‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 30 sur 100 · AU BORD DE LA MER · texte numérisé non relu

AU BORD DE LA MER

^ois, ce spectacle est beau. — Ce paysage iinnienso

Owî toujours deyanf nous finit et recommence ;

0*s blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux;

Ce chaume où Ton entend rire un groupe joyeux ;

L'océan qui s'ajoute à la plaine où nous sommes ;

Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les hommes.

Montrant la double main empreinte en ses contours,

Et des amas de rocs sous des monceaux de tours ;

Ces landes, ces forêts, ces croies déchirées;

CiOs antres à fleur d'eau qui boivent les marées ;

Cotte montagne, au front de nuages couvert,

yui dans un de ses plis porte un beau vallon vert,

('omme un enfant des fleurs dans un pan de sa rohe ;

La ville que la brume à demi nous dérobe,

Avec ses mille toits bourdonnants et pressés ;

Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés «

De voix et de chansons qui par moments s^élève ;

Ces lames que la mer amincit sur la grève,

Où les longs cheveux verts des sombres goémons

Tremblent dans Teau moirée avec l'ombre des monts ;

Cet oiseau qui voyage et cet oiseau qui joue ;

Ici cette charrue, et là-bas cette proue,

Traçant en même temps chacune leur sillon ;

Ces arbres et ces mâts, jouets de Taquilon ;

Et là-bas, par delà les collines lointaines.

Ces horizons remplis de formes incertaines ;

Tout ce que nous voyons, brumeux ou transparent,

Flottant dans les clartés, dans les ombres errant.

Fuyant, debout, penché, fourmillant, soUtaire,

Vagues, rochers, gazons, — regarde, c'est la terre!

Et là-haut, sur ton front, ces nuages si beaux

Où pend et se déchire une pourpre en lambeaux ;

Cet azur, qui ce soir sera l'ombre infinie ;

Cet espace qu'emplit l'éternelle harmonie ;

Ce merveilleux soleil, ce soleil radieux.

Si puissant à changer toute forme à nos yeux

Que parfois, transformant en métaux les bruines.

On ne voit plus dans l'air que splendides ruines,

Entassements confus, amas étincelants

De cuivres et d'airains l'un sur l'autre croulants.

Cuirasses, boucliers, armures dénouées,

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Oh oui ! la terre est belle et le ciel est superbe ; Mais quand ton sein palpite et quand ton œil reluit. Quand ton pas gracieux court si léger sur l'herbe. Que le bruit d'une lyre est moins doux que son bruit;

Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme, ^ Se lève rayonnant sur moi qu'il rajeunit, Et de ta bouche rose, où nait sa douce flanune. Monte jusqu'à ton front comme l'aube au zénith ;

Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m'arrivc, Disant des mots confus qui m'échappent souvent, Bruit d'une eau qui se perd sous l'ombre de sa rive. Chanson d'oiseau caché qu'on écoute en rêvant;

Lorsque ma poésie, insultée et proscrite. Sur ta tête un moment se repose en chemin ; Quand ma pensée en deuil sous la tienne s'abrite, Gomme un flambeau de nuit sous une blanche main ;

Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée ; Quand ton âme, soudain apparue en tes yeux, Contemple, avec les pleurs d'une sœur exilée, Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieux;

Puisque nos heures sont remplies De trouble et de calamités ; Puisque les choses que tu lies Se détachent de tous côtés ;

Puisque nos pères et nos mères Sont allés où nous irons tous ; Puisque des enfants, tètes chères, Se sont endormis avant nous ;

Puisque la terre où tu t'inclines Et que tu mouilles de tes pleurs, A déjà toutes nos racines Et quelques-unes de nos fleurs ;

Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime Ceux qu'on aima mêlent leurs voix;

Puisque nos illusions même

Sont pleines d'ombres d'autrefois ;

Puisqu'à l'heure où l'on boit l'extase On sent la douleur déborder ; Puisque la vie est comme un vase Qu'on ne peut emplir ni vider ;

Puisqu'à mesure qu'on avance Dans plus d'ombre on se sent flotter ; Puisque la menteuse espérance N'a plus de conte à nous conter ;

Puisque le cadran, quand il sonne, Ne nous promet rien pour demain ; Puisqu'on ne connaît plus personne De ceux qui vont dans le chemin ;

Mets ton esprit hors de ce monde !

Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas !

Ta perle n'est pas dans notre onde.

Ton sentier n'est point sous nos pas.

Quand la nuit n'est pas étoilée.

Viens te bercer aux flots des mers ;

PUISQUE XOS HEURES SOiVT REMPLIES .. 445

Gomme la mort elle est voilée, Comme la vie ils sont amers.

L*ombre et l'abime ont un mystère Que nul mortel ne pénétra; Cest Dieu qui leur dit de se taire Jusqu'au jour où tout parlera.

D autres yeux de ces flots sans nombre Ont vainement cherché le fond ; D'autres yeux se sont emplis d'ombre A contempler ce ciel profond.

Toi, demande au monde nocturne De la paix pour ton cœur désert !

Demande une goutte à cette urne !

Demande un chant à ce concert !

Plane au-dessus des autres femmes.

Et laisse errer tes yeux si beaux Entre le ciel où sont les âme^ Et la terre où sont les tombeaux !

19 ferrier 1433.

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