame qu'il ne l'eût aussi sur le visage. U était, comme les cens violents, sujet aux revirements brusques. Jamais sa physionomie n'avait été plus étrange et plus inattendue. En entrant, il s'était incliné devant M. Madeleine avec un regard où il n'y avait ni rancune, ni colère, ni défiance, il s'était arrêté à quelques pas derrière le fauteuil du maire ; et maintenant il se tenait là, debout, dans une attitude presque disciplinaire, avec la rudesse naïve et froide d'un homme qui n'a jamais été doux et qui a toujours été patient; il attendait, sans dire un mot, sans faire un mouvement, dans une humi-

JAVBRT. 367

H té vraie et dans une résignation tranquille, qu'il plût à monsieur le maire de se retourner, calme, sérieux, le chapeau à la main, les yeux baissés, avec une expression qui tenait le milieu entre le soldat devant son officier et le coupable devant son juge. Tous les sentiments comme tous les souvenirs qu'on eût pu lui supposer avaient disparu. 11 n y avait plus rien sur ce visage impénétrable et simple comme le granit, qu'une morne tristesse. Toute sa personne respirait l'abaissement et la fermeté, et je ne sais quel accablement courageux.

Enfin M. le maire posa sa plume et se tourna à demi :

— Eh bien! qu'est-ce? qu'y a-t-il, Javert? Javert demeura un instant silencieux comme s'il se

recueillait, puis éleva la voix avec une sorte de solennité triste qui n'excluait pourtant pas la simplicité.

— U y a, monsieur le maire, qu'un acte coupable a été commis.

— Quel acte?

— Un agent inférieur de l'autorité a manqué de respect à un magistrat de la façon la plus grave. Je viens, comme c'est mon devoir, porter le fait à votre connaissance.

— Quel est cet agent? demanda M. Madeleine.

— Moi, dit Javert.

— Vous?

— Moi.

^ Et quel est le magistrat qui aurait à se plaindre de l'agent?

— Vous, monsieur le maire.

M. Madeleine se dressa sur son fauteuil. Javert poursuivit, l'air sévère et les yeux toujours baissés :

— Monsieur le maire, je viens vous prier de vouloir bien provoquer près de Tautorité ma destitution.

M. Madeleine stupéfait ouvrit la bouche. Javert Tinterrompit.

— Vous direz, j'aurais pu donner ma démission, mais cela ne suffit pas. Donner sa démission, c'est honorable. J'ai failli, je dois être puni. Il faut que je sois chassé.

El après une pause, il ajouta :

— Monsieur le maire, vous avez été sévère pour moi l'autre jour injustement. Soyez-le aujourd'hui justement.

— Ah çà! pourquoi? s'écria M. Madeleine. Quel est ce galimatias? qu'est-ce que cela veut dire? où y a-t-il un acte coupable commis contre moi par vous? qu'est-ce que vous m'avez fait? quels torts avez-vous envers moi? Vous vous accusez, vous voulez être remplacé...

— Chassé, dit Javert.

— Chassé, soit. C'est fort bien. Je ne comprends pas.

— Vous allez comprendre, monsieur le maire. Javert soupira du fond de sa poitrine et reprit toujours froidement et tristement :

— Monsieur le maire, il y a six semaines, à la suite de cette scène pour cette fille, j'étais furieux, je vous ai déuoncé.

— Dénoncé !

— A la préfecture de police de Paris.

M. Madeleine, qui ne riait pas beaucoup plus souvent que Javert, se mit à rire.

— Comme maire ayant empiété sur la police?

— Comme ancien forçat.

Le maire devint livide.

Javert, qui n'avait pas levé les yeux, continua :

— Je le croyais. Depuis longtemps j*avais des idées. Une ressemblance, des renseignements que vous avez fait prendre à Faverolies, votre force des reins, Taventure du vieux Fauchelevent, votre adresse au tir, votre jambe qui traîne un peu, est-ce que je sais, moi? des bêtises! mais enfin je vous prenais pour un nommé Jean Yaljean.

— Un nommé?... Comment dites-vous ce nomlà?

— Jean Valjean. C'est un forçat que j'avais vu il y a vingt ans quand j'étais adjudant-garde-chiourme à Toulon. En sortant du bagne, ce Jean Valjean avait, à ce qu'il parait, volé chez unévêque,puis il avait commis un autre vol à main armée, dans un chemin public, sur un petit savoyard. Depuis huit ans il s'était dérobé, on ne sait comment, et on le cherchait. Moi je m'étais figuré... — Enfin j'ai fait cette chose! La colère m'a décidé, je vous ai dénoncé à la préfecture.

