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no LES CHANTS DU CRÉPUSCULE
Toutes les haleines Deviennent des voix.
Tout reprend son âme, L'enfant son hochet, Le foyer sa flamme.
Le luth son archet; Folie ou démence, Dans le monde immense, Chacun recommence Ce qu'il ébauchait.
Qu'on pense ou qu'on aime, Sans cesse agité.
Vers un but suprême.
Tout vole emporté ; L'esquif cherche un môle, L'abeille un vieux saule, La boussole un pôle. Moi la vérité.
Vérité profonde !
Granit éprouvé Qu'au fond de toute onde Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre, Où passent dans l'ombre
VAURORE S'ALLUME. «^«
Des songes sans nombre, Plafond et pavé !
Vérité, beau fleuve Que rien ne tarit !
Source où tout s'abreuve, Tige oU tout fleurit !
Lampe que Dieu pose Près de toute cause !
Qarté que la chose Envoie à l'esprit !
Arbre à rude écorce, Chêne au vaste front, Que selon sa force L'homme ploie ou rompt ; D'où l'ombre s'épanche ; Où chacun se penche, L'un sur une branche.
L'autre sur le tronc!
Mont d'où tout ruisselle!
Gouffre où tout s'en va!
Sublime étincelle Que fait Jéhov^!
Rayon qu'on blasphème !
Œil calme et suprême Qu'au front de Dieu même L^homme un jour creva !
0 terre! 6 merveilles Dont l'éclat joyeux Emplit nos oreilles, Éblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague, Bois qu'un souffle élague, De rhorizon vague Plis mystérieux!
Azur dont se voile L'eau du gouffre amer, Quand, laissant ma voile Fuir au gré de l'air.
Penché sur la lame.
J'écoute avec l'âme Cet épithalame Que chante la mer!
Azur non moins tendre Du ciel qui sourit, Quand, tâchant d'entendre Ce que dit l'esprit.
Je cherche, ô nature, La parole obscure Que le vent murmure, Que l'étoile écrit!
VAUnORE S'ALLUME. 413
Création pure !
Être universel !
Océan, ceinture De tout sous le ciel !
Astres que fait naître Le souffle du maître, Fleurs où Dieu peut-être Cueille quelque miel!
0 champs! ô feuillages!
Monde fraternel !
Clocher des villages Humble et solennel !
Mont qui portes Taire !
Aube fraîche et clain*.
Sourire éphémère De l'astre étemel!
X'êtes-vous qu'un livre Sans fin ni milieu.
Où chacun pour vivre Cherche à lire un pet>?
Phrase «î profonl^ Qu'en vain on U w,f, ,.; ; L'œil y mAI un f:,^.r, \>.
L'âme y tro^i-.e r#n Ia--,
Beau Lvre r:/:if .v---'/.
Les C'7r M^: ir.;r^r. ,* :
Oîi les penseurs rêvent Des sens inconnus ; Où ceux que Dieu charge D'un front vaste et large Écrivent en marge :
Nous sommes venus !
Saint livre oii la voile Qui flotte en tous lieux, Saint livre où l'étoile Qui rayonne aux yeux.
Ne trace, ô mystère !
Qu'un nom solitaire, Qu'un nom sur la terre.
Qu'un nom dans les cieux!
Livre salutaire Oii le cœur s'emplit; Où tout sage austère Travaille et pâlit; Dont le sens rebelle Parfois se révèle; Pythagore épèle Et Moïse lit !
Décembre 1834.
Hier la ouit d'été qui nous prêtait ses voiles Était «ligue de toi, tant elle avait d*étoiIes ! Tant son calme était frais, tant son souffle était doux ! Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées ! Tant elle répandait d*amoureuses rosées Sur les fleurs et sur nous !
Moi, j*étais devant toi, plein de joie et de flamme* Car tu me regardais avec toute ton âme. J'admirais la beauté dont ton front se revêt. Et, sans même qu*un mot révélât ta pensée, La tendre rêverie en ton cœur commencée Dans mon cœur s'achevait.
Et je bénissais Dieu, dont la grâce infime Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie, Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux. Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures. Si pleines de rayons, de parfums, de murmures.
Si douces toutes deux !
Oh ! oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde ! C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde ! Lui qui charme mon cœur! lui qui ravit mes yeux! C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère ! C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre Comme l'étoile aux cieux !
C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose, L*amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose ! C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour. C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine, A versé la beauté, comme une coupe pleine. Et dans mon cœur l'amour !
Laisse-toi donc aimer! — Oh! l'amour, c'est la vie. C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner. Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne. La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne. Laisse-toi couronner!