M. Madeleine, qui avait ressaisi le dossier depuis quelques instants, reprit avec un accent de parfaite indifférence :

— Et que vous a-t-on répondu?

3;0 LES MISÉRABLES. — FANTINR.

— Que j'étais fou.

— Eh bien?

— Eh bieo, on avait raison.

— C'est heureux que vous le recoooaissîez!

— 11 faut bien, puisque le véritable Jean ValjeaD est trouvé.

La feuille que tenait M. Madeleine lui échappa des mains, il leva la tète, regarda fixement Javert, et di: avec un accent inexprimable : — Ah !

Ja vert poursuivit :

— Voilà ce que c'est, monsieur le maire. Il parait qu'il y avait dans le pays, du côté d'Ailly4e-Haul-Qocher, une espèce de bonhomme qu'on appelait le pèn? Champmathieu. C'était très misérable. On n'y faisait pas attention. Ces gens-là, on ne sait pas de quoi cela vit. Dernièrement, cet automne, le père Champmathieu a été arrêté pour un vol de pommes à cidre, commis chez... — enfin n'importe! Il y a eu vol, mur escaladé, branches de l'arbre cassées. On a arrêté mon Champmathieu. 11 avait encore la branche de pommier à la main. On coffre le drôle. Jusqu'ici ce n'est pas beaucoup plus qu'une affaire correctionnelle. Mais voici qui est de la providence. La geôle étant en mauvais étal, monsieur le juge d'instruction trouve à propos de faire transférer Champmathieu à Arras où est la prison départementale. Dans cette prison d' Arras, il y a un ancien forçat nommé Brevet qui est détenu pour je no sais quoi et qu'on a fait guichetier de chambrée parce qu'il se conduit bien. Monsieur le maire, Champmathieu n'est pas plus tôt débarqué que voilà Brevet qui s'écrie :

Eh, mais! je connais cet homme-là. C'est un fagot*. Regardez-moi donc, bonhomme ! Vous êtes Jean Valjean ! — Jean Valjean! qui ça Jean Valjean? Le Ghampmathieu joue rétonné. — Ne fais donc pas le sinvre, dit Brevet» Tu es Jean Valjean ! Tuas été au bagne de Toulon. Il y a vingt ans. Nous y étions ensemble. — Le Champmathieu nie. Parbleu ! vous comprenez. On approfondit. On me fouille cette aventure-là. Voici ce qu'on trouve. Ce Champmathieu, il y a une trentaine d'années, a été ouvrier émondeur d'arbres dans plusieurs pays, notamment à FaveroUcs. Là on perd sa trace. Longtemps après, on le revoit en Auvergne ; puis à Paris, où il dit avoir été charron et avoir eu une fille blanchisseuse,, mais cela n'est pas prouvé ; enfin dans ce pays-ci. Or,, avant d'aller au bagne pour vol qualifié, qu'était Jea» Valjean? émondeur. Où? à Faverolles. Autre fait. Ce Valjean s'appelait de son nom de baptême Jean et sa mère se nommait de son nom de famille Mathieu. Quoi de plus naturel que de penser qu'en sortant du bagne il aura pris le nom de sa mère pour se cacher et se sera fait appeler Jean Mathieu? Il va en Auvergne. De Jean la prononciation du pays fait Chan^ on l'appelle Cban Mathieu. Notre homme se laisse faire et le voilà transformé en Champmathieu. Vous me suivez, n'est-ce pas? On s'inrorme à Faverolles. La famille de Jeaa Valjean n'y est plus. On ne sait plus où elle est. Vous savez, dans ces classesUà, il y a souvent de ces évanouissements d'une famille. On cherche, on ne trouve

* Fagot, ancien forçat.

plus rien. CesgeDs-là, quand ce n'est pas de la boue, c'est de la poussière. Et puis, comme le commencement de ces histoires date de trente ans, il n'y a plus personne à FaveroUes qui ait connu Jean Valjean. On s'ioforme à Toulon. Avec Brevet, il n'y a plus que deux forçats qui aient vu Jean Valjeaa. Ce sont les condamnés à vie Cocbepaille et Ghenildieu. On les extrait du bagne et on les Tait venir. On les confronte au prétendu Champmathieu. Us n'hésitent pas. Pour eux comme pour Brevet, c'est Jean Valjean. Même âge, il a cinquante-quatre ans, même taille, même air, même homme enGn, c'est lui. C'est en ce moment-là que j'envoyais ma dénonciation à la préfecture de Paris. On me répond que je perds l'esprit et que Jean Valjean est à Arras au pouvoir de la justice. Vous concevez si cela m'étonne, moi qid croyais tenir ici ce même Jean Valjean! J'écris à monsieur le juge d'instruction. Il me fait venir, oo m'amène le Champmathieu...

— Eii bien? interrompit M. Madeleine.

Javert répon.lit avec soo visage incorruptible et triste :

— Monsieur le maire, la vérité est la vérité. J'en suis fâché, mais c'est cet homme-là qui est Jean Valjean. Moi aussi je l'ai reconnu.

M. Madeleine reprit d'une voix très basse :

— Vous êtes sûr?

Javert se mit a rire de ce rire douloureux qui échappe à une couviclion profonde :

— Oh, sûr!

Il demeura un moment pensif, prenant maclù-

nalement des pincées de poudre de bois dans la sébille à sécher Tencre qui était sur la table, et il ajouta :

— Et même, maintenant que je vois le vrai Jean Yaljcan, je ne comprends pas comment j*ai pu croire autre chose. Je vousdemande pardon, monsieur le maire.

En adressant cette parole suppliante et grave à celui qui, six semaines auparavant, l'avait humilié en plein corps de garde et lui avait dit : sortez! Javert, cet homme hautain, était à son insu plein de simplicité et de dignité. M. Madeleine ne répondit à sa prière que par cette question brusque :

— Et que dit cet homme?

— Ah, dame I monsieur le maire, rafTaire est mauvaise. Si c'est Jean Valjean, il y a récidive. Enjamber un mur, casser une branche, chiper des pommes, pour un enfant, c*est une polissonnerie; pour un homme, c*est un délit; pour un forçat, c'est un crime. Escalade et vol, tout y est. Ce n'est plus la police correctionnelle, c'est la cour d'assises. Ce n'est plus quelques jours de prison, ce sont les galères à perpétuité. Et puis, il y a Tafiaire du petit savoyard que j'espère bien qui reviendra. Diable ! il y a de quoi se débattre, n'est-ce pas? Oui, pour un autre que Jean Valjean. Mais Jean Valjean est un sournois. C'est encore là que je le reconnais. Un autre sentirait que cela chauffe ; il se démènerait, il crierait, la bouilloire chante devant le feu, il ne voudrait pas être Jean Valjean, et cœtera. Lui, il n'a pas l'air de comprendre, il dit : Je suis Champmalhieu, je ne sors pas de là ! D a l'air étonné, il fait

ÏTi LES MU'i -3:.

ES. -FANTISE.

h brate, c'est hii> •

iqna M. Madeleine, que la

Mais c'est égal, lt'< ■

quatre personne^.

-s seule pensée. coDtiooa ;

Cest porté aux n-

n'exagère point. Votei

téaioigDer. Je suU >■:

~ ni soupçonné injuste-

M. Madeleine ^'i '

■ notre droit à noas au-

saisi soD dossier, cl '

y ait pourtant abus

et êcriYaot toarà (m.

Mais, sans preures.

totima vers Javert .

lut de me tco-

— Assez, Javert. '

!'>fi;ri(, TOUS, an

ressent fort peu. Non

-Irai! ceci est

avons des affaires pr<

ilaus Tolre

'\'- mes su-

qui Teod des herbes \.i

- déclare

SaulTe. Toos lui direz ih-

.', moii-

lal .]iii a laiiiLÀ:raser . , ,

qu'il >|^^^K Voii^

-»itt>

ru^^^^^Oi^K

une gouttif^^^^^Busou

pluie ^^^^^^Bu> tOàf

inai&on.^^^^^Bn|É|L

(xitice ^^^^^^^^^^H

lV)ris^^^^^^^^H

i\ont^^^^^^^^^Ê

iïhs^^^^^^^^M

pou^^^^^^^^H

J A VERT. 37o

— Mais je croyais avoir dit à monsieur le maire que cela se jugeait demain et que je partais par la diligence cette nuit

M. Madeleine fit un mouvement imperceptible.

— Et combien de temps durera l'affaire?

— Un jour tout au plus. L'arrêt sera prononcé au plus tard demain dans la nuit. Mais je n'attendrai pas Varrët, qui ne peut manquer. Sitôt ma déposition faite, je reviendrai ici.

— C'est bon, dit M. Madeleine.

Et il congédia Javert d*un signe de main. Javert ne s'en alla pas.

— Pardon, monsieur le maire, dit-il.

— Qu'est-ce encore? demanda M. Madeleine.

— Monsieur le maire, il me reste une chose à vous rappeler.

— Laquelle?

— C'est que je dois être destitué.

M. Madeleine se leva.

— Javert, vous êtes un homme d'honneur, et je vous estime. Vous vous exagérez votre faute. Ceci d'ailleurs est encore une offense qui me concerne. Javert, vous êtes digne de monter et non de descendre. J'entends que vous gardiez votre place.

Javert regarda M. Madeleine avec sa prunelle candide au fond de laquelle il semblait qu'on vit celte conscience peu éclairée, mais rigide et chaste, et il dit d'une voix tranquille :

— Monsieur le maire, je ne puis vous accorder cela.

375 LES MISÉRABLES. - FANTIXE.

— Je VOUS répèle, répliqua M. Madeleine, que \i

chose me regarde.

Mais Javert, attentif à sa seule pensée, continua :

— Quant à exagérer, je n*exagère point. Voici comment je raisonne. Je tous ai soupçonné injustement. Cela, ce n'est rien. C'est notre droit à nous autres de soupçonner, quoiqu'il y ait pourtant abus à soupçonner au-dessus de soi. Mais, sans preuves. dans un accès de colère, dans le but de me venger, je vous ai dénoncé comme forçat, tous, un homme respectable, un maire, un magistrat! ceci est grave, très grave. J'ai offensé l'autorité dans votre personne, moi, agent de l'autorité ! Si l'un de mes subordonnés avait fait ce que j'ai fait, je l'aurais déclaré indigne du service, et chassé. Eh bien? — Tenez, monsieur le maire, encore un mot. J'ai souvent été sévère dans ma vie. Pour les autres. Cétait juste. Je faisais bien. Maintenant, si je n'étais pas sévère pour moi, tout ce que j'ai fait de juste deviendrait injuste. Estce que je dois «m'épargner plus que les autres? Kon. Quoi ! je n'aurais été bon qu'à châtier autrui et pas moil mais je serais un misérable ! mais ceux qui disent: ce gueux de Javert! auraient raison! Monsieur le maire, je ne souhaite pas que vous me traitiez avec bonté, votre bonté m'a fait assez faire de mauvais sang quand elle était pour les autres, je n'eu veux pas pour moi. La bonté qui consiste à donner raison à la fille publique contre le bourgeois, a l'agent de police contre le maire, à celui qui est en bas contre celui qui est eu haut, c'est ce que j'appelle de la maii-

vaîse bonté. G*est avec cette bonté-là que la société se désorganise. Mon Dieu! c*est bien facile (l*être bon, le malaisé, c'est d'être juste. Allez! si vous aviez été ce que je croyais, je n'aurais pas été bon pour vous, moi! vous auriez vu! Monsieur le maire, je dois me traiter comme je traiterais tout autre. Quand je réprimais des malfaiteurs, quand je sévissais sur des gredins, je me suis souvent dit à moi-même : toi, si tu bronches, si jamais je te prends en faute, sois tranquille ! — J'ai bronché, je me prends en faute, tant pis! Allons, renvoyé, cassé, chassé! c'est bon. J'ai des bras, je travaillerai à la terre, cela m'est égal. Monsieur le maire, le bien du service veut un exemple. Je demande simplement la destitution de l'inspecteur Javerl.

Tout cela était prononcé d'un accent humble, fier, désespéré et convaincu qui donnait je ne sais quelle grandeur bizarre à cet étrange honnête homme.

— Nous verrons, fit M. Madeleine.

Et il lui tendit la main.

Javert recula, et dit d'un ton farouche :

— Pardon, monsieur le maire, mais cela ne doit pas être. Un maire ne donne pas la main à un mouchard.

Il ajouta entre ses dents :

— Mouchard, oui ; du moment où j'ai mésusé de la police, je ne suis plus qu'un mouchard.

Puis il salua profondément, et se dirigea vers la porte.

Là il se retourna, et, les yeux toujours baissés :

— Monsieur le maire, dit-il, je continuerai le service jusqu'à ce que je sois remplacé.

II sortit. M. Madeleine resta rêveur, écoulant ce pas ferme et assuré qui s'éloignait sur le pavé du corridor.

Page 